Subsides gaspillés au Sénégal : « l’IPW pas responsable », répond Maxime Prévot

Après avoir interrogé le ministre président Rudy Demotte au sujet des subsides de la Fédération qui me semblaient avoir été gaspillés au Sénégal (réfection de l’Assemblée territoriale du Fleuve), j’ai questionné le ministre Maxime PREVOT, en charge des Travaux publics, de la Santé, de l’Action sociale et, surtout, du Patrimoine. J’ai pu me rendre en mission au Sénégal il y a quelques jours, dans la ville de Saint-Louis. Nous avons visité l’ancienne Assemblée territoriale du fleuve : un bâtiment répertorié à l’inventaire Unesco du Patrimoine mondial de l’Humanité, rénové en 2006 grâce au concours de la Wallonie (sous la surveillance de l’Institut du patrimoine wallon) et inauguré le 19 décembre 2009.

La Wallonie aurait consacré plusieurs centaines de milliers d’euros à ce chantier, incluant la formation de jeunes travailleurs locaux aux métiers de la rénovation et du patrimoine. Selon les responsables wallons, à l’époque, ce lieu devait faire figure d’exemple au Sénégal, de manière pérenne, en ce qui concerne les techniques de restauration. Or, six ans plus tard, le bâtiment est en grand délabrement. Les investissements consentis n’ont pas servi, ou pas très longtemps. L’immeuble tombe en ruine !

Monsieur le Ministre peut-il préciser les montants et la ventilation des budgets consacrés par la Wallonie et l’IPW à la restauration (études, réalisation, suivi de chantier) et à la formation ? Un suivi a-t-il été apporté a posteriori à ce chantier par son administration ? Cette dernière a-t-elle connaissance de l’état actuel du bâtiment ? Comment explique-t-elle un tel gâchis ? Ne serait-il pas opportun de systématiser un suivi à moyen et long terme de tels investissements ? Sur place, des acteurs sénégalais remettent en cause les techniques prônées par l’IPW et employées au cours du chantier.

Un autre projet de coopération Wallonie-Sénégal est en cours sur l’île de Gorée (restauration de la Maison de l’Amiral). Monsieur le Ministre peut-il nous en expliciter l’objet et les budgets investis par la Wallonie ? Peut-il nous assurer que les crédits régionaux seront utilisés au mieux pour garantir la pérennité de l’ouvrage ?

Réponse de Maxime Prévot : Je réponds ici à la question pour ce qui concerne la part prise par l’Institut du Patrimoine wallon dans ce projet au Sénégal, sachant que Wallonie-Bruxelles International est intervenu par ailleurs et plus largement dans le cadre des Accords de coopération pour financer et mener à bien les travaux de réhabilitation de l’Ancienne Assemblée territoriale du Fleuve à Saint-Louis, bâtiment emblématique de l’histoire de l’ancienne capitale de l’Afrique-Occidentale Française.

Après la phase « Etudes » réalisée en 2001 par l’Institut d’Architecture Lambert Lombard de Liège, l’IPW a apporté son expertise de 2004 à 2009 au travers des formations ponctuelles destinées aux artisans locaux dans les domaines spécifiques du patrimoine comme la ferronnerie d’art, la menuiserie, la charpenterie, la chaux, les traitements contre les termites et la peinture polychrome. Un montant total de 142.511 euros a été alloué à l’Institut par WBI pour ces formations. Dans tous les cas, les frais de missions et d’honoraires des formateurs indépendants étaient couverts par les budgets de WBI.

D’autres montants ont été engagés par WBI pour le chantier proprement dit dès 2007. Ces travaux de construction ou de restauration ont été réalisés par une entreprise locale, la moins distante, choisie par les autorités sénégalaises par marché public conformément à la législation en vigueur au Sénégal. Cette entreprise a montré toutes ses faiblesses durant l’exécution des travaux, ce qui a mené à certains vices cachés apparus après exécution. Les travaux se sont terminés le 19 décembre 2009 avec l’inauguration du bâtiment par le Ministre de la Culture du Sénégal.

C’est dans ce contexte que doivent être replacées les dégradations constatées en post-chantier qui présentent aujourd’hui un aspect particulièrement choquant, le tout replacé dans le contexte climatique difficile que constitue le milieu océanique de Saint-Louis. En matière de suivi, des rapports identifiant les raisons de ces dégradations ont été rédigés par l’IPW dès 2011, intégrant notamment une analyse de l’ISSEP. Ils furent transmis officiellement aux Autorités sénégalaises lors de la réunion d’évaluation du programme de travail 2009-2011, tenue à Dakar le 19 janvier 2012.

Ces rapports ont démontré notamment que du sable salé, non conforme, a été utilisé par l’entreprise locale dans la seconde couche d’enduit provoquant les dégradations visibles, ce qui constitue un vice caché. De plus, lors de l’installation du Conseil régional en ce lieu, les aménagements réalisés pour rendre rapidement le bâtiment fonctionnel, en l’absence d’architecte, d’une Charte de patrimoine et d’un manuel d’entretien, ont également provoqué des dommages.

Ce ne sont donc pas les compétences techniques wallonnes qui sont à mettre en cause ; les interventions menées en présence des formateurs wallons et avec des artisans formés ont été bien exécutées. Par contre, les recommandations non suivies par l’entreprise locale ayant réalisé le chantier, les aménagements non conformes ultérieurs et l’absence de certains matériaux au Sénégal sont à l’origine des problèmes qu’a pu constater l’honorable membre.

En concertation avec WBI et l’IPW, des solutions constructives ont été envisagées par la Direction du Patrimoine culturel du Sénégal (partenaire du projet et propriétaire des lieux) et le Conseil régional, puis départemental de Saint-Louis, locataire depuis la fin des travaux. À l’invitation de WBI et de l’IPW, les parties sénégalaises ont convenu de procéder à des travaux de réparation et d’entretien, mais force est de constater que ces travaux n’ont pas commencé à ce jour, notamment car le paysage politique au Sénégal a mené à la suppression du Conseil régional pour le remplacer par un Conseil départemental.

Un accompagnement complémentaire de l’IPW est toujours envisageable, notamment à l’occasion des interventions du même ordre, relatives à la formation d’artisans, qui se dérouleront peut-être dans la Maison de l’Amiral, sur l’Ile de Gorée. Pour ce dossier, après avoir réalisé les études préalables et formé des professionnels à la maintenance, l’IPW et WBI sont en attente des décisions qui sortiront de la prochaine Commission mixte prévue au printemps 2016. Actuellement, ce chantier n’est pas encore planifié ; la coordination du projet reste bien évidemment du ressort du partenaire sénégalais, maître d’ouvrage.

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