Electricité : le danger de délestage surestimé ?

Question à M. Paul Furlan, Ministre des Pouvoirs locaux, de la Ville, du Logement et de l’Energie sur « La récente étude de la CREG quant aux prévisions sur le plan de délestage ». Monsieur le Ministre, selon une étude de la Commission de régulation de l’électricité – la CREG – parue il y a quelques jours, la Belgique serait restée très loin d’un délestage causé par un problème d’approvisionnement en électricité l’hiver dernier.

Aussi, le régulateur fédéral, dans ses prévisions pour l’hiver prochain, indique que si la capacité de production disponible est du même ordre de grandeur que celle de l’hiver dernier, la réserve stratégique sera plus élevée. Cela renforcera alors la résistance du système face à des indisponibilités non planifiées et une éventuelle vague de froid. Dans son étude, la CREG critique la méthode développée par le gestionnaire de réseau Elia visant à définir le volume des réserves stratégiques. Voilà pourquoi le régulateur fédéral réclame un contrôle par une instance indépendante.

Face à ces nouvelles analyses qui peuvent paraître étonnantes, pouvez-vous nous en dire davantage à ce sujet ? Cette compétence à certains égards relève du régulateur fédéral, mais il ne faut pas oublier que tout le pays, que notre Région aussi bien sûr, devra subir le plan de délestage, si nous devons en arriver jusque-là. Hypothèse qui, aujourd’hui, est sérieusement remise en cause. Quel avenir pour le plan de délestage modifié et présenté il y a quelques semaines ? Quelle valeur a-t-il encore aujourd’hui ? Pouvez-vous nous en dire davantage sur la méthode développée par Elia pour définir le volume des réserves stratégiques ? Que pensez-vous de cette proposition de création d’une instance indépendante ? Que répondre aux pouvoirs locaux qui se trouvent face aujourd’hui à des informations contradictoires et doivent cependant être parés à toute éventualité, comme à celle de la pénurie d’électricité ?

Réponse de Paul Furlan, Ministre des Pouvoirs locaux, de la Ville, du Logement et de l’Énergie. Madame et Monsieur les députés, je fais appel à votre mémoire. Lorsque ce débat est venu sur la table, je venais d’entrer en fonction au Gouvernement wallon prenant même des contacts avec les opérateurs et j’ai toujours été mesuré quant à la possibilité d’un black-out et d’un plan de délestage sur la Wallonie. À l’époque, mon discours était tout à fait inaudible dans la mesure où beaucoup de commentateurs externes préfèrent toujours annoncer des catastrophes que des solutions.

Je me souviens qu’en commission, un de nos collègues de l’opposition – je ne sais plus lequel – me disait : « Mais enfin, vous prenez tout par-dessus la jambe. Vous rigolez. Mais derrière, il y a des citoyens, des entreprises ». Je vous renvoie à ces débats, comme si l’on allait couper l’électricité dans tout le pays dans la semaine suivante. J’avais évidemment des informations, notamment des GRD avec lesquels je suis en relation, qui montraient que les capacités belges, sauf circonstances exceptionnelles, étaient relativement bien maîtrisées.

La CREG a analysé la situation du marché belge durant l’hiver 2014-2015 pour estimer si la réserve stratégique avait été correctement évaluée. En constatant que le système électrique était resté éloigné d’au moins 1 000 mégawatts de l’activation des réserves stratégiques, la CREG a émis un ensemble de recommandations. Elle ne remet pas en cause l’existence d’une réserve stratégique et souhaite que celle-ci soit conservée. Cependant la CREG souhaiterait que l’établissement du volume de celle-ci soit transparent et soumis au contrôle par une instance indépendante – vous l’avez rappelé, Monsieur Dermagne. Il est légitime de soutenir la CREG sur ce point, car une plus grande transparence et un meilleur contrôle permettront d’éviter les situations parfois inutilement anxiogènes qui se sont développées l’hiver passé. Mais on utilise tous les moyens que l’on peut pour faire parler de soi.

Les prévisions de l’hiver dernier étaient basées sur des hypothèses très conservatrices de la part d’Elia. La loi belge impose à Elia d’évaluer le volume des réserves nécessaires selon une méthodologie précise qui consiste à limiter le nombre d’heures théoriques de pénurie à une certaine valeur. L’évaluation de ce nombre d’heures théoriques est réalisée à partir d’une approche probabiliste et des hypothèses prises en compte pour l’hiver en question. Cette dernière évaluation est complexe et dépend de nombreux paramètres incertains tels que la production à partir de sources d’énergie intermittentes, la capacité d’importation aux frontières et la possibilité de déconnexion non planifiée d’une centrale de production.

Le plan de délestage est un outil de sauvegarde du réseau électrique de dernier recours, il ne fait pas partie des réserves stratégiques. Il sert à éviter un black-out complet sur la Belgique pendant de nombreuses heures lors de la survenue d’un incident grave sur le réseau ou lorsqu’il n’existe plus d’autre alternative lors d’une pénurie d’électricité. Au vu de la complexité technique de ce dossier, nous avons créé un comité scientifique d’experts universitaires qui nous serviront d’appui technique pour déterminer la meilleure position à adopter dans l’intérêt de la Région pour cette thématique du délestage.

Les pouvoirs locaux doivent être prêts à parer à un délestage électrique, c’est en effet une de leurs responsabilités, mais ce n’est pas une nouveauté. À la différence d’incidents ou d’accidents par définition imprévisibles, la pénurie d’électricité est prévisible et permet dès lors une gestion, notamment par les rôles confiés aux centres de crises et aux gouverneurs. Je m’efforce, dans ma mission de ministre des Pouvoirs locaux, en parfaite concertation avec le ministreprésident, de leur faciliter la tâche au maximum. Mais je dois préciser que le maintien de l’ordre public, dont les bourgmestres et les gouverneurs sont des rouages de premier plan, relève essentiellement du ministre fédéral de l’Intérieur.

Réplique de Véronique Waroux. C’est vrai qu’il est intéressant d’entendre que la modération est inaudible. Mais qu’à côté de cela, vous est tout à fait sérieux sur la gestion du problème. Être prêt pour vous reste absolument fondamental. C’est vrai que j’avais entendu la ministre fédérale de l’Énergie soutenir dans une de ses réponses la méthode d’Elia. Il y a des éléments à éclaircir. La mise sur pied d’un comité scientifique d’experts pourra nous éclaircir les choses. Merci de votre implication dans ce dossier.

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