Aide à la jeunesse : du pain sur la planche !

Le 24 septembre dernier, je vous avais donné rendez-vous à la Haute Ecole Louvain en Hainaut (Helha) pour une première soirée ciné-débat, consacrée à l’Aide à la Jeunesse et surtout au délicat passage vers la majorité pour ces ados déjà abimés par la vie… Près d’une centaine d’inscrits, des intervenants très efficaces, un film qui a unanimement touché les participants : le tableau était parfait !

Mais la soirée a surtout (ré-)ouvert le débat sur le sous-financement chronique du secteur de l’Aide à la Jeunesse, et jeté un éclairage réaliste (mais cru) sur différentes problématiques que vivent chaque jour les acteurs de terrain – et, in fine, les jeunes.

Des sujets d’action en tant que parlementaire

Sans espérer être exhaustive, je reprendrai plusieurs problématiques qui ont fait surface au cours des débats et qui m’ont particulièrement interpellée :

  • Le cruel manque de places en hébergement, qui conduit nombre de bambins et d’enfants à passer de longs mois en service pédiatrique dans des hôpitaux, alors qu’ils n’y ont absolument pas leur place. Une situation révoltante, qui, espérons-le, n’est pas « entretenue » par les certaines institutions hospitalières pour maintenir un certain niveau d’activité dans ces services… Yves Polomé a évoqué le montant de 10.000 euros par mois et par enfant pour couvrir ces frais d’hospitalisation ! Je suis certaine que les milieux de l’Aide à la Jeunesse pourraient faire bien mieux avec moins !
  • Le besoin de changer l’interlocuteur du jeune majeur sortant de l’Aide à la Jeunesse : actuellement, il doit s’en référer au CPAS pour réclamer un Revenu d’intégration sociale (RIS) et entre dès lors dans une sorte d’assistanat bien involontaire. Or il me semble logique qu’il soit plutôt subsidié, tant qu’il est étudiant, dans le cadre d’une bourse d’étude. Un changement de procédure – et de vocabulaire – qui peut se révéler important pour ces jeunes adultes. D’autant que les CPAS sont déjà débordés, et pas toujours conçus ni formés pour accueillir ce public spécifique ;
  • La rupture brutale induite par la majorité : les jeunes adultes, même s’ils n’ont pas encore achevé leur cursus scolaire, doivent quitter l’institution à la date anniversaire et sont plongés en cours d’année dans l’autonomie. Avec pour premier objectif de trouver un logement. Ne pourrait-on pas modifier cela pour qu’ils soient au moins encadrés jusqu’à la fin de leur scolarité ? Au pire, jusqu’à la fin de l’année scolaire en cours ?
  • Le fait que malgré leur énergie, les équipes des institutions doivent recourir au « bricolage », certes noble parce que réalisé dans le bien des enfants, mais qui reste du bricolage. Les budgets sont restreints, d’accord, mais ils le sont dans tous les départements. C’est donc une question de priorités, donc une question de politique que l’on souhaite mener. Or chacun sait que l’on ne peut se permettre de « bricoler » avec l’enfance et la jeunesse. Que des porteurs de projets qui ont rapidement démontrent leur bienfondé doivent se tourner vers les services clubs pour se financer me dérange, au moins parce que cela démontre les lacunes de notre Etat en la matière.
  • La question du logement (voire de la domiciliation) étant cruciale pour ces jeunes, il faut à tout prix leur éviter de tomber dans les pièges de marchands de sommeil, ou de squats improbables. Les projets de logements « encadrés » tels que Gaëtan Mispelaere a mis en place à Mouscron, ou de logements intergénérationels sont sans doute une réponse adéquate. Mais je le répète, les pouvoirs publics -autres que l’Aide à la Jeunesse si cette administration reste figée jusqu’à 18 ans – doivent soutenir ces initiatives !

Voilà pour certains constats. Aucune solution ne sera simple à trouver. Il y a lieu d’être imaginatifs : alors au travail ! A l’heure où le ministre Rachid Madrane remet à plat la totalité du décret ‘Aide à la jeunesse’, il est primordial d’agir. Je vous tiendrai bien entendu informés dans les semaines à venir des suites (questions parlementaires, propositions de décret…) qui seront données à ces échanges.

Merci aux intervenants !

Pour rappel, voici les intervenants qui étaient parmi nous le 24 septembre.

Côté acteurs de terrain :

  • Thierry Vande Ghinste, directeur de l’Oasis, une institution qui accueille une quinzaine d’adolescentes, à Leuze-en-Hainaut ;
  • Gaëtan Mispelaere, directeur de Parenthèses, une institution mouscronnoise qui, grâce au concours du Lion’s Club de Mouscron, propose des studios ‘encadrés’ pour les jeunes majeurs qui sortent de l’Aide à la jeunesse ;
  • Catherine Buriez, responsable d’une Unité territoriale de prévention et d’action sociale, à Halluin (F)

Côté institutionnels :

  • Alberto Mulas, chef de cabinet adjoint du ministre de l’Aide à la Jeunesse Rachid Madrane avait confirmé sa présence, mais nous n’avons pas eu la chance de l’accueillir le 24/9…
  • Yves Polomé, directeur adjoint de l’Administration de l’Aide à la Jeunesse, en Fédération Wallonie-Bruxelles
  • Votre Sénatrice et députée wallonne

Merci à nouveau à ces spécialistes et au public nombreux qui, ensemble, ont su nourrir des échanges passionnants sur le sujet ! Merci également à Jean-Pierre Winberg pour la modération, Philippe De Coninck, directeur de la Helha, qui nous a accueilli avec efficacité, ainsi qu’à ses étudiants, Cyril Parent et Emilien Roupin qui ont capturé l’événement en photos (leur reportage vidéo arrive sous peu).

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