Le ministre Prévot indécis sur la reconstruction du Pont de Blaton

Question à M. Maxime PREVOT, Ministre des Travaux publics, du Patrimoine, de la Santé et de l’Action sociale, sur la reconstruction du Pont du Risque à Tout, à Blaton. Monsieur le Ministre, je souhaite vous réinterroger sur le devenir du pont du Risque à tout à Blaton sur lequel nous avions déjà eu l’occasion d’échanger en janvier. Entre-temps l’accès au pont a bien été fermé pour raisons de sécurité, ce qui a fait l’unanimité. Par contre, je souhaitais savoir si vous avez pu avancer dans votre réflexion sur l’opportunité de la reconstruction de cet ouvrage, conformément à la volonté des autorités locales et des habitants.

Lors de notre échange précédent, vous aviez affirmé envisager toutes les options, tout en exposant les paramètres et les arbitrages qui s’imposent à vous. Entre-temps, avec-vous pu accéder à la demande des autorités locales, et de certains citoyens porteurs de pétitions. Il y a plus de 1 000 signataires, d’entrer en dialogue avec eux, et d’entendre leurs arguments ? Si oui, ces échanges ont-ils été constructifs ? Des décisions ont-elles été prises ?

Par ailleurs, lors de reportages récents sur « l’état de santé » de nos ponts wallons et du coût de leur traitement, la journaliste de la RTBF ponctuait son intervention en affirmant que la Wallonie n’était pas encore au même stade que Bruxelles, car, contrairement aux tunnels de la capitale, nos ponts ne sont pas fermés à la circulation. J’imagine qu’elle parlait uniquement des grands ouvrages d’art autoroutiers, drainant un trafic très important.

Ceci m’amène à la réflexion suivante : actuellement, le pont de Blaton est-il le seul de Wallonie à être fermé à la circulation pour cause de dangerosité, en attente de démolition et dans l’incertitude sur sa reconstruction ? Combien connaîtront le même sort au cours de l’année 2016 ? S’agit-il uniquement de « petits ouvrages d’art de campagne » ? Je me permets d’insister sur l’importance de ne pas délaisser la mobilité de nos citoyens ruraux, qui représentent une part considérable des Wallons, au risque d’en faire des citoyens de seconde zone. Je vous remercie d’avance pour vos réponses.

Réponse de M. Maxime PREVOT, Ministre des Travaux publics, du Patrimoine, de la Santé et de l’Action sociale. Merci pour ces questions. Je vais tenter de faire en sorte que nous puissions arriver au bout du tunnel sur le pont de Blaton. L’état des tunnels bruxellois a effectivement marqué les esprits, je le conçois bien. Mais il ne faut pas pour autant tomber dans la panique pour les ponts, tunnels et trémies en Wallonie.

Tout d’abord, je voudrais rappeler que l’ensemble des ouvrages d’art wallons, plus de 5 000 sur le réseau structurant et non structurant de la Wallonie, sont inspectés périodiquement, à une fréquence adaptée selon les spécificités de chaque ouvrage. Dans un premier temps, il s’agit d’une inspection visuelle complète de l’élément. Ensuite, si la présence d’un défaut est constatée, voire suspectée, une inspection plus élaborée est alors exécutée.

Suite à cela, le Département des expertises techniques de mon administration répertorie les ouvrages selon six catégories, allant du groupe A, les ouvrages avec défauts très importants, à réparer en priorité au groupe F les ouvrages ne nécessitant aucun travail d’entretien. La catégorie A est bien la plus sévère et demande des réparations rapides. Mais, dans l’attente d’une réfection de la structure, des mesures préventives peuvent également être prises. Une réduction du nombre de bandes de circulation autorisées ou une limitation du tonnage autorisé en sont deux exemples. Il n’y a pas de danger important pour ces ouvrages puisqu’ils font l’objet d’une surveillance rapprochée, de mesures immédiates et de réparations programmées.

Mon administration effectue donc bien un monitoring précis de l’ensemble de ces ouvrages, liégeois et autres, et possède pour chacun des rapports complets d’inspection. En effet, à ce jour, la Banque de données des ouvrages d’art de mon administration renseignait sept ponts dont la circulation est réduite ou interdite, parmi le parc de 5 000 ponts. Par ailleurs, aucune fermeture de pont supplémentaire n’est à prévoir prochainement, dans l’état actuel des inspections. Il faut enfin savoir que la mise hors service d’un pont est la conclusion d’une analyse technique dressée au cas par cas par les multiples intervenants et notamment les gestionnaires et les directions du département des expertises techniques du SPW, mais aussi les autorités locales. La quarantaine de ponts à réparer en priorité a bien été annoncée.

