L’accord de Paris sur le climat, l’effet Trump et l’implication wallonne

INTERVENTION EN COMMISSION DU PARLEMENT WALLON – ACCORD DE PARIS

Mme Waroux (cdH). – Monsieur le Ministre-Président, vous ne pouvez imaginer comme on se réjouit de ce moment. Cet assentiment de l’accord de Paris est quelque chose de tellement positif, tellement attendu et tellement urgent que nous devons en apprécier toute l’importance. Ce moment historique, on l’espère, permettra de freiner l’emballement climatique. Il faut pouvoir dire les mots exacts.

  • Au niveau wallon, le cdH tient à saluer la proactivité du Gouvernement, notamment avec l’adoption du plan Air-Climat-Énergie, et le Parlement dans les différentes actions mises en place pour la lutte contre le réchauffement climatique. Je voulais néanmoins vous poser quelques questions, par rapport notamment au Climate Change Performance Index, qui compare les performances climatiques de 58 pays responsables de 90 % des émissions de CO2. « La Belgique a perdu cinq places à cause de la baisse d’ambition wallonne en matière de renouvelable et du lobbying de la Belgique au niveau européen pour relâcher la pression sur les industries les plus polluantes ». Pouvez-vous nous en dire davantage sur ces deux explications données et éventuellement les corriger ?

Pas de réponse

  • Effectivement, nous sommes vraiment fiers de porter cet assentiment à l’accord de Paris. Il s’agit là d’énormes enjeux qui nous affectent toutes et tous. Tous ces enjeux sont, par ailleurs, pollués par les ambitions du vainqueur de l’élection du 8 novembre dernier d’un des pays les plus pollueurs de la planète, on le sait, les USA. Le cdH s’en inquiète et le déplore. M. Trump a en effet juré durant la campagne d’extraire les USA de l’accord de Paris sur le climat et de renoncer à toute promesse de réduction des émissions de gaz à effet de serre, de réactiver l’industrie du charbon, et cetera, assimilant le réchauffement climatique à une « invention des Chinois pour détruire l’industrie américaine ». Une avalanche plus que préoccupante de mesures inconcevables.

Quelles sont, selon vous, les chances de détricoter l’accord et de s’en retirer ? De quelle manière cela a-t-il été abordé lors des échanges de la COP 22 ? La possibilité de retrait est prévue à l’article 28 de l’accord. Une grande partie même du big business américain appelait encore Donald Trump à respecter l’accord de Paris il y a quelques jours.

Réponse : L’effet Trump a, à ce stade en tout cas, un effet plutôt positif sur la mise en œuvre des accords de Paris. Vous vous souvenez qu’à Copenhague, l’Union européenne avait pris le leadership. Cela se jouait dans un pays européen, le Danemark. La présidence était danoise. La Commission européenne, le Conseil européen avaient voulu jouer un rôle très proactif, mais le Président Obama et son homologue chinois s’étaient en vu en bilatéral et avaient finalement retravaillé la déclaration de Paris et joué un rôle déterminant. L’Europe avait été un peu mise sur la touche à Copenhague, ce n’est un secret pour personne.

Depuis lors, l’Union européenne a travaillé à reconstruire son leadership et les Chinois l’ont conservé. L’esprit qu’il y avait à Marrakech était de dire, non seulement que cet accord est entré en vigueur. Pour les États-Unis, on a une grosse incertitude, même si M. Kerry était présent et a fait des déclarations avec M. Ban Ki-moon qui montraient une volonté des États-Unis de rester très impliqués. Mais si les États-Unis se retirent petit à petit du processus des Nations Unies, je pense d’abord que les États-Unis vont continuer de progresser parce que beaucoup d’entreprises, notamment dans le secteur énergétique, ont compris qu’extraire de l’énergie et vendre de l’énergie en matière première n’est pas ce qui va produire le plus de valeur ; demain, avoir des services, développer les énergies renouvelables, les véhicules électriques, est dans leur intérêt. Je pense donc que beaucoup d’entreprises américaines vont continuer, au gré de l’évolution technologique, à faire en sorte que ces accords soient impliqués. D’autant que les États-Unis sont un pays fédéral. Je l’ai dit, la Californie – sixième puissance économique mondiale – a fait savoir par son gouverneur, qu’avec ses 33 millions d’habitants, elle va continuer à travailler dans l’application des accords de Paris.

Dès lors, la menace n’est pas véritablement ressentie. Si les États-Unis se retirent officiellement du processus, la société civile américaine et des États américains vont continuer à travailler. En termes politiques, les Chinois vont continuer d’avancer et les Européens vont pouvoir retrouver très nettement leur leadership. Je rejoins, de ce point de vue, les propos du ministre des Affaires étrangères : d’une manière générale, c’est une occasion unique pour l’Europe de réaffirmer son leadership politique mondial et, en particulier, sur des matières comme celles-ci où nous sommes totalement pionniers. Donc, restons optimistes, disons-nous que les deux prochaines COP doivent nous permettre de traduire tout cela en un programme d’action clair, net et efficace. 

