Les bâches plastiques contenant du bisphénol A

Question à M. Carlo Di Antonio, Ministre de l’Environnement, de l’Aménagement du Territoire, de la Mobilité et des Transports, et du Bien-être animal, sur « l’utilisation de bâches plastiques porteuses de bisphénol A ». En ce printemps, nous voyons de plus en plus apparaître sur nos champs une technique déjà très utilisée ailleurs (Maroc, pays du sud de l’Europe,…) de bâchage plastique. Le film plastique joue le rôle de serre, qui protège la culture du gel et des insectes, accentue l’humidité et la chaleur, et offrirait un rendement meilleur et plus précoce.

Or, des spécialistes s’inquiètent de la teneur en bisphénol A de ces plastiques. L’effet du soleil et de la pluie accentuerait la dissémination de ce perturbateur endocrinien dans l’eau de pluie, de ruissellement et in fine dans la nappe phréatique.

C’est assez paradoxal, quand on sait que l’un des avantages de cette technique est justement de diminuer l’utilisation de pesticides ! Monsieur le Ministre, avez-vous des informations sur cette technique, et sur sa teneur en perturbateurs endocriniens ? Existe-t-il des études sur le sujet ?

Il y a deux ans, le Centre Pilote de culture du maïs de l’Université de Louvain analysait les éventuels impacts sur l’environnement de cette technique. Les résultats sont-ils connus entre temps ? Les analyses portaient-elles également sur les perturbateurs endocriniens ? Menez-vous des actions à ce propos ?

Réponse de M. Carlo Di Antonio, Ministre de l’Environnement, de l’Aménagement du Territoire, de la Mobilité et des Transports, et du Bien-être animal.  Madame la Députée, cette technique n’est pas neuve et a déjà été testée par les services agricoles de la Province du Luxembourg, il y a plus de 20 ans. L’objectif de cette couverture plastique était d’atteindre dans les régions aux climats limites pour la culture du maïs, une température et une humidité plus favorable à la germination et ainsi observer une levée du maïs plus précoce.

Cette technique est maintenant aussi utilisée en culture maraichère et ainsi que pour les fraisiers. Si le bilan économique est favorable, le bilan environnemental l’est moins. En effet, les conditions de chaleur et d’humidité sous le plastique provoquent une minéralisation plus importante de la matière organique, cela signifie que si le maïsiculteur ne réduit pas ses apports d’engrais azotés, le risque de pollution des nappes hydriques est accru.

Les films plastiques sont en principe biodégradables, voire photodégradables. On observe cependant que les parties enterrées ne se dégradent que très difficilement et qu’il reste des lambeaux de plastique que le vent disperse.

Les plastiques utilisés pour la couverture sont essentiellement des polyéthylènes qui peuvent contenir du Bisphénol A ou des phtalates qui apportent de la souplesse aux plastiques. Or, certains de ces agents chimiques sont considérés comme perturbateurs endocriniens. Deux types d’études ont été menés en relation avec l’impact environnemental de la plasticulture et plus particulièrement des phtalates. Les premiers ont mis en évidences en Chine une contamination du sol par les phtalates sans imputer une contamination uniquement due aux bâches excluant la contribution atmosphérique. Les secondes se sont intéressées au transfert des phtalates des bâches vers les légumes cultivés et concluent qu’il semble que certains phtalates puissent migrer de la bâche vers les légumes.

En Wallonie, les organismes d’encadrements comme le Centre Pilote Maïs ne recommandent plus l’usage de ces films en agriculture. Enfin des recherches ont été menées pour l’usage d’un plastique à base d’amidon entièrement dégradable. Vu son coût, il est peu utilisé si ce n’est que par quelques producteurs biologiques.

Réplique de Véronique Waroux. Monsieur le Ministre, je suis contente de vous avoir posé la question. C’est un médecin qui m’avait alertée, elle était particulièrement sensible à la question des perturbateurs endocriniens et elle s’était focalisée sur le Bisphénol A, mais quand on entend aussi l’impact des phtalates, on peut réellement s’inquiéter. Vous avez fait le point sur les risques liés à ces techniques. Je crois qu’il y a lieu de diffuser l’information.

Effectivement, quand on m’en a parlé, je ne visualisais guère ces bâchages. Depuis, je ne vais pas dire « je les vois partout », mais pour ainsi dire. C’est vrai qu’en cette saison, dans ma région du Hainaut en tout cas, on en voit régulièrement. Il est temps de tirer un signal d’alarme.

Le côté biodégradable ou photodégradable, on m’en avait parlé du côté agriculture, mais je me doutais que les coûts allaient être exorbitants. Le fait en plus que l’on ait des plastiques enfouis qui se dégradent difficilement, cela va continuer à contaminer nos terres donc j’espère qu’il y aura réaction, sensibilisation pour éviter de nouvelles techniques que certains prétendent bio, mais qui ont un impact final négatif. Merci.

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