La cohérence entre la lutte contre le réchauffement climatique et le soutien aux aéroports wallons

  • Question écrite du 28/09/2017 à CRUCKE Jean-Luc, Ministre du Budget, des Finances, de l’Energie, du Climat et des Aéroports

Cet été, nous avons pu entendre l’administrateur délégué de l’aéroport de Charleroi nous présenter de très « bons » chiffres, du point de vue du développement économique de l’aéroport : près de 800 000 passagers en juillet, un record absolu, 7,5 millions de budget cette année, 2000 emplois directs et indirects créés en dix ans avec encore une augmentation de 10% cette année, etc. Il n’a pas manqué de remercier chaleureusement son premier actionnaire, le Gouvernement wallon (en veillant à préciser que toutes les couleurs politiques soutiennent l’aéroport), tout en esquissant les « pistes » d’avenir : accueillir des vols longs courriers, ce qui nécessite d’allonger la piste.

Il a aussi mis l’accent sur la différence de modèle entre les aéroports de Bruxelles et de Charleroi, le 1er ayant cette année encore dégagé 100 millions de dividendes pour ses actionnaires (75% hors Europe), tandis que le second ne versera pas de dividende cette année, son objectif premier étant le développement socio-économique de la région.

Très bien, nous pouvons nous enorgueillir d’avoir un outil économique qui tourne bien et ramène de l’emploi chez nous. N’en oublions pas pour autant la précarité d’un tel modèle – la récente annulation massive et impromptue de vols par la première compagnie de Bruxelles Charleroi, Ryanair – nous le rappelle suffisamment. N’oublions pas non plus que ce modèle low cost vise à envoyer toujours plus de monde, plus souvent et à moindre coût, dans les airs, avec les conséquences sur l’environnement que l’on sait.

Voici donc quelques questions à ce sujet.

Comment Monsieur le Ministre compte-t-il s’y prendre pour rendre compatibles ses compétences de protection du climat, de réduction des émissions de gaz à effet de serre, et celles liées aux aéroports, très polluants ?

Peut-il nous rappeler les montants dépensés en 2015, 2016, 2017 pour soutenir nos aéroports wallons ? Combien d’emplois cela représente-t-il ?

Si nous injections une partie de ces montants dans la nouvelle économie durable, combien d’emplois locaux et tout aussi non délocalisables pourrions-nous créer ?

Combien coûtera l’allongement de la piste ?

N’y a-t-il pas à craindre à investir l’argent wallon encore dans les aéroports où l’emploi dépend du maintien des grosses entreprises aéroportuaires, assez « volages » selon les conditions qui leur sont offertes ?

Peut-on rappeler l’impact climatique des voyages low-cost, bref l’empreinte écologique ? Des mesures seront-elles prises pour mieux faire correspondre le prix des billets et l’empreinte écologique ?

L’administrateur délégué annonce que 80 % de la flotte sera prochainement remplacée par de nouveaux avions, moins bruyants. Ceux-ci seront-ils également moins polluants ? Monsieur le Ministre a-t-il des contacts avec ses homologues des Régions et pays voisins pour généraliser l’adoption de normes de pollution plus exigeantes à défendre à l’échelon européen ?

 

  • Réponse de Jean-Luc Crucke 

Je tiens à préciser que même si Ryanair représente 78 % de l’activité passagers sur l’aéroport de Charleroi, il n’en reste pas moins que d’autres compagnies aériennes comme TUI, BELAVIA et Air Corsica qui ne sont pas des low-cost y sont également présentes et leur activité passager ne cesse de croître. Air Corsica vient récemment d’annoncer une augmentation de nombres de vols pour la saison printemps été 2018. De plus la société de gestion BSCA mène une politique active de diversification afin d’attirer d’autres compagnies. Divers contacts sont d’ailleurs en cours.

Les aéroports wallons sont un outil stratégique pour la Wallonie, leur développement au cours de ces dix dernières années n’est plus à démontrer. Liège se positionne à la 8ème place européenne et génère 3500 emplois directs pour 5.000 emplois indirects. Charleroi quant à lui dépasse les 7 millions de passagers et emploie 650 personnes mais son activité génère plus de 5.000 emplois indirects. En outre la croissance annoncée en Europe pour les prochaines années est de l’ordre de 4%. Les investissements réalisés au cours de ces dernières années et l’allongement de piste prévu prochainement pour l’aéroport de Charleroi sont indispensables pour conforter leur place sur le marché européen et continuer à faire croître l’emploi en Wallonie.

Par ailleurs, je me permets de rappeler que le 6 octobre 2016, un accord sur l’aviation internationale a été conclu lors de la 39ème Assemblée de l’Organisation internationale de l’aviation civile (OACI). Cet accord met en place un mécanisme de compensation des émissions via l’achat de crédits carbone “Carbon Offsetting and Reduction Scheme for International aviation” (CORSIA). Il s’agit d’un accord historique, même si seulement 80% des émissions au-dessus des niveaux d’émissions de 2020 seront compensés entre 2021 et 2035.

En outre, les compagnies aériennes doivent se conformer aux directives européennes et plus précisément à la directive 2008/101/CE du Parlement européen et du Conseil du 19 novembre 2008 modifiant la directive 2003/87/CE afin d’intégrer les activités aériennes dans le système communautaire d’échange de quotas d’émission de gaz à effet de serre. Il existe donc déjà un contexte juridique strict au niveau européen en matière d’émissions de gaz à effet de serre.

Finalement, en ce qui concerne les flottes utilisées par les compagnies actives en Wallonie et notamment Ryanair, elles sont les plus modernes et ont une ancienneté seulement de l’ordre de 5 ans.

Les Boeings 737-800 utilisés pour ces vols de courte distance ont des performances environnementales très élevées, ils utilisent jusqu’à 20 pourcent de carburant en moins diminuant donc fortement les émissions de CO2, et cela tout en étant moins bruyants. Ce sont les avions les plus efficients sur le plan environnemental de leur catégorie.

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