La restauration de la Tour Henri VIII de Tournai

QUESTION ORALE DE MME WAROUX À M. PRÉVOT, MINISTRE DES TRAVAUX PUBLICS, DE LA SANTÉ, DE L’ACTION SOCIALE ET DU PATRIMOINE, SUR « LA RESTAURATION DE LA TOUR HENRI VIII DE TOURNAI »

Question de Madame Véronique Waroux:

Monsieur le Ministre, Tournai a la particularité d’être la seule ville belge à avoir été anglaise. En effet, entre 1513 et 1519, Tournai est annexée au Royaume d’Henri VIII. De cette exceptionnelle aventure d’outre-Manche, il nous reste un vestige patrimonial de cette époque : la tour Henri VIII. Cette « grosse » tour, d’un diamètre extérieur de 27 mètres et aux murs d’une épaisseur de 6,9 mètres, qui abritait à l’époque le donjon du château, est malheureusement corsetée, depuis 2008, d’un échafaudage en vue d’une restauration. L’année précédente, la société Monument Hainaut a acquis l’édifice en vue de le restaurer avant de le rétrocéder à la Ville, en prenant à sa charge financière la part de la restauration non subsidiée par la Région wallonne. Mais depuis lors, plus rien. En cause, paraîtil, de multiples réunions avec la cellule Patrimoine de la Région wallonne, des changements d’orientation quant au projet à réaliser et des querelles d’historiens. Monsieur le Ministre, nous entendons dire, et ce dans la langue de Molière, que le certificat de patrimoine serait en passe d’être délivré et que le permis d’urbanisme pourrait suivre dès le printemps. Pouvez-vous faire le point sur ce dossier et sur son état d’avancement ? Pouvez-vous nous donner des éléments quant à l’état du bâtiment, au projet retenu, au montant de la subvention, aux délais des travaux et à la destination éventuelle de cet élément de patrimoine, si celle-ci est connue ? Les Tournaisiens peuvent-ils garder l’espoir de voir aboutir ce chantier avant 2019, date du 500e anniversaire de la fin de la période anglaise de Tournai ? Puisque, malheureusement, les autorités communales ont loupé l’opportunité de commémorer le 500e anniversaire en 2013, alors que nos aïeux l’avaient fait avec faste pour le 400e, en reconstituant un tournoi grandiose avec plus de 1 000 figurants et des dizaines de milliers de spectateurs.

Réponse de M. Prévot, Ministre des Travaux publics, de la Santé, de l’Action sociale et du Patrimoine:

Madame la Députée, pour le dire élégamment, je pense que ce dossier est assez emblématique de tout ce qu’il faut éviter de faire en matière patrimoniale. Je m’en tiendrai à ce commentaire. En tout état de cause, il serait injuste d’imputer la lenteur de l’évolution du dossier à la seule administration du patrimoine. Certes les études préalables, les analyses archéologiques et techniques, les débats sur la restauration et la réaffectation ont pris du temps, mais comme vous l’avez souligné, il s’agit ici du seul exemple d’architecture militaire construit par les Anglais sur notre territoire et cette situation justifie à elle seule les précautions prises dans ce dossier. Le certificat de patrimoine concernant la première phase des travaux – donc la restauration de la tour en tant que telle – aurait dû être délivré en 2012. Toutefois, des dissensions entre le maître de l’ouvrage et son auteur de projet ont reporté par deux fois, en 2013 et 2014, la finalisation du dossier. À ce stade, mon administration m’informe que des remarques techniques, pour la plupart déjà émises en mai 2012, n’ont pas encore été rencontrées et intégrées dans le dossier. La réunion de synthèse qui clôture la procédure s’est tenue le 26 janvier dernier, mais le certificat de patrimoine ne sera délivré que sur base d’un dossier complet. En ce qui concerne le projet, la proposition du maître de l’ouvrage, l’entreprise Monument Hainaut s.a., reste d’actualité. La tour sera essentiellement affectée à un espace HORECA pour lequel une structure d’accueil sera créée à l’extérieur du bâtiment. Celle-ci reprendra tout ce qui ne peut être intégré dans la tour : escalier, ascenseur et sanitaires. Cette deuxième phase a déjà fait l’objet de deux réunions du comité d’accompagnement du certificat de patrimoine, en 2013 et 2014, et un consensus s’est dégagé sur le projet. Toutefois, pour des raisons de clarification administrative et pour éviter de prolonger l’enlisement, l’administration a proposé aux membres du comité d’accompagnement de clôturer la procédure avec la première phase et de demander au maître de l’ouvrage d’introduire une nouvelle demande pour la seconde phase. S’agissant d’un bien classé comme monument, il devrait bénéficier de subsides. Toutefois, il est prématuré de fixer le montant de l’intervention régionale avant d’obtenir l’estimation des travaux mise à jour et de préciser alors le montant des subsides. D’autant que l’on est dans une situation un peu particulière, il faut s’assurer, en termes de procédure, qu’il n’y a pas de problème du fait que ce soit un opérateur qui fasse lui-même les travaux de restauration du bien dont il assume la gestion. Il y a des clarifications administratives, pudiquement dit, qui sont attendues. Le taux d’intervention qui sera appliqué est régi par l’arrêté du Gouvernement wallon du 13 mars 2014. Cela ne pourra plus être 95 % comme à l’époque. Au vu de ce qui précède, je ne peux me prononcer, à ce stade, sur la finalisation du chantier pour le 500e anniversaire de la tour. Gageons simplement que toutes les parties feront preuve de bonne volonté afin de faire aboutir ce projet. Tant mieux si c’est pour 19 mais quod non, je n’en suis pas certain.

Réplique de Mme Waroux:

Merci Monsieur le Ministre pour tous ces éclaircissements. C’est parfois compliqué, les dossiers de patrimoine, mais ici cela a l’air assez « contre-exemplaire ». Il y a sans doute des leçons à tirer. À Tournai, ils feraient bien de se remettre autour de la table pour réactiver les choses rapidement. Merci pour ces informations précieuses.

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