Les experts sur le climat manquent de clarté

Question à Paul FURLAN, ministre des Pouvoirs locaux, de la Ville, du Logement et de l’Energie sur « Le manque de clarté des experts sur le climat ». Monsieur le Ministre, une étude parue récemment dans la revue Nature Climate Change indiquait que l’action mondiale sur le changement climatique est gravement entravée, parce que les conseils du corps scientifique du GIEC sont si difficiles à comprendre qu’il faut un doctorat, minimum, pour en saisir les recommandations.

Au lendemain de l’élection à la tête du GIEC du candidat sud-coréen Hoesung Lee, le climatologue belge M. van Ypersele, que nous avons eu la chance d’auditionner dans cette commission il y a quelques mois, évoquait son possible départ de l’institution. Sans doute l’ancien vice-président pourra-t-il être un expert de choix dans sa fonction de conseiller scientifique auprès de la délégation belge à la Conférence de Paris sur le climat. Partagez-vous ce constat repris dans l’étude de la revue ?

Les connaissances scientifiques sont-elles de plus en plus difficiles à appréhender ? Son manque de clarté risque-t-il de nuire à la recherche d’un accord à la conférence de Paris ? Comment arriver à une décision commune et efficace face à cette « faible lisibilité », selon cette étude, des analyses du GIEC ? Dans notre région, quel organe analyse plus particulièrement ces études et de quelles manières sont-elles appréhendées ?

Réponse de Paul Furlan, Ministre des Pouvoirs locaux, de la Ville, du Logement et de l’Énergie. Madame et Monsieur les députés, permettez-moi de rappeler le fondement du travail du Groupe Intergouvernemental sur l’évolution du climat (GIEC) sur lequel je n’ai aucune responsabilité ni aucune influence. Vous l’aurez remarqué. Il s’agit d’un réseau mondial de chercheurs, dont l’objectif est de dresser avant tout un inventaire de toutes les publications scientifiques sur les causes, les conséquences et les solutions aux changements climatiques.

À partir de ces milliers de pages d’études qui reprennent toutes les informations des équipes de recherches, il y a une seconde phase qui aboutit à une synthèse pour les décideurs politiques. Ces synthèses sont complexes et certainement pas accessibles à tous. Mais, la rigueur scientifique impose de relater les faits en termes de probabilité et requiert l’usage d’un vocabulaire scientifique, spécifique parfois « rebutant » pour les non-initiés. Mais la position du Gouvernement ne doit pas se faire non plus sur base des conversations de coins de comptoir. In fine, les travaux du GIEC sont repris par les négociateurs politiques. Ceux-ci sont « rodés » à la lecture des rapports scientifiques du GIEC et, je vous l’assure, ne constitue pas un frein aux travaux qui se déroulent avant ou pendant la COP. Au contraire, la rigueur scientifique des rapports du GIEC est un garant de la précision nécessaire des accords politiques.

Concernant le suivi des travaux du GIEC, j’ai demandé à l’Agence wallonne de l’Air et du Climat de suivre les résultats des travaux de synthèse qui viennent de se conclure en octobre 2014. Néanmoins, à l’instar des conclusions de la publication scientifique que vous mentionnez dans votre question, le GIEC, via son assemblée générale, a décidé de se réformer et de se doter d’outil de vulgarisation « tout public » qui sera nécessairement réducteur et qui ne peut pas en rien lui servir de base à la négociation politique. C’est une initiative qui vise avant tout à mieux faire connaître le fonctionnement du GIEC, qui suscite parfois certaines critiques infondées sur son fonctionnement par méconnaissance du processus.

Le travail de réforme est en cours et était par ailleurs bien présent dans le programme proposé par le professeur van Ypersele dans son acte de candidature à la présidence du GIEC. Je regrette, comme nous tous, sa non-élection à la présidence puisque je suis intimement persuadé qu’il aurait fait un président remarquable, capable de stimuler le travail du réseau scientifique, tout en démystifiant le fonctionnement de ce qui n’est qu’un réseau de chercheurs. Je rappelle que le GIEC ne finance aucune recherche directement ; il assure financièrement la logistique nécessaire à la mise en réseau des équipes de recherche existantes de toutes origines.

Réplique de Véronique Waroux. Merci Monsieur le Ministre, on apprécie que vous soyez attaché à la rigueur de ces rapports. C’est vrai que l’on ne peut pas tout banaliser, tout vulgariser. Néanmoins, un retour par la suite vers des informations plus consommables, plus digestes, à la fois je pense pour des élus et pour la population, cela peut être aussi utile. Visiblement, le GIEC l’a entendu puisqu’il va se réformer. Je reviens sur l’idée que M. van Ypersele pourrait utilement aussi nous éclairer et commenter ces textes si complexes.

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