L’absence de la ville de Tournai dans la politique des grandes villes annoncées par la Déclaration de Politique Régionale (DPR)

QUESTION ORALE DE MME WAROUX À M. FURLAN, MINISTRE DES POUVOIRS LOCAUX, DE LA VILLE, DU LOGEMENT ET DE L’ÉNERGIE, SUR « L’ABSENCE DE LA VILLE DE TOURNAI DANS LA POLITIQUE DES GRANDES VILLES ANNONCÉES PAR LA DÉCLARATION DE POLITIQUE RÉGIONALE (DPR) »

Monsieur le Ministre, la politique des grandes villes fait partie des nouvelles compétences transférées aux régions suite à la dernière réforme de l’État. Alors que cette politique a connu une baisse de financement de la part du Fédéral au fil des années, la DPR précise que le Gouvernement adaptera les moyens consacrés pour cette politique. Le choix des villes reprises de la DPR suscite plusieurs interrogations. Ainsi, si l’on retrouve les cinq grandes villes wallonnes qui bénéficiaient déjà de la politique fédérale, on constate que deux nouvelles villes sont mises en évidence, à savoir Mouscron et Verviers, mais que Tournai est clairement omise.

Face à ce constat, le ministre-président de la Fédération Wallonie-Bruxelles a d’ailleurs annoncé dans la presse que le cas de Tournai serait revu. Monsieur le Ministre, afin de nous éclairer sur le choix opéré par le Gouvernement, pouvez-vous nous préciser quels sont les critères pris en considération par le Gouvernement pour désigner les villes bénéficiaires ? Pouvez-vous nous confirmer que la situation de la Ville de Tournai sera examinée au regard de ces critères ou de critères qui lui permettront d’être soutenue elle aussi à l’instar de Namur, ville capitale, Tournai étant quand même la sixième ville de Wallonie en termes de population et la première en termes de superficie ? Disposez-vous déjà d’une estimation budgétaire des moyens dévolus à cette politique pour 2015 ?

Réponse de M. Furlan, Ministre des Pouvoirs locaux, de la Ville, du Logement et de l’Énergie:

Pour certains sujets, on a tort de s’énerver trop tôt. Madame la Députée, Monsieur le Député, comme vous le savez, la Politique des Grandes Villes est une politique qui vient d’être régionalisée dans le cadre de la sixième réforme de l’État. Cette Politique des Grandes Villes concerne les villes de Charleroi, La Louvière, Liège, Mons et Seraing. Les négociateurs, voulant augmenter la nécessité d’une politique de la ville, ont appliqué ces critères à l’ensemble de la Wallonie et il est apparu que deux autres communes rentraient dans ces critères et auraient pu en bénéficier si cela avait été admis à l’époque. De mémoire, il s’agit de Mouscron et de Verviers. Ne nous énervons pas avec tout cela puisqu’en 2015, nous sommes toujours dans les cinq grandes villes, ce qui n’a pas été un choix du Gouvernement wallon, mais du Gouvernement fédéral. Les moyens qui seront transférés en 2015 – vous savez que l’on transfert la politique de la ville, mais pas forcément les moyens qui y correspondent – ne permettront que d’apurer l’encours existant par rapport aux investissements.

Dans le transfert des moyens, il n’est pas prévu des dépenses pour le personnel, ni des dépenses de fonctionnement pour ces cinq grandes villes et a fortiori pour les deux autres. Cette politique est nécessaire. Je viens, comme vous, d’une commune rurale et je défends à cor et à cri la politique de la ville parce que c’est à partir des villes que se développe économiquement et socialement la Wallonie. C’est un souhait essentiel. Je ne veux pas non plus le faire au détriment des communes rurales, vous serez d’accord avec moi. J’ai sollicité des crédits supplémentaires pour prendre en charge, sur base de la politique des cinq grandes villes transférées, au moins les crédits de fonctionnement et les crédits de personnel. C’est une décision qui aura lieu au conclave jeudi. J’ai plaidé en ce sens et je pense avoir été entendu ; je vous le dirai jeudi après-midi. Par ailleurs, la DPR prévoit en 2017 une politique de la ville à mettre en oeuvre et demande que l’on se concentre sur des villes porteuses de développement régional.

