Des enquêtes épidémiologiques standardisées auprès des malades du cancer

Question à Maxime Prévot, Ministre des Travaux publics, de la Santé, de l’Action sociale et du Patrimoine, sur « la réalisation d’enquêtes épidémiologiques standardisées auprès des malades du cancer ». Monsieur le Ministre, je voulais aborder cette question qui me touche particulièrement et sincèrement, inspirée par des amis confrontés au cancer et qui s’interrogent sur l’origine de leur maladie quand leur comportement peut vraiment être qualifié comme sain.

Cet été encore, une information de la fondation Registre du Cancer belge soulignait la corrélation entre lieu de résidence et type de cancer. Ainsi, les cancers buccaux sont par exemple plus présents à Mons, alors que ceux du poumon sont plus présents en région liégeoise. Un des grands enseignements est l’impact du style de vie sur le développement de certains cancers, explique la directrice. En effet, les répercussions de l’environnement et des modes de vie sur l’incidence de certains cancers sont une préoccupation majeure de santé publique.

En l’état actuel des connaissances, il reste très compliqué d’estimer avec précision l’impact réel de ces différents facteurs. Ce n’est pourtant pas faute d’essayer : les organismes spécialisés multiplient les études ciblées pour tenter d’établir des corrélations ; tâche ardue et sujette à controverses en raison notamment de sources de données divergentes. Des médecins me disent d’ailleurs qu’ils travaillent souvent par approche intuitive. Ce qui est quand même assez étonnant. Je suis toujours étonnée lors de discussions avec des malades, veufs ou médecins, d’apprendre l’absence d’enquête épidémiologique développée et standardisée dans nos hôpitaux. Les malades ne sont pas interrogés en profondeur pour tenter d’identifier des paramètres d’exposition aussi banals que les habitudes alimentaires, on peut penser à l’alcool, les aliments principalement consommés. Hier justement, l’Organisation mondiale de la santé faisait part de son classement de viande rouge probablement cancérigène et la charcuterie cancérigène.

On a aussi entendu parler de l’impact de pâtes à tartiner, des fruits et légumes lavés ou pas lavés, ou de sucreries. Les habitudes en matière d’hygiène, quels produits utilisés ? Il faut parfois s’interroger sur les dentifrices, la fréquence d’utilisation, l’habitat, l’habillage des meubles en alcantara, en cuir enduit, en contre-plaqué, l’exposition de produits de jardinage et des loisirs, produits utilisés, exposition au soleil, et cetera, l’environnement, la proximité avec des parcelles agricoles ou avec route à trafic dense, et cetera. Ces personnes malades disposent pourtant d’assez de temps pour répondre à de longs questionnaires et sont d’autant plus enclines à le faire qu’elles supportent difficilement le caractère aléatoire du déclenchement de leur maladie.

Par recoupement informatique, ces enquêtes permettraient sans doute de détecter certains paramètres d’exposition communs. Sans pour autant les dénoncer, mais au moins les porter à l’attention et faire des études complémentaires. Ce type d’enquête devait être réalisé uniformément sur le territoire bien plus vaste que la Wallonie. Les données fournies pourraient être compilées par le centre international de recherche sur le cancer de l’OMS. À votre connaissance, ce type d’enquête internationale existe-t-il déjà ? Si pas au niveau international, dans les territoires tels que les États-Unis ou la France ? Si oui, pourquoi ne participe-t-on pas et est-il possible d’y prendre part ? L’Observatoire wallon de la santé, ou la Direction de la santé environnementale mènent-ils une réflexion sur le sujet ? Merci pour vos réponses et j’espère ne pas être dirigée vers le Fédéral.

