Le dossier Seine-Nord Europe

Question à M. Maxime PREVOT , Ministre des Travaux publics, de la Santé, de l’Action sociale et du Patrimoine, sur « Le dossier Seine-Nord Europe ». La nomination toute récente d’Édouard Philippe à Matignon ne sera pas sans conséquence sur un dossier très sensible qui concerne directement la Belgique : le chantier du canal Seine-Nord Europe prévu pour relier Compiègne, sur l’Oise, à Cambrai, sur l’Escaut. Maire du Havre, Édouard Philippe est depuis des années en effet l’un des plus farouches opposants à ce projet, convaincu qu’il est de la priorité qu’il faut accorder au développement portuaire de la façade Atlantique-Manche-Mer du Nord. Deux acteurs et soutiens importants du Seine-Nord, le maire PS de Maubeuge Rémy Pauvros et le Maire PRG de Béthune Stéphane de Saint-André, Directeur de VNF (Voies navigables de France), viennent par ailleurs de refuser les offres de service qui leur ont été faites par le mouvement « En Marche » du Président Macron.

On notera enfin que le chantier, longtemps présenté comme concurrent budgétaire, de la liaison ferroviaire Turin-Lyon a été confirmé en janvier dernier, et qu’Emmanuel Macron lui-même a annoncé officiellement en faire l’une de ses priorités. La nomination d’Élisabeth Borne, spécialiste du ferroviaire, au Ministère des Transports, va dans le même sens.

Le moins qu’il faille admettre est qu’au vu de cette conjoncture politique, les perspectives de voir mener à bien le projet du Seine-Nord sont compromises. Or elles ne seront pas sans implications sur les travaux qui sont aujourd’hui entrepris par la Région wallonne sur l’Escaut à Tournai. Pour rappel, outre leur coût considérable, ces travaux dont on a toujours justifié la nécessité par la mise en connexion avec le Seine-Nord vont entraîner une modification radicale du visage de cette ville, l’un des fleurons touristiques de notre pays : élargissement de ses quais et dénaturation de l’image séculaire de son célèbre Pont-des-Trous.

Est-il imaginable d’envisager poursuivre de tels travaux, aux conséquences aussi lourdes pour cette ville, alors que, du côté français, le dossier du Seine-Nord pourrait être sous peu abandonné ?

Monsieur le Ministre a-t-il déjà eu une clarification à ce propos de la part du nouveau gouvernement d’Édouard Philippe ?

Où en est la publication au Journal officiel de la décision d’ouvrir le chantier côté français, qui devait intervenir pour le 31 décembre ?

La décision a-t-elle été au moins signée par le Gouvernement précédent ?

Une récente séquence de la télévision locale a interrogé le Bourgmestre empêché de Tournai et la Direction des voies hydrauliques de la Région wallonne à ce sujet. Il y est notamment dit que « la modernisation de l’Escaut est une nécessité pour les autorités belges, et cela même en dehors du projet Seine-Nord, afin de désenclaver la Wallonie picarde sur le plan fluvial par rapport au reste du pays. »

J’avoue être très dubitative.

Monsieur le Ministre peut-il nous renseigner sur l’intérêt d’investir de telles sommes pour l’élargissement de l’Escaut en centre de Tournai, en ce compris la destruction d’un élément patrimonial tel que le Pont-des-Trous, si jamais le projet Seine-Nord ne se faisait pas ?

Existe-t-il des projections de fréquentation navale prenant en compte ce cas de figure ?
Si oui, quels en sont les résultats ?
Sinon, ne serait-il pas pertinent d’en faire avant de poursuivre les travaux et d’engager les montants ?

Enfin, concernant la liaison avec le canal du Centre, et donc avec le sillon Sambre-et-Meuse, via le canal de Mons à Condé, où en sont le désenvasement, l’élargissement et la canalisation sur les 8 kilomètres de tronçon sur territoire français pour lesquels nous participons au financement ?

Ces travaux avaient débuté à la fin de l’année dernière par le creusement des fosses pour le traitement des boues polluées et l’éradication de la végétation sur les berges. Or, il me revient que depuis février, les travaux sont interrompus.

Est-ce vrai ? Si oui, pour quelle raison ? Vont-ils reprendre ?

Réponse de M. Maxime PREVOT, Ministre des Travaux publics, de la Santé, de l’Action sociale et du Patrimoine.  Il y a eu, en effet, de petits remous suite aux élections présidentielles françaises et à la constitution du nouveau Gouvernement par rapport au projet canal Seine-Nord chez nos voisins français.

Toutefois, il me semble qu’il n’y a aucune crainte à avoir quant à la bonne fin du dossier. Je rappelle, d’ailleurs, que la presse française a, le 18 mai dernier, relayé les propos de M. Xavier Bertrand, Président des Hauts-de-France. Je le cite : « Il n’y aura aucune remise en cause du canal Seine Nord. J’en ai reçu l’assurance du Premier ministre, Édouard Philippe, ainsi que du ministre du Budget, Gérald Darmanin ».

Par ailleurs, je rappelle que le chantier du canal Seine-Nord, long de 170 kilomètres, devrait coûter 4,5 milliards d’euros, dont 40 % financés par l’Union européenne, ce qui, en soi, est une garantie supplémentaire de son bon aboutissement général.

J’ai reçu, en mon cabinet, le 3 mai dernier, les hauts représentants de la Commission européenne, à savoir les trois coordinateurs des corridors européens qui touchent la Wallonie. L’une de ces trois personnes était l’ancienne ministre, Mme Trautmann. Tous les trois ont confirmé leur très grande volonté ainsi que celle de l’Europe de voir aboutir divers projets fluviaux, en particulier celui du canal Seine-Nord.

Au niveau wallon, pour la partie du projet baptisée « Seine-Escaut », il n’y a aucune remise en cause, non plus. J’ai encore signé, il y a quelques semaines, la totalité des cahiers de charges pour les phases. Les travaux se poursuivent, tant au niveau de la traversée de Tournai que sur d’autres chantiers liés au dossier. Aucun des chantiers ne suscitera des travaux que l’on pourrait qualifier d’inutiles.

Au demeurant et au besoin, j’ai rendez-vous avec Mme l’Ambassadeur de France, le mois prochain, pour pouvoir notamment lui redire ma contrariété malgré les correspondances multiples adressées au précédent Gouvernement de ne pas avoir eu de réponse sur la question du tonnage à 44 tonnes au-delà de la frontière.

J’en profiterai pour évoquer aussi avec elle les propos tenus concernant le canal Seine-Nord, histoire d’avoir les apaisements complémentaires des représentants du Gouvernement français.

2 réponses
    • alexandre.valee dit :

      S’agissant d’une question écrite et non orale, nous n’avons pas eu de réplique pour préciser cet élément mais nous pensons qu’il y a eu un amalgame avec une autre question sur la limite de tonnage des poids-lourds (sur route, donc) à la frontière. Donc ce dernier paragraphe est sans lien direct avec la problématique Seine-Nord Europe.

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