Des subsides de la Fédération gaspillés au Sénégal ?

Question à M. Rudy Demotte, ministre-président, intitulée « Suivi de la rénovation de l’Assemblée territoriale du fleuve à Saint-Louis (Sénégal) »  Tout comme vous fin 2009, j’ai eu la chance de me rendre en mission au Sénégal il y a une quinzaine de jours, plus particulièrement dans la ville de Saint-Louis. En décembre 2009, on devinait sans peine votre enthousiasme lorsque vous inauguriez l’ancienne Assemblée territoriale du fleuve (AATF).

Il s’agit d’un bâtiment répertorié à l’inventaire du patrimoine mondial de l’humanité par l’Unesco, construit en 1888 et rénové en 2006 grâce au concours de la Fédération Wallonie-Bruxelles et de la Wallonie, sous la surveillance de l’Institut du patrimoine wallon. La Fédération Wallonie-Bruxelles avait apparemment consacré plusieurs centaines de milliers d’euros à ce chantier, incluant la formation de jeunes travailleurs locaux aux métiers de la construction, de la rénovation et du patrimoine.

Ce lieu devait faire figure d’exemple au Sénégal, de manière pérenne, en ce qui concerne les techniques de restauration. Hélas, j’ai pu constater que l’immeuble est en état de délabrement sérieux : les parois, les décors, les moulures en plâtre et chaux s’effritent, les fils électriques pendouillent et les interrupteurs sont inutilisables, les plaquettes de plafonds polychromes menacent de tomber dans la salle du conseil.

Monsieur le Ministre-Président, la Fédération Wallonie-Bruxelles était, avec la Wallonie et le Sénégal, l’un des trois maîtres d’ouvrage de ce chantier. Pouvez-vous préciser les montants et la ventilation des budgets qui ont été consacrés par la Fédération, le cas échéant à la restauration proprement dite – études, réalisation, suivi de chantier – et à la formation des ouvriers sénégalais ? Un suivi a-t-il été apporté a posteriori à ce chantier par votre administration ? Cette dernière a-t-elle connaissance de l’état actuel du bâtiment et de sa sous-utilisation ? Si oui, comment explique-t-elle un tel gâchis ? Ne serait-il pas opportun de systématiser un suivi à moyen et long termes de tels investissements ? Ces questions me paraissent nécessaires à la lumière d’un autre projet de coopération Wallonie-Sénégal en cours sur l’île de Gorée, la Maison de l’Amiral. Pouvez-vous nous en expliciter l’objet et les budgets investis par la Fédération Wallonie-Bruxelles ? Pouvez-vous nous assurer dans ce cas que les crédits de la Fédération seront utilisés au mieux, et que la pérennité de ces aménagements sera, sinon garantie, à tout le moins surveillée pour éviter de revivre pareille déconvenue ?

Réponse de M. Rudy Demotte, ministre-président. En 2002, la Wallonie et la Fédération Wallonie-Bruxelles s’étaient entendues avec les autorités du Sénégal pour collaborer et faire en sorte que l’on restaure la nouvelle Assemblée territoriale du fleuve qui, comme vous le savez tous, je suppose, est un bâtiment non seulement emblématique de l’histoire coloniale de l’ancienne capitale de l’Afrique occidentale, mais aussi le lieu de la proclamation d’indépendance de la République du Sénégal.

Sur cette base, chaque année, de 2004 à 2009, l’Institut du patrimoine wallon (IPW) a apporté son expertise, à travers des interventions techniques et des formations qui ont été dispensées aux différents artisans locaux. De 2005 à 2009, un coopérant, architecte, a été adjoint à la préparation et ensuite à la direction du chantier de restauration. Nous avons financé ce projet, à parts égales, avec le ministère de la Culture du Sénégal, mais également avec le Conseil régional de Saint-Louis.