Réponse de Maxime Prévot, Ministre des Travaux publics, de la Santé, de l’Action sociale et du Patrimoine. Madame la Députée, comme vous le savez, les cancers ont presque toujours une origine multifactorielle. De nombreux  éléments, dont le mode de vie pour plus de la moitié des cas et des facteurs environnementaux peuvent influencer, parfois fortement, la probabilité de développer la maladie. Bien des inconnues subsistent à ce niveau. L’endroit où une personne habite peut affecter son risque d’être atteinte de certains types de cancer. Les raisons pour lesquelles l’emplacement géographique pourrait jouer un rôle dans le risque de cancer sont très complexes et sont probablement liées à un certain nombre de facteurs comme les expositions environnementales ou le statut socioéconomique.

Il existe à l’échelle nationale ou internationale de nombreuses études épidémiologiques sur les facteurs favorisants potentiels, voire les causes du cancer – radiations ionisantes, milieu agricole, et cetera. Le tabagisme, la consommation d’alcool, une mauvaise alimentation et la sédentarité sont les principaux facteurs de risque dans le monde. Selon l’OMS, le tabagisme est le facteur de risque évitable le plus important de la mortalité par cancer dans le monde, car il cause, selon les estimations, 22 % des décès par cancer par an. En 2004, 1,6 million des 7,4 millions de décès par cancer était dû au tabagisme.

Au niveau national, un plan national Cancer a été mis en place le 10 mars 2008 pour identifier les meilleures stratégies d’approche et de lutte contre cette maladie grave qui touche beaucoup d’entre nous. Ce plan est décliné en différentes actions dont six sont relatives à la recherche, aux technologies innovantes et à l’évaluation. Par ailleurs, il est important de souligner le travail de la fondation Registre du Cancer qui enregistre au départ de plusieurs sources les cas de cancer en Belgique. Cette surveillance du nombre de cas de cancer est fondamentale pour évaluer la situation, estimer les tendances et donner l’opportunité à des chercheurs de faire des investigations sur la base notamment de ces chiffres. Le Comité consultatif de la Fondation examine d’ailleurs des projets de ce type.

Au niveau international, le choix a été fait de travailler sur le contrôle du cancer. Il passe par plusieurs modules comme expliqués par l’OMS. En ce qui concerne la prévention, l’évaluation des risques permet d’identifier les priorités d’action contre le cancer. Il faut, ensuite, axer les interventions sur les personnes à haut risque, mais aussi sur toute la population indépendamment du risque individuel. Rappelons, en effet, qu’un petit risque sur toute la population – par exemple, la pollution atmosphérique – peut générer plus de cas de cancer qu’un haut risque sur quelques individus. Les connaissances progressent, mais il reste encore beaucoup d’inconnues. En appliquant des stratégies fondées sur des constats pour mettre en œuvre la prévention, le dépistage précoce et la prise en charge des patients, les chances de guérison ou de rémission sont meilleures pour de nombreux cancers. Actuellement, la Direction de la santé environnementale en collaboration étroite avec la fondation Registre du Cancer s’aligne sur les recommandations de l’OMS. Le transfert de compétences permet de rationaliser l’organisation de la prévention en Wallonie et une nouvelle organisation va progressivement se mettre en place.

Au demeurant, j’ai pris bonne note du commentaire de l’OMS d’aller placer la consommation de viande au même niveau que l’amiante ou autres effets nocifs, cela m’apparaît particulièrement sujet à caution et interrogation. Je reste plutôt un défenseur de la consommation pour soutenir notre secteur agricole.

Réplique de Véronique Waroux. Merci pour cette réponse complémentaire. J’ai une formation en géologie et l’on appliquait ce que l’on appelle la géostatistique. Une analyse multifactorielle ici faisait un peu parallèle. Je continue à penser que d’aller très loin dans les questionnements… En fait les malades se questionnent énormément, puisque vous parliez notamment de l’effet du tabac. On connaît tous des malades ou des personnes décédées qui ne fumaient pas, qui n’étaient pas sédentaires, qui avaient des comportements tout à fait sains. Il y a encore beaucoup de questionnements. C’est vrai que la pollution atmosphérique, nous sortons maintenant des chiffres sur l’impact de cette pollution. Ce n’est pas facile non plus à établir, mais continuons à interroger, à chercher. Vous êtes dans cette optique. Merci Monsieur le Ministre.

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