Quel est le bilan écologique de la centrale de biométhanisation de Leuze ?

Question à M. René COLLIN, Ministre de l’Agriculture, et à M. Carlo Di Antonio,Ministre de l’Environnement, sur le bilan écologique du projet de centrale de biométhanisation à Leuze-en-Hainaut. La presse s’est faite écho, la semaine dernière, d’un projet de centrale de biométhanisation porté conjointement à Leuze-en-Hainaut par la société Sibiom (filiale de l’intercommunale IDETA) et la société Cofely (groupe Engie). Pour faire court : IDETA envisage d’y produire jusqu’à 88 GWh/an de biogaz, au départ de 120 000 tonnes de betteraves et de maïs cultivées et acheminées par des agriculteurs dans un rayon de 30 km. La demande de permis unique a été rentrée ce 3 mai. Une première en Belgique, dit-on.

Monsieur le Ministre a-t-il des garanties sur la fiabilité technique du processus ? Quel est le bilan écologique d’une telle entreprise ? Poursuit-on ici des objectifs écologiques, ou purement économiques afin d’assurer un dividende aux communes affiliées à l’intercommunale ?

Qu’en est-il de la fiabilité économique à long terme, puisque comme le relève la presse, le projet apporte « une rentabilité pérenne » grâce à la vente du gaz, mais aussi à la vente des LGO (label de garantie d’origine) ? Or sur ce point, rien ne serait garanti… De plus, à quel prix les maïs et betteraves seront-ils rachetés par Sibiom ? S’agit-il réellement d’une diversification attractive des sources de revenus pour nos agriculteurs ?

Enfin, je terminerai en revenant sur le grand débat idéologique entre culture énergétique et culture nourricière. On parle ici de 1 300 ha de cultures. 1,5 % de la surface agricole utile de la Wallonie picarde.

N’est-ce pas déjà 1,5 % de trop quand on sait l’effort de certains pour revenir à des plus petites exploitations, à des parcelles à taille humaine, au bio, aux circuits courts ?  Avant de vouloir prôner une indépendance énergétique comme le martèle IDETA, ne devrait-on pas s’assurer d’une certaine indépendance alimentaire ?

Réponse de René COLLIN, Ministre de l’Agriculture, de la Nature, de la Ruralité, du Tourisme et des Aéroports, délégué à la Représentation à la Grande Région. Le projet défendu par IDETA ne relève pas de mes compétences. Toutefois, la question d’utiliser pour la production de biogaz ou de biocarburants des superficies agricoles dont les cultures sont traditionnellement destinées à l’alimentation humaine reste une question fondamentale aux aspects environnementaux, voire éthiques. La réponse n’est pas unique et ne peut être simpliste. La première fonction de l’agriculture est sa fonction nourricière. C’est ma conviction profonde.

Par ailleurs en matière énergétique, la déclaration de politique régionale vise la poursuite du développement des énergies renouvelables à un rythme et à un coût sociétal supportables et maitrisés, visant ainsi la réalisation de nos engagements internationaux en la matière, dont ceux pris à Paris en décembre 2015 lors de la COP 21. Je suis convaincu que l’agriculture représente une partie de la solution en matière de lutte contre les effets du changement climatique.

La biométhanisation participe également au développement d’une économie biobasée. Celle-ci utilise notamment des matières premières agricoles dont certaines non comestibles comme le lin, le chanvre, le coton, ainsi que la biomasse ligno-cellulosique provenant de taillis à courte rotation, des coproduits, des effluents d’élevage, des résidus de l’industrie agroalimentaire. Dans ce cas, elle participe au développement de l’économie circulaire.

L’utilisation de cultures alimentaires à des fins non alimentaires pose cependant des questions sociétales.

