La construction d’une centrale biomasse en Wallonie

QUESTION ORALE DE MME WAROUX A M. FURLAN, MINISTRE DES POUVOIRS LOCAUX, DE LA VILLE, DU LOGEMENT ET DE L’ÉNERGIE, SUR « LA CONSTRUCTION D’UNE CENTRALE BIOMASSE EN WALLONIE »

Monsieur le Ministre, en termes d’énergies renouvelables en Wallonie, l’effort doit être poursuivi, tout en prévoyant des mécanismes de soutien efficaces, mais aussi soutenables financièrement sur le long terme. S’il est important de maintenir une politique volontariste ambitieuse de promotion de ces énergies renouvelables, au vu notamment de l’importance d’assurer diverses sources d’énergie, il importe en effet d’en maîtriser le coût. Aussi, dans le cadre de la poursuite du développement des énergies renouvelables, des critères stricts de durabilité et une traçabilité complète pour la biomasse doivent être définis.

centrale awirsLe Gouvernement s’est engagé, dans sa Déclaration de politique régionale, à définir ces critères. Un article paru récemment dans la presse nous apprenait que le Gouvernement wallon avait l’intention de lancer un appel d’offres pour la construction d’une nouvelle centrale biomasse en Wallonie. L’objectif serait de rendre cette centrale opérationnelle pour 2021, ce qui nécessite de lancer l’appel d’offres début 2016. On parlerait ici d’un méga projet de centrale électrique, d’une puissance non précisée, mais qui serait supérieure au site des Awirs, où Electrabel a transformé, en 2005, une de ses centrales au charbon en centrale biomasse de 80 mégawatts. Là, l’eau y est chauffée via la combustion de pellets importés des États-Unis ou du Canada. Pouvez-vous nous en dire davantage au sujet de ce projet ?

Quel est l’impact environnemental de ce projet, ainsi que les émissions de CO2 qu’il induira, au regard des émissions émises par la combustion de pellets notamment ? Nos importations de pellets devront être renforcées dans ce cadre, notre pays n’en produisant pas suffisamment. Cela impliquera un impact environnemental. Concernant la centrale des Awirs, Electrabel parle d’une perte de 10 millions en 2014. Que se passera-t-il, en 2020, lorsque le groupe Electrabel ne recevra plus de certificats verts ? Le groupe bénéficiera-t-il d’un soutien public ? Cela pose de grosses questions sur la rentabilité de ce type de centrale et pose aussi des questions sur la rentabilité de la future centrale dont vous annoncez l’arrivée. Enfin, le Gouvernement a-t-il à présent défini des critères stricts de durabilité concernant ce mode d’énergie renouvelable ? Si oui, quels sont-ils ? Pouvez-vous nous faire le point sur la part de la biomasse dans les énergies renouvelables en Wallonie ?

Réponse de M. Furlan, Ministre des Pouvoirs locaux, de la Ville, du Logement et de l’Énergie. Madame et Monsieur les députés, j’ai en effet proposé au Gouvernement wallon un nouveau mix énergétique pour atteindre l’objectif de 13 % de la consommation finale d’énergie renouvelable produite à l’horizon 2020, projet adopté en première lecture le 24 avril 2015. Ce mix prévoit bien l’implantation d’une unité de centralisée d’une puissance de maximum 200 mégawatts alimentée par de la biomasse durable importée. Ce type de projet aura, comme tout projet, des impacts environnementaux. Toutefois, je ne souhaite pas mettre en péril la filière de bois wallonne, voire de bois belge ; c’est pourquoi j’ai souhaité que le projet soit basé sur un approvisionnement en pellets importés, et ce, comme souhaité par le secteur.

En envisageant la biomasse comme combustible, les émissions en CO2 seront assez restreintes et surtout la combustion de la biomasse est considérée comme neutre sur le plan du CO2, la combustion ne libérant que le CO2 fixé durant la formation et la croissance de cette biomasse. Actuellement, je peux vous confirmer que, dans le cadre du régime de soutien, la CWaPE vérifie la durabilité de la biomasse. Les différentes étapes de la chaîne d’approvisionnement de la biomasse sont examinées en considérant des critères de durabilité qui touchent à la gestion des forêts et au processus de production, en passant par le respect de la législation, la consommation énergétique et les émissions de CO2 lors de la fabrication et du transport de pellets, jusqu’à la traçabilité depuis l’origine jusqu’à la livraison sur le site de la centrale. Je soutiens ce système en restant toutefois attentif aux adaptations en termes de valeur de référence et aux avancées législatives européennes en la matière.

Concernant le futur de la centrale des Awirs, je ne peux que répercuter la volonté annoncée d’Electrabel de fermer celle-ci à l’horizon 2020. En 2013, la biomasse représentait 52 % de la production électrique brute renouvelable en Wallonie et 98 % de la production totale en chaleur renouvelable. En ce qui concerne la puissance de l’unité de biomasse centralisée, il est prématuré de se prononcer précisément à ce stade. Lors de la révision de la stratégie renouvelable, il apparaît qu’il est nécessaire de disposer d’une unité centralisée de biomasse pour atteindre les objectifs de manière harmonieuse vis-à-vis des autres filières. L’étude a mis en évidence que la puissance de cette unité devrait être limitée à 200 mégawatts pour conserver l’harmonie entre ces filières. Ce projet contribuerait à plus de 10 % de la production wallonne d’électricité renouvelable à l’horizon 2030. De plus, cette unité améliore la sécurité d’approvisionnement et répond aussi au besoin de flexibilité induit par l’intégration de nombreuses unités de production décentralisées qui sont, elles, par nature intermittentes. Il est évident que cette future unité de biomasse a été comptabilisée dans les prévisions de la production électrique et des octrois de certificats verts afin d’estimer l’impact sur l’équilibre du marché des certificats verts.

Sur les aspects environnementaux, j’y accorderai bien entendu une attention particulière. Les critères de durabilité seront des éléments déterminants dans le critère d’attribution de l’appel à projets. Le plan d’approvisionnement sera analysé avec minutie en tenant compte des premières conclusions de la stratégie biomasse. Pour rappel, cet aspect environnemental est également pris en compte, et ce, déjà à l’heure actuelle, dans le calcul de l’octroi des certificats verts via le coefficient CO2.

Quant à mes propos, je parlais du lancement du projet global et non de l’appel à projets proprement dit. Vous me permettez de rectifier ou de me faire bien comprendre, si je me suis mal fait comprendre et je m’en excuse. J’ai chargé mon administration de rédiger une note méthodologique sur cet appel à projets pour la mijuillet. Cette note abordera les conditions de faisabilité et les aspects liés à l’appel à projets. Comme déjà annoncé, l’appel est prévu en 2016.

Réplique de Véronique Waroux : Merci, Monsieur le Ministre, pour toutes ces précisions. Apparemment, des études démontreraient qu’il n’y a pas de neutralité de carbone pour la biomasse et que l’absorption de la croissance ne compense pas les effets de la combustion. Il va falloir examiner ces études avec attention sachant aussi que pour l’instant, les pellets… (Réaction de M. le Ministre Furlan) … pour l’instant, il y aurait déjà un impact sur les forêts du sud-est des États-Unis. De même, on peut craindre aussi des impacts sur le Brésil et l’Indonésie. On demande d’être particulièrement attentif. Nous allons étudier et examiner ces différentes études par rapport à cet impact biomasse.

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