Pour cela, on a une série d’instruments existants : la revitalisation urbaine, la rénovation urbaine, les cellules de gestion centres-villes. Je compte mettre sur la table du Gouvernement un dispositif de soutien au projet de redéploiement des centres urbains que j’ai dénommé à ce stade « Programme de développement urbain » ou PDU. Il n’existe pas encore, mais je suis en train de travailler sur ce concept. C’est un travail de longue haleine, je ne vais pas faire un PDU sur un coin de table entre nous en commission. Cela nécessite l’avis d’un certain nombre de spécialistes. Commençons par la bonne question que vous vous posez : existe-t-il une définition de la ville ? Je pourrais vous en parler, j’ai même écrit un livre sur le sujet – je vous renvoie à la législature précédente. Il n’existe pas de définition de la ville et il est clair que, même si vous vous placez au niveau international, ce que l’on appelle une ville en Wallonie, la plus grande ville faisant 200 000 habitants, la deuxième plus grande faisant un peu moins – n’est pas le concept de la ville tel que l’on peut le voir au niveau international avec Shanghai, New York. On ne comparerait pas Charleroi à Shanghai, ni Liège à New York, sauf sur le plan d’aura internationale.

Il est très difficile de définir une politique de la ville. Aujourd’hui, la seule définition qui existe est purement historique. Par exemple, la commune dans laquelle j’habite est une ville. Elle n’a pourtant que 15 000 habitants. Durbuy doit être une ville ; c’est quand même la plus petite commune de Wallonie. Donc, le critère de population n’est pas le seul critère, il y a des critères d’externalité, d’extériorité, et cetera. Il faudra nous pencher sur une définition de la politique de la ville ; c’est chose faite. Mon appréhension, mais il faudra que ce soit avalisé par un Gouvernement, c’est que nous devons avoir une attention particulière aux centres urbains, aux noyaux urbains parce que c’est l’image de la Wallonie, c’est le développement économique, ce sont des centrifugeuses à pauvreté et parce qu’il faut réenrichir des coeurs de villes. Il faudra déterminer des critères objectifs pour fixer ce que sont ces quartiers prioritaires. C’est à ce moment, finalement, que les villes bénéficiaires seront déterminées in fine. Je vous dirai, pour vous tranquilliser, sans doute, tous les deux, qu’il est bien trop tôt pour pouvoir affirmer que l’exclusion ici – ou l’inclusion d’ailleurs – de l’une ou l’autre ville de plus de 50 000 habitants. Faites un peu confiance au ministre en charge de la matière et, dans quelques mois, il y aura une proposition sur la table du Gouvernement.

Réplique de Madame Véronique Waroux:

Merci, Monsieur le Ministre. On n’a pas eu entière satisfaction puisque l’on n’entend pas parler nommément de Tournai. Je voulais rassurer aussi M. Crucke qui pensait que le cdH n’avait pas vu que Tournai… (Rumeurs) En réalité, nous sommes sur la même longueur d’onde puisque toute une série de politiques sont mises en oeuvre et peuvent tout à fait correspondre aux intérêts de Tournai : rénovation urbaine, revitalisation urbaine et autres politiques. Nous avions quand même le souhait d’entendre apparaître les critères de définition des grandes villes.

Quand on dit que Tournai n’est pas assez pauvre, dans les interprétations, dans les textes, dans des éléments qui apparaissent dans la presse, c’est ce qui ressort. En réalité, Tournai connaît une certaine pauvreté, on peut la voir sur le terrain, mais bénéficie d’une certaine mixité sociale qui la retire de certains de ces critères de définition des quartiers défavorisés. Il était important pour nous de savoir que Tournai allait se retrouver dans la politique de développement du Gouvernement.

Ce que vous nous avez dit allait dans notre sens. C’est vrai que, malheureusement, nous n’arrivons pas avec une étiquette spécifique pour Tournai, comme on l’a fait pour Namur. Néanmoins, nous serons attentifs à tout ce qui est projet sur Tournai. On a parlé, ce matin, dans une autre commission, du projet Seine-Escaut, c’est aussi un projet qui touche directement Tournai. Nous serons très présents par rapport à cette politique à Tournai et en Wallonie picarde.

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