Du gaz de schiste américain importé en Belgique ?

Dans cette question écrite à Paul FURLAN, j’ai interrogé le Ministre des Pouvoirs locaux, de la Ville, du Logement et de l’Energie, sur une information a priori inquiétante. Les Etats-Unis sont en effet devenus le premier producteur mondial de gaz, cette énergie fossile, suite au boom du gaz de schiste. C’est ainsi qu’il y a quelques semaines, la société américaine Cheniere Energy Inc. a annoncé avoir signé un accord pour vendre au géant français EDF 26 cargos de gaz naturel liquéfié qui seraient acheminés vers le terminal de Dunkerque. Ce terminal est raccordé au réseau de gaz de Fluxys et une partie de ce gaz pourrait donc finir en Belgique.

En Belgique et en Wallonie, l’exploitation de ce gaz, qui serait présent dans le sol, semble être problématique et poser des questions. Il n’en n’est pas moins vrai que nous devons assurer la sécurité d’approvisionnement énergétique de notre région. Ce gaz de schiste importé des Etats-Unis pourrait présenter une solution à court terme, mais quel serait son impact à plus long terme, puisqu’il est fondamental, en matière de développement durable, de considérer les choix et leurs conséquences dans le temps.

Monsieur le Ministre a-t-il entendu parler de cette annonce de la société américaine ? Quelle est son analyse ? Ce gaz sera-t-il acheminé et utilisé en Wallonie ? Si oui, quels sont les projets ? Monsieur le Ministre peut-il nous en dire davantage au sujet de ce futur projet américain

Réponse de Paul FURLAN Paul : Comme le mentionne l’honorable membre, la livraison se fera via le nouveau terminal méthanier de Dunkerque opéré par EDF et financé à 25 % par Fluxys. On peut être en effet en droit de penser que du gaz de schiste américain se retrouvera dans le réseau gazier belge.

Il convient cependant de nuancer quelque peu : le contrat porte en effet sur la livraison de l’ordre de 27 Terawatts/heure de gaz naturel jusqu’en 2018 ce qui est finalement assez peu par rapport aux 197 Terawatts/heure importés en 2013 par la Belgique. La capacité annuelle du terminal gazier de Dunkerque sera, quant à lui, de 136 Terawatts/heure. Je ne puis hélas en dire plus sur la part effective de gaz transitant par Dunkerque qui se retrouvera sur le réseau de Fluxys.

Comme le sait l’honorable membre, la découverte de sources importantes de gaz de schiste aux USA a permis à ce pays de devenir, dans la seconde moitié des années 2000 le plus gros producteur de gaz naturel au monde passant d’un statut d’importateur à celui d’exportateur.

Force est de constater que cette situation a été grandement facilitée par un coût de fourniture resté extrêmement bas après la crise de 2009. Actuellement, ce prix est de trois à quatre fois moindre que le gaz produit en Europe. Il est à noter que l’essentiel du gaz américain approvisionne les pays limitrophes des USA et seule une part de celui-ci est exportée vers l’Europe.

Il est certain que l’opportunité existe avec le gaz de schiste américain ou canadien de garantir une certaine sécurité d’approvisionnement à l’Europe en général, surtout au regard du contexte géopolitique actuel. Plus loin, les perspectives tendent à montrer que la production globale de gaz de schiste explosera dans les années à venir avec de nouveaux acteurs essentiellement hors du territoire européen.

Pour rappel, la Commission a déposé un projet d’« Union énergétique » avec des mesures structurelles fortes pour assurer une indépendance énergétique accrue de l’Europe via une diversification de ses sources de production énergétique et en renforçant ses partenariats en approvisionnement de gaz avec des marchés plus stables. La coopération avec les États-Unis ou le Canada sera, a priori, envisagée comme nouvelle source de partenariat possible. Quant au gaz de schiste endogène, il sera vu comme une « possibilité envisageable » à terme même si les questions relatives à l’impact environnemental et à la sécurité des biens et des personnes restent fondamentales.

Même si la question relative à la sécurité d’approvisionnement énergétique est une compétence de ma collègue du Gouvernement fédéral et du Gestionnaire du Réseau de transport FLUXYS, il va de soi que la Wallonie travaillera toujours en fonction des orientations fixées par l’Europe en la matière. Il conviendra cependant de veiller à ce que cette démultiplication des sources d’approvisionnement en gaz ne crée pas de nouvelles dépendances énergétiques même si elle permettra de maintenir le gaz naturel à des prix raisonnablement bas.

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