C’est ainsi que près de 700 000 euros ont été consacrés par la Wallonie à ce projet, ce qui constitue, reconnaissons-le, un effort très important à l’échelle de nos budgets de coopération. Le chantier s’est ouvert en décembre 2007 ; les travaux de reconstruction comme de restauration ont été réalisés par une entreprise locale choisie par les autorités sénégalaises, via un marché public passé conformément à la législation en vigueur au Sénégal mais certaines faiblesses se sont révélées dans l’exécution des travaux.

Dans un contexte difficile, notamment du point de vue climatique, le milieu océanique étant très corrosif pour les bâtiments, nous avons pu constater des dégradations après chantier, qui offrent aujourd’hui un aspect particulièrement préoccupant, voire choquant. En matière de suivi, des rapports identifiant les raisons de ces dégradations ont été rédigés par l’IPW, dès 2011, lors de la réunion d’évaluation du travail de 2009-2011, et transmis officiellement aux autorités sénégalaises. Cette réunion s’est tenue à Dakar le 19 janvier 2012. Les compétences techniques wallonnes ne sont nullement à mettre en cause dans ce dossier.

Les interventions menées en présence des formateurs wallons et avec des artisans formés ont bien été exécutées. En concertation avec WallonieBruxelles International et l’IPW, des solutions constructives ont été envisagées par la Direction du patrimoine culturel du Sénégal, partenaire du projet et propriétaire des lieux, et le Conseil régional qui est, pour sa part, locataire depuis la fin du chantier. À ce jour, ces travaux n’ont pas commencé, notamment en raison d’une modification du paysage politique du Sénégal qui a conduit à la suppression des conseils régionaux et à leur remplacement par des conseils de département. Le Conseil départemental, le nouveau locataire, n’a jusqu’à présent pas pu confirmer l’engagement de l’ex-conseil régional qui devait résoudre ces problèmes. La solution implique donc une entente rapide et concrète entre les différentes autorités sénégalaises pour honorer au mieux le projet initial.

Dans le contexte que je viens de décrire, j’ai proposé que ce règlement soit une condition d’engagement sur le projet de restauration de la Maison de l’amiral à Gorée. Pour ce dossier, nous restons donc à ce jour en attente des discussions et des décisions qui seront prises lors de la prochaine commission mixte avec le Sénégal dans le courant de 2016. Actuellement, ce chantier n’est donc, dans les circonstances que je viens de décrire, ni prévu ni a fortiori planifié. Il est bien entendu que la responsabilité et la coordination de ce projet resteraient le cas échéant du ressort du partenaire sénégalais qui est maître de l’ouvrage.

Réplique de Véronique Waroux. Je ne pensais même pas que le montant en jeu atteignait 700.000 euros. Vous parlez de travaux effectués par une entreprise locale. Quand nous avons visité le bâtiment, le guide qui nous accompagnait a rejeté la responsabilité sur la Wallonie et sur la Fédération Wallonie-Bruxelles qui auraient mis en œuvre de mauvaises techniques alors que la volonté de départ était de retrouver les techniques ancestrales qui permettaient au bâtiment subissant des conditions climatiques difficiles de perdurer.

Enfin, concernant la Maison de l’amiral de Gorée, nos interlocuteurs ont souligné la nécessité que la Fédération Wallonie-Bruxelles s’active. Il est dommage de voir l’état actuel du bâtiment alors que des montants importants y ont été investis. Je comprends qu’un meilleur encadrement soit nécessaire. Mais, connaissant les montants importants qui ont été investis, il est quand même dommage de voir le bâtiment dans cet état, sachant que l’objectif était de former les Sénégalais à la rénovation, notamment à Saint-Louis. Je ne suis pas sûre que ce qu’ils ont appris serve beaucoup dans les restaurations futures. Je vous remercie en tout cas du suivi et de l’attention que vous réservez à ce dossier. Nous espérons que les choses s’amélioreront au fil du temps.

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