Il faut préserver les pavés belges !

Question orale à Maxime Prévot, Ministre des Travaux publics, de la Santé, de l’Action sociale et du Patrimoine, sur « la préservation des pavés belges ». Monsieur le Ministre, je vous assure, je ne fais pas une fixation. Durant l’été, l’ARAU, l’Atelier de recherche et d’action urbaines, a publié une étude sur la préservation des belgian blocks, ou pavés belges, dans la Ville de New York. On peut s’en féliciter. Les autorités ont lancé de grands travaux de rénovation de leurs rues pavées dans leurs quartiers industriels historiques de Brooklyn. Ils sont devenus une fierté patrimoniale pour la ville, qui tient à son expérience « Paris-Roubaix » outre-Atlantique. Les riverains y seraient également attachés puisqu’ils ont choisi leur restauration au détriment de pavés sciés lisses vieillis artificiellement, qualifiés de Disneyland, suite à un processus participatif leur permettant de tester à pied ou à vélo les maquettes grandeur nature. Pour les cyclistes, des bandes de granit sont prévues pour assurer confort et sécurité sans avoir recours à l’asphalte.

Autre lieu, autre coutume. À Tournai, ville patrimoniale, les pavés belges sont arrachés et revendus par camions à l’étranger, notamment en Allemagne. Il n’y a pas qu’à Tournai, mais là on avait eu des informations sur cette ville. Une aberration quand on sait les difficultés à se procurer ce matériau de qualité de nos jours. Nos carrières de porphyre se sont réorientées vers le gravier. Pour de nouveaux chantiers, nous sommes obligés de nous rabattre vers des pavés étrangers, aux fiches techniques souvent incomplètes et à la forme trop arrondie, contrairement à nos pavés belges d’époque taillés à la main. Il est aussi parfois proposé de scier en deux et de lisser d’anciens pavés. Faute d’une hauteur suffisante, ils n’ont plus aucune tenue dans la durée ; pour preuve, les chantiers à répétition pour refaire des pavements descellés en un temps record.

Pointons aussi la perte d’un savoir-faire ancestral dans nos contrées, celui du poseur de pavés. Nous sommes contraints de faire appel à de la main-d’œuvre étrangère, souvent portugaise, plus compétente. C’est un comble. Cette perte de patrimoine matériel et immatériel me paraît regrettable. En tant que ministre tant des Travaux publics que du Patrimoine, avez-vous eu connaissance de cette étude de l’ARAU ? Partagez-vous ses conclusions sur l’intérêt de préservation et de valorisation de nos anciens pavés ? Une réflexion quant au stockage de nos vieux pavés et à leur recyclage dans nos cœurs de villes et villages historiques est-elle envisagée ?

Réponse de Maxime Prévot, Ministre des Travaux publics, de la Santé, de l’Action sociale et du Patrimoine. Madame la Députée, j’ai effectivement pu prendre connaissance de cette étude. Si je vous rejoins sur la nécessité de défendre nos produits – pas simplement par protectionnisme, mais aussi parce qu’ils sont très souvent de bien meilleure qualité – mon administration et moi-même ne pouvons toutefois pas nous soustraire à la réglementation sur les marchés publics et aux directives européennes. Par ailleurs, l’exemple que vous pointez concerne une municipalité qui concentre dans un territoire circonscrit et densément peuplé des voiries à caractère historique. Je vous rejoins donc sur l’intérêt de maintenir, dans certaines zones qui présentent des caractères spécifiques, des dispositifs de cette nature.

Toutefois, il faut exclure les voiries qui accueillent un trafic intense et lourd, car quand bien même la mise en œuvre serait irréprochable, les pavages résistent difficilement dans le cas de sollicitations lourdes et fréquentes. Pour toute une série de raisons pratiques et financières, le stockage et la réutilisation de pavage qui se ferait hors chantier ne sont pas idéaux. Par contre, nous travaillons sur l’élaboration de clauses dans les cahiers des charges, tels les clauses environnementales ou les bilans carbone, afin d’orienter les choix vers des solutions durables. Mon administration propose également des solutions mixtes, pas très éloignées de ce qui a été proposé à New York, pour marier les pavés et le béton par exemple. Je pense notamment aux travaux de réfection de la place du Cadran à Liège, au-dessus de la place SaintLambert, sur la N3. Une solution mixte pavés-béton y a été choisie en collaboration et en accord avec tous les partenaires, y compris les défenseurs du cœur historique de Liège et les spécialistes wallons des pavés de pierres. Les zones les plus sollicitées seront réalisées en un béton traité afin de laisser apparaître des granulats de nature proche des pavés qui seront quant à eux placés principalement en partie centrale de la place du Cadran. Voilà pour nous éloigner quelque peu de Tournai.

