La gestion du risque Ebola

QUESTION ORALE DE MME WAROUX À M. PRÉVOT, MINISTRE DES TRAVAUX PUBLICS, DE LA SANTÉ, DE L’ACTION SOCIALE ET DU PATRIMOINE, SUR « LA GESTION DU RISQUE EBOLA »

Question de Madame Véronique Waroux:

Monsieur le Ministre, le virus Ebola, qui fait dramatiquement parler de lui depuis plusieurs mois vu l’ampleur de l’épidémie en cours en Afrique de l’Ouest, inquiète, y compris dans nos contrées et de plus en plus au sein de la population. La probabilité de son arrivée chez nous était annoncée comme « extrêmement faible » par les médias durant l’été. En ce début octobre, le discours change pour devenir plus alarmiste. Selon une étude américaine, la probabilité d’avoir une contamination en Belgique avant la fin octobre serait de 10 %, avec une réduction de 80 % du trafic aérien vers les pays touchés par le virus et de 40 % avec un trafic aérien à sa capacité maximale. D’autres chiffres sont avancés. Qu’en est-il réellement ? Disposons-nous de statistiques à jour pour connaître notre exposition aux risques ? Concernant les mesures de protection, des contrôles des passagers sont réalisés dans le pays de départ avant l’embarquement. Outre la prise de température qui s’avère parfois peu fiable, ces contrôles semblent se baser essentiellement sur la bonne foi des passagers. Or, en sachant que l’embarquement leur sera refusé s’ils déclarent avoir été en contact avec un patient atteint d’Ebola, ceux-ci peuvent être tentés de mentir, comme ce fut le cas avec un voyageur sur le sol américain. Des contrôles sont enfin envisagés à l’arrivée des passagers sur le sol belge. Néanmoins, la détection d’une contamination en période d’incubation est problématique, puisque cette période d’incubation couvrirait 21 jours. Monsieur le Ministre, confirmez-vous ces dispositions ? Savez-vous si de nouvelles mesures sont en réflexion ? Quant à l’équipement de nos infrastructures hospitalières, notre pays ne dispose pas de laboratoire de détection ni d’unité de niveau 4 permettant d’éviter une contamination via le sang ou les fluides corporels. Si un cas venait à se déclarer dans notre pays, quelle est la procédure à appliquer ? Sera-t-il pris en charge par un hopital universitaire, par l’hôpital militaire de Neder- Over-Heembeek – même si on a dit que ce ne serait pas le cas – ou bien dirigé vers un pays voisin – Italie, Allemagne, Angleterre ou France – disposant de lits de niveau 4 ? En amont de ce dispositif, les médecins généralistes et les services d’urgences des hopitaux wallons sont-ils sensibilisés et formés à la détection de cette fièvre hémorragique ? Aux États-Unis, de faux malades, évoquant les symptômes typiques d’Ebola, sont envoyés dans les hopitaux pour tester la réactivité du personnel soignant, et en même temps rassurer la population sur le niveau de préparation du pays. Sans aller jusque-là, avons-nous mené une campagne d’information auprès des professionnels susceptibles d’être confrontés à un cas infecté ? Les récents événements semblent rassurants, puisque le personnel de l’institut psychiatrique les Marronniers à Tournai, qui a eu un cas suspect revenant de Guinée, a pu compter sur les conseils de l’infectiologue du CHwapi pour prendre les mesures adéquates au sein de l’institution. Monsieur le Ministre, j’ai parfaitement conscience du fait que la gestion des épidémies est, tout à fait logiquement d’ailleurs, une compétence fédérale dans la mesure où les virus ne connaissent pas les frontières. C’est justement dans ce même ordre d’idée que s’est constitué un Risk Management Group, groupe de gestion de risque impliquant le Fédéral et les entités fédérées, afin de coordonner les efforts en la matière. Avez-vous été associé à ce groupe ? Êtes-vous tenu informé de l’évolution de la situation ? La nouvelle Ministre de la Santé fédérale, Mme Maggie de Block, a annoncé un renforcement de la lutte contre le virus. Savez-vous en quoi il consiste, à part la désignation d’une coordinatrice ? Monsieur le Ministre, d’avance je vous remercie de nous faire part des informations en votre possession. Sans céder à un vent de panique inutile, il me semble opportun de connaître le niveau de préparation de notre Région à ce risque inquiétant.

Réponse de M. Prévot, Ministre des Travaux publics, de la Santé, de l’Action sociale et du Patrimoine:

Mesdames les députées, merci pour vos interrogations. Il est vrai que c’est à travers ces questions que nous aurons l’opportunité de faire le point sur cette thématique qui agite pas mal l’actualité. Il n’existe pas beaucoup de statistiques chiffrant le risque d’une exposition de la Belgique à la maladie d’Ebola. L’étude américaine chiffrant une probabilité de 40 % d’avoir une contamination en Belgique avec un trafic aérien maintenu à sa capacité maximale se base sur un modèle mathématique. Il convient d’être prudent au niveau de son interprétation. Les résultats fournis ne sont que des probabilités et les auteurs de l’étude mettent en évidence beaucoup de faiblesses dans leurs chiffres. En effet, le manque de données disponibles en provenance des régions touchées les a amenés à faire beaucoup d’hypothèses et d’approximations. Pas de panique inutile. Le Risk Assessment Group – RAG – et le Risk Management Group – RMG – ont été créés en Belgique en 2007 en application du Règlement Sanitaire International. Le RSI a pour objectif de mettre en place des actions de santé publique afin d’éviter la propagation des maladies, d’assurer une protection contre ces maladies, de les combattre et d’y réagir. Face à une menace de santé publique, le Risk Assessment Group, qui rassemble différents experts, des médecins épidémiologistes de l’Institut scientifique de Santé Publique et des membres des entités fédérale et fédérées, évalue le risque pour la santé publique et recommande une série de mesures en réponse à ce risque. Le Risk Management Group, qui rassemble des décideurs des entités fédérale et fédérées ayant la compétence santé, prend les décisions nécessaires suite à ces recommandations et coordonne les différentes actions notamment pour la gestion du risque. Comme vous le savez, depuis quelques jours, la coordination nationale pour le risque Ebola a été confiée aux docteurs Erika Vlieghe et Daniel Reynders par la nouvelle ministre des Affaires sociales et de la Santé publique du Gouvernement fédéral. Jusqu’à présent, le Risk Assessment Group évalue le risque d’exposition à Ebola comme étant faible en Belgique, mais pas exclu. Le Premier ministre a déclaré ce 19 octobre dernier sur un plateau de télévision que le controle detempérature des passagers en provenance de pays endémiques d’Ebola arrivant sur le sol belge sera désormais instauré. S’il l’a dit, c’est que c’est vrai. Ce type de mesure ne réduit cependant pas à zéro le risque d’avoir un cas d’Ebola en Belgique. En effet, le temps d’incubation de la maladie est de 21 jours au maximum. La possibilité existe qu’une personne prenne des antipyrétiques avant et/ou durant le vol ou qu’une personne ne signale pas ou cache, comme vous l’avez dit Madame Waroux, avoir été en contact avec une personne atteinte d’Ebola, cela affaiblit fortement la portée de ce dispositif. En Belgique pour le moment, il n’existe pas encore de solutions concernant la prise en charge d’un cas confirmé, car nous ne disposons pas d’un laboratoire P4. Le malade sera soit transféré à l’étranger soit gardé dans un hopital tertiaire belge – hopital disposant d’un médecin référent en infectiologie, de chambres avec sas, au mieux à pression négative, et d’un laboratoire de niveau L3. Trois hopitaux belges, dont l’Hopital Saint- Pierre à Bruxelles, se sont dits prêts à accueillir ces cas suspects. Concernant l’information aux soignants de notre pays, différents documents ont été envoyés à tous les médecins belges – médecins généralistes et hopitaux. Un avis du Conseil Supérieur de la Santé a été envoyé et publié en juin 2014 de même qu’une procédure opérationnelle élaborée par l’Institut de Santé publique et le SPF Santé publique. Ces documents ont permis sans aucun doute de sensibiliser et de préparer les médecins à cette problématique. De plus, une information simplifiée à destination des médecins généralistes est en cours d’élaboration au niveau de la cellule de surveillance des maladies infectieuses de la Fédération Wallonie-Bruxelles qui continue à assumer sa mission pour le compte de la Wallonie pendant la phase transitoire de transfert des compétences. Dans l’immédiat, aucun autre renforcement n’est prévu à notre connaissance pour la lutte contre le virus, mais la situation étant revue très fréquemment par les différentes autorités de santé publique, il n’est pas exclu que d’autres mesures soient mises en place dans les jours ou semaines qui viennent. La Région wallonne et mon département sont évidemment en permanence connectés avec ce qui se passe au Fédéral. Plusieurs recherches sont en cours concernant un vaccin contre Ebola, au Canada, en Angleterre. Il n’y a actuellement pas de recherches en Wallonie pour ce type de vaccin puisque, je le rappelle, il n’y a pas de laboratoire P4. Pour tout médicament y compris les vaccins, le délai entre le début de la recherche et la commercialisation prend souvent plusieurs années. Les différentes phases de tests cliniques doivent être respectées ; parmi cellesci, les tests effectués sur les animaux puis sur les humains afin d’analyser les effets secondaires, la toxicité et l’efficacité du produit. Un délai de six mois pour rendre disponible un vaccin dépend de l’avancement des recherches en cours. Pour l’instant, les seuls tests effectués sur un petit groupe d’êtres humains l’ont été tout récemment. Il est dès lors très difficile de donner un délai précis de disponibilités. En effet, lorsque son efficacité aura été établie et seulement à ce moment-là, il faudra encore un certain laps de temps pour produire le vaccin à grande échelle. Quoi qu’il en soit, ce délai signifie surtout qu’il faut se tourner vers d’autres mesures pour lutter contre l’extension de la maladie dans les pays endémiques et donc agir massivement sur la prévention.

Réplique de Madame Véronique Waroux:

Monsieur le Ministre, on voit que la question est maintenant vraiment prise en conscience. De mon sentiment, on sait qu’il y a une crainte croissante dans la population. Les gens s’adressent à nous en posant beaucoup de questions. Il y a même un effet de panique disant que l’on a qu’à laisser les Africains entre eux et couper toute liaison. On en arrive à des positions assez effrayantes par rapport à l’approche presque égoïste de certains citoyens. Il y a aussi le sentiment de chaos qui vient de ce qui s’est passé de façon assez consternante en Espagne ou aux USA, où des manques de mesures flagrants ont été révélés. Il n’y avait donc pas de sentiment de gestion de la question. C’est vrai qu’il y a cette notion de virus qui est à quelques heures de vol de nous. Si dans le menu des avions, on ajoute toute une série de médicaments, ce n’est peut-être pas prévu… C’est tout ce souci de l’incubation et la durée d’incubation dont il faut absolument être conscient. Un dernier élément rassurant, c’est ce qui se passe au Sénégal, qui continue à être une plateforme de réception des médecins et de gestion. Ils ont l’air de maîtriser la question. On a aussi intérêt à les aider là-bas. Plus on les aidera là-bas sur place, plus on s’aidera nous-mêmes.

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