La pénurie de gériatres en Wallonie

Question écrite du 23/06/2015, à M. Maxime PREVOT, Ministre des Travaux publics, de la Santé, de l’Action sociale et du Patrimoine

Les services de gériatrie des hôpitaux souffrent actuellement d’une pénurie de médecins et d’infirmiers spécialisés. En effet, il semble que peu de jeunes médecins optent pour le traitement et l’accompagnement des personnes âgées, au vu de la charge de travail lourde et de la charge émotionnelle.

Or, et c’est heureux lorsque l’on bénéficie de soins de santé de qualité, nous vivons de plus en plus longtemps. À un certain âge – que l’on ne peut toutefois pas forcément qualifier de « vieux » – les patients développent des pathologies ou des risques de pathologies nécessitant des soins de santé tout à fait spécifiques et une prise en charge adaptée que ne peuvent leur fournir le personnel soignant « généraliste », ou spécialisé dans d’autres domaines.

Selon le Centre fédéral d’expertise des soins de santé (KCE), seuls 28 médecins gériatres auraient été formés entre 2010 et 2013, alors qu’il en faudrait 80 pour faire face à l’ampleur des besoins… En outre, il pointe le manque de connaissances gériatriques du personnel soignant dans son ensemble. Afin de contourner la saturation des lits en services gériatriques, les hôpitaux font preuve de créativité en se dotant d’équipes mobiles « spécialisées », chargées de rendre visite aux patients à risque, hospitalisés dans d’autres services. Malheureusement, elles manquent de ressources humaines et financières pour mener leurs missions à bien.

Le KCE recommande d’expérimenter d’autres solutions, telles que le « co-management », c’est-à-dire la prise en charge du patient à la fois par le médecin du service où il est hospitalisé, et par un gériatre. Pour ce faire – on en revient au problème de départ – il est urgent d’augmenter l’attractivité des disciplines gériatriques tant pour les infirmiers que pour les médecins.

Monsieur le Ministre dispose-t-il d’une estimation des besoins en gériatrie en Wallonie, dans les années à venir ? Comment répondre à cette pénurie à court terme ? À plus long terme, envisage-t-il de prendre des contacts avec le ministre de l’Enseignement supérieur en Fédération Wallonie-Bruxelles, pour stimuler la formation de gériatres pour les années à venir et susciter ainsi des vocations ?

Réponse de M. Maxime PREVOT, Ministre des Travaux publics, de la Santé, de l’Action sociale et du Patrimoine (3/7/2015)

Je suis bien au fait de cette problématique et je partage entièrement les préoccupations de l’honorable membre. Face au vieillissement de la population, une prise en charge adaptée des patients présentant un profil « gériatrique » s’avère à l’heure actuelle indispensable.

Cette nécessité se traduit de plus en plus dans les normes d’agrément des hôpitaux. Récemment, un arrêté royal du 26 mars 2014, dont la majorité des articles sont entrés en vigueur le 28 avril 2015, a modifié l’arrêté royal du 29 avril 2007 fixant, d’une part, les normes auxquelles le programme de soins pour le patient gériatrique doit répondre pour être agréé et, d’autre part, des normes complémentaires spéciales pour l’agrément d’hôpitaux et de services hospitaliers. Désormais, tout hôpital général qui dispose d’un service G agréé doit également disposer d’un programme de soins agréé pour le patient gériatrique et se conformer à la norme d’encadrement médical requise pour ce programme.

Conscient des difficultés qui pourraient être rencontrées par les hôpitaux pour recruter des médecins gériatres, j’ai pris deux mesures :

  • Une enquête a été lancée par mon Administration au mois de novembre 2014 auprès des hôpitaux disposant d’un service agréé de gériatrie, afin d’estimer leur capacité à rencontrer la norme d’encadrement médical ad hoc prévue par l’arrêté royal précité, et par la même occasion, d’évaluer la pénurie de médecins gériatres. D’une première analyse des résultats de cette enquête, il ressort qu’un déficit de 9,5 demi-journées par semaine est ressenti en moyenne par les 27 hôpitaux wallons non universitaires qui ont répondu à l’enquête (soit un total de 257 demi-journées hebdomadaires pour l’ensemble de ces hôpitaux). Pour faire face à cette pénurie, il apparaît que nombreux sont les hôpitaux qui ont engagé des médecins ne disposant d’aucun titre particulier en gériatrie (tels que des médecins spécialistes en médecine interne, des médecins généralistes, etc.) ;
  • J’ai demandé à la Commission wallonne de la Santé de réunir un groupe de travail composé d’experts en gérontologie pour réfléchir sur cette problématique. Celle-ci s’est réunie une première fois en date du 20 mars 2015 et se réunira une deuxième fois dans le courant de cette année. Le premier avis rendu par la Commission est actuellement à l’étude par mon Cabinet.

Il recommande de reporter l’entrée en vigueur de l’Arrêté royal du 26 mars 2014 de 2 à 3 ans. Les normes sont entretemps devenues une compétence de la Région wallonne. J’envisage d’accéder à cette demande, le temps de trouver avec le secteur des solutions appropriées à cette problématique.

(photo : www.saintluc.be)

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