Réplique de Véronique Waroux. Merci Monsieur le Ministre. On se rejoint tout à fait sur les principes de marchés publics. Néanmoins, c’est vrai que par facilité on a tendance à tout évacuer pour les travaux de démolition. Or, parfois on pleure quand on doit retrouver et replacer quelques pavés de-ci de-là comme cela arrive régulièrement. À partir de trois pavés descellés, 15 jours après on se retrouve avec une vingtaine et au-delà, on sait que c’est bien plus grave. Pour exclure les voiries de trafic lourd et mettre d’autres matériaux, je connais aussi des réalisations de mariages heureux entre pavés et asphalte. Cela peut se faire également. Nous nous rejoignons tout à fait sur ces besoins. Je vois que vous y travaillez également. Merci pour votre attention et la poursuite dans ce sens.

(Photo RTBF)

2 réponses
  1. christophe dit :

    Bonjour

    On ne sauve pas les vieux pavés en les posant aussi mal
    Je vous prédit une salve de critique à l’usage tant au point de vue du confort de marche que du point de vue de la durabilité de l’ouvrage…

    un paveur

    Répondre
  2. christophe dit :

    Comme je pense que ce sujet mérite vraiment d’être développé, je regrette ma première intervention écrite à fleur de peau, sous le choc de la photo.

    Je voudrais commencer par vous montrer une photo
    http://www.pflaesterer.ch/bilder/dec3c73fde3f3314786b0c1db488c7a0.jpg
    Cela se passe dans un centre de formation en Suisse ou l’on voit un homme, probablement un maitre paveur, montrer à un jeune étudiant (!) une erreur, ce qui l’a conduit à obtenir un joint trop important qui est montré du doigt.
    Combien faudrait il de doigts à ce critique sur la photo du blog qui nous occupe ???

    Abandonnons un instant l’aspect purement technique de la chose pour réfléchir au fait que s’il existe des formations pour jeunes paveurs de pierre naturelle en Suisse et en Allemagne, ils ont été fermé en France et en Belgique.
    Offrir des formations et protéger des métiers plutôt que d’encourager l’immigration du travail n’est ce pas une bonne idée ?
    n’est ce pas beau de la part d’un pays de s’occuper de ses enfants ?
    voyez ce que cela donne.
    http://www.feusi-pflaesterungen.ch/mediac/400_0/media/6c648e7ce59b9107ffff86d6ffffffe6.jpg
    Alors bien sur on va me rétorquer que les Suisses et les Allemands ont de l’argent, et pas nous pauvres pays francophones, et que l’on a raison de faire appel à de la main d’oeuvre étrangère peu chère et tant pis pour les chomeurs, y ont qu’a travailler.
    Pas si sur.
    Combien nous coute toutes ces malfaçons généralisés ?
    Commençons par une première
    http://www.estrepublicain.fr/edition-de-verdun/2015/07/13/verdun-le-pont-chaussee-en-travaux-des-le-14-juillet
    (désolé pour la pub)
    A peine fait, le pavage fout le camp et on nous dit que c’est par ce que le pont bouge.
    de qui se moque t’on
    et ce pont il bouge pas ?
    https://www.flickr.com/photos/22914687@N05/4461246243.
    Si l’on suit ce raisonnement on peut dire adieu à la beauté des paysages urbains. bonjour le beton et le goudron.
    En réalité nous somme complètement décadent et quand j’entends Monsieur le ministre dire qu’ils faut mettre du béton, je suis hors de moi. C’est justement par ce que les pavés granit breton était plus solide que tout, que les entrées de périphérique parisiens en sont pavés et bien pavés.
    Pauvre granit breton, il a été la première victime de cette histoire et cela fait déjà longtemps que les carrières ont été fermées et les emplois supprimés.
    Ont préfère les pavés étrangers, moins cher…
    voyons un peu ce que cela donne
    http://fixmystreet.irisnet.be/fr/report/revetement-degrade-revetement-chaussee-bruxelles-ville/6128
    quelle tristesse.
    ici le pavés descellés ne font pas plus de deux cm de haut alors qu’un pavé digne de ce nom devrait être au moins aussi haut que large.
    https://fixmystreet.irisnet.be/fr/rapport/trou-revetement-trottoir-ixelles/22557
    des petits drames quotidiens
    http://www.lavoixdunord.fr/region/lievin-elle-se-blesse-au-passage-pieton-et-porte-plainte-ia35b54067n3091939
    le folie du « Glatt Platt Steril und Kapput »
    http://www.lanouvellerepublique.fr/Indre-et-Loire/Actualite/24-Heures/n/Contenus/Articles/2013/04/10/Les-paves-glissants-seront-demontes-place-Choiseul-1405725
    et des meilleures et j’en passe. Cherchez vous même, il y en a plein le net.
    Pourquoi toutes ces erreurs ? on peut faire une erreur une fois, c’est normal. Mais mille fois c’est incompréhensible.
    Je vous parlerais bien du paveur du Roi, sous louis le quatorzième, mais je serais trop long

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