Destiner des cultures alimentaires à des fins énergétiques à des moments où, dans certaines régions, il y a une sous-production ou une pénurie, est sujet à questionnement. Toutefois, l’Europe connaît actuellement une crise agricole due essentiellement à une surproduction, et ce quasiment dans toutes les filières, céréales, viande, lait, sucre,… Toutes les diversifications auront comme effet d’améliorer l’équilibre des marchés et les revenus des producteurs wallons. Si en plus, ces diversifications participent à la lutte contre le changement climatique, ce ne peut être que positif. Toutefois, l’utilisation de matières telles que la betterave sucrière ou le maïs, ne devrait être envisagée que de manière complémentaire pour rendre le procédé de biométhanisation plus efficace.

Il faut également prendre en considération certains effets que peut occasionner, dans des conditions particulières, le développement de certaines cultures : risque d’érosion, dégradation des sols. Le maïs en monoculture est plus sensible à ce type de problème. Développer une unité de biométhanisation dont environ 90 % des matières utilisées est du maïs, ne me paraît pas souhaitable. La diversification des apports, notamment non-alimentaires doit être recommandée.

Réponse de M. Carlo DI ANTONIO, Ministre de l’Environnement, de l’Aménagement du territoire, de la Mobilité et des Transports et du Bien-être animal. Madame la Députée, le projet de centrale de biométhanisation de Leuze-en-Hainaut a été réceptionné par la Direction du Département des Permis et Autorisations de Mons en date du 3 mai dernier. Le dossier a été déclaré incomplet. Une demande de complément a été renvoyée au demandeur, la Société industrielle de Biométhanisation de Tournai. La demande de complément porte notamment sur l’épandage des digestats qui sera réalisé sur les terres des agriculteurs chargés de fournir la matière première nécessaire au processus de biométhanisation. On ne dispose pas aujourd’hui encore d’un dossier complet.

Pour ce qui est de la durabilité de ce type de projet, je rappelle que dès 2001, le Parlement wallon a lié l’octroi de certificats verts pour la production d’électricité renouvelable à des exigences en matière de durabilité, basée sur une économie de CO2 dans un processus global, partant de la source jusqu’à l’utilisation finale de la biomasse destinée à produire de l’électricité renouvelable. Je pense que c’est là que ce situe la plaie. Il faut effectivement, pour être éligible aux certificats verts, que la durabilité soit garantie. C’est un lien qu’a fait le Parlement avec l’octroi de certificats verts à l’époque, en 2001. C’est ce qu’il faudra vérifier dans la demande qui est aujourd’hui à l’examen.

En ce qui concerne les émissions atmosphériques, celles-ci feront l’objet de conditions fixées par le permis unique afin d’en limiter les effets. Je n’ai pas de problème par rapport à cela. Sur votre question durabilité et développement durable, c’est l’examen à faire de l’ensemble du cycle. On va utiliser 10 000 tonnes de betteraves et de maïs. D’accord, mais globalement, quel est le gain compte tenu de l’utilisation des terres, et caetera ?

Une étude d’incidences environnementales a été réalisée par la société CSD Ingénieurs afin d’examiner les impacts éventuels du projet sur l’environnement dans le but de les limiter au minimum. C’est la procédure normale d’octroi de permis avec l’étude d’incidences réalisée préalablement. En ce qui concerne la part que prend la biométhanisation dans les objectifs à atteindre en termes d’énergie renouvelable, je vous renvoie à mon collègue en charge de l’énergie. On parle de quelques pour cent, mais il vous donnera une réponse précise sur la part imputée à la biométhanisation, au volet éolien et aux autres volets du renouvelable.

2 réponses
  1. LABIE A dit :

    Madame, ce sera un débouché pour les betteraves des agriculteurs que l’abandon des quota va empêcher de produire vu les prévisions des sucreries.
    Dans le monde, il n’y a pas que l’écologie qui compte.

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    • alexandre.valee dit :

      Certes, il n’y a pas que l’écologie qui compte. Mais sans écologie, il n’y aura bientôt plus de planète… et donc d’agriculteurs.

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