Toutefois, si l’on retire, de cette liste :

  • Les ponts déjà réparés ou en cours de réparation : on en retire sept ;
  • Les ponts de type RAVeL : on en retire six ;
  • Un pont appartenant à la SNCB ;
  • Et les ponts appartenant aux Voies hydrauliques : au nombre de 11,

Il reste 16 ouvrages, répartis sur le réseau routier régional. Pour ces derniers, dans le cadre du Plan Infrastructures 2016-2019, j’ai prévu les moyens budgétaires nécessaires à leur réhabilitation, à savoir 46 millions d’euros. À ce budget, s’ajouteront également des montants annuels en vue de réfectionner des ponts de type RAVeL et ceux des voies hydrauliques, mais par le biais des articles budgétaires liés à ce département.

Des montants budgétaires supplémentaires seront également prévus pour réhabiliter des ponts, de catégories de santé autres que la « A », mais nécessitant aussi des travaux. On ne va pas abandonner les B, les C et autres. À noter que les montants signalés sont les montants estimés et ils ne seront évidemment précisés qu’au moment des réceptions des offres. Comme vous pouvez le constater, bien que le parc wallon d’ouvrages d’art soit très vaste, mon administration effectue régulièrement des monitorings afin de suivre les évolutions de ces ouvrages.

Madame Waroux, concernant plus spécifiquement le pont du « Risqu’à-Tout » ou le pont de Blaton, peu importe son nom, la décision de le reconstruire est une décision qui a une conséquence budgétaire, d’environ 4 millions d’euros qu’il convient de ne pas perdre de vue, même si je suis parfaitement conscient de l’intérêt porté par les autorités communales et les habitants quant au maintien de ce pont et partant, de l’axe routier dont il fait partie.

Cependant, l’examen des priorités en matière de mobilité et de sécurité doit se porter sur l’ensemble du réseau de la Wallonie. Ce à quoi mon administration s’attèle de façon attentive. À ce stade, la décision de reconstruire ou non le pont fait toujours l’objet, de ma part, d’une réflexion, sur base d’éléments pertinents fournis par mon administration. Il faut aussi tenir compte du délai, que je vais qualifier de délai moyen, pour reconstruire un tel ouvrage. Il est de l’ordre d’environ trois à quatre ans, tenant compte des délais afférents aux procédures de passation de marchés publics ainsi que des études préalables. Mais l’ingénieur que vous êtes en a conscience.

Reconstruire un pont, comme vous pouvez le constater, est loin d’être une tâche rapide. Une prise de décision quant à la reconstruction de ce pont est une chose, l’effectivité concrète de cette décision en est une autre. J’ai pris bonne note d’une pétition de riverains. Effectivement, le passage à niveau situé sur l’itinéraire alternatif à celui du pont en question constitue une gêne à la fluidité du trafic. Les services de secours communaux situés au centre d’Harchies doivent allonger la plupart de leurs déplacements en cas de fermeture du passage à niveau. Ceci dit, et cela sans exagération, l’itinéraire de déviation via la rue de la Trappe allonge le trajet vers le centre de Blaton de trois à quatre kilomètres maximum. Je prendrai une attitude définitive dans ce dossier à la lumière des rapports attendus, dans les prochaines semaines ou prochains mois.

Réplique de Véronique Waroux (cdH). Merci, Monsieur le Ministre. Je vois que vous connaissez, en effet, bien le dossier. Je vous remercie pour les informations, d’abord générales, sur l’état de nos ponts. Il est bien utile d’avoir adapté les chiffres à la situation exacte du jour. Par rapport au plan, c’est vrai, je me permettrai de toujours servir de relais par rapport aux citoyens de ma région. C’est quand même – mine de rien – trois ou quatre kilomètres. On est dans un détour qui est embêtant, notamment par ce fameux passage à niveau. Je me permettrai donc de continuer à essayer d’insister auprès de vous pour qu’une décision rapide, dans un bon sens, soit prise sachant qu’effectivement, vous avez aussi rappelé les délais des travaux qui sont quand même très importants. Votre date de décision serait primordiale.

Photo Denis Vanderbrugge – RTBF

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