  • Par ailleurs, pouvez-vous nous faire le point sur la manière dont se sont passées les négociations lors de cette COP 22 ? Quels ont été votre rôle et le rôle de la Wallonie ? Quels ont été les contacts et les rencontres ?

La ministre bruxelloise de l’Environnement, Mme Fremault, souhaite que la Belgique parle d’une voix et que soit créée une Agence belge du climat en Belgique, qui serait encadrée par les différentes entités. Cet outil porterait la voix de notre pays à l’étranger, lors notamment des COP. La ministre fédérale en charge de l’Énergie déclarait, quant à elle, que l’énergie devait être fédéralisée. Nous aurions aimé vous entendre et connaître votre position sur ces différentes déclarations.

Dans l’article 13 du document qui sera validé, il est indiqué que chaque partie devra ainsi régulièrement fournir un rapport national d’inventaire des émissions et des absorptions conformes aux lignes directrices établies par le GIEC et des informations nécessaires au suivi des progrès accomplis. Pour atteindre les objectifs de limitation des températures, les parties communiqueront leur contribution et les actualiseront tous les cinq ans en tenant compte des résultats du bilan mondial et des meilleures données scientifiques. Pouvez-vous nous exposer comment cela se passera en Belgique ? Chaque entité devra-t-elle rendre son rapport ou n’y aura-t-il qu’un rapport à rendre pour la Belgique ? Quel est le mécanisme prévu, sachant que nous avons aussi une Commission climat au Sénat et qu’à travers cette commission nous avons pu nous apercevoir que chaque Région parle avec des unités différentes, ce qui complique nettement le travail ?

Réponse : Pour le reste, vous avez raison de dire que deux types de coordination restent nécessaires. Il y a la coordination interne : comment fait-on en interne, en Belgique, pour traduire ces objectifs dans des mesures concrètes afin que nous, Belgique, dans ses différentes composantes, nous fassions la démonstration que l’on atteint nos engagements ? Il y a un lieu pour cela, il s’agit de la Commission nationale Climat. La logique a toujours été la même : chacun dans ses compétences indique – j’en ai exercé la coordination à une époque – ce qu’il va faire dans ses compétences. Les compétences de la Wallonie sont très importantes en matière de mobilité. On va changer, on va acheter des bus hybrides au TEC. En matière d’énergie, voilà ce que l’on fait en matière d’éoliennes, de réduction de la consommation, de carbon leakage, en matière d’aménagement du territoire, de zones d’activité économique, et cetera.

Monsieur Henry, cela n’est peut-être pas suffisant pour vous, mais au-delà des zonings à économie circulaire exemplaire, on vise à rendre tous les autres zonings de plus en plus durables. On évite que des compléments de financement soient donnés pour des choses qui doivent devenir des évidences dans ces zones d’activité économique.

On fait simplement le bilan de toutes les mesures prises en industriel, en résidentiel, en mobilité, et cetera. On les chiffre, selon des méthodologies partagées. Ensuite, la Belgique, dans la Commission nationale Climat, fait la somme de l’ensemble des engagements des différentes entités, indique ce qui a été fait et comment elle a atteint ses objectifs, avec des mécanismes prévus par accord de coopération qui permettent de sanctionner les entités, fédérales ou fédérées, qui n’auraient pas atteint ces objectifs.

Je ne pense pas du tout que la refédéralisation de la politique de l’énergie soit souhaitable. Il ne faudrait pas que la politique de développement du renouvelable soit gérée comme le nucléaire l’est aujourd’hui, par exemple. Nous avons chacun notre paquet de compétences. Chacun gère ses compétences de la manière qui lui paraît la plus adaptée et cela fonctionne bien, il n’y a pas de problème de répartition des compétences, mais parfois un problème de coordination. On l’a vu l’année dernière avec le burden sharing, où les quatre régions s’étaient entendues, mais où il a fallu – il faut toujours, d’ailleurs – un peu d’énergie pour arriver, si vous me permettez ce jeu de mots, à ce que le Gouvernement fédéral vienne lui aussi se joindre au consensus global.

Il ne s’agit donc pas tellement d’une question de répartition des compétences, mais d’une question de volonté politique d’aboutir à une coordination.

Le deuxièmement est la coordination vers l’extérieur. Comment coordonne-t-on les engagements et les messages donnés à l’extérieur ? Il y a des coordinations. Tous les matins, cela se passe de cette manière en COP. Tous les matins, à 7 heures 30 ou à 8 heures, selon les jours, il y a ce que l’on appelle une coordination belge. Particularité belge d’ailleurs, à cette coordination belge participent tous les ministres qui le souhaitent, mais aussi les fonctionnaires, du Fédéral et ceux des entités fédérées, qui négocient. Je salue d’ailleurs le remarquable travail qui a été fait par les agents de l’AWAC, l’Agence wallonne air-climat, qui a fait un superbe travail du début à la fin de la COP cette année, comme les années précédentes.

Très honnêtement, la salle fait la moitié d’ici, à peu près, et les journalistes et les ONG sont invités aussi. Cela constitue un exemple de démocratie et de transparence absolument extraordinaire. Je l’ai dit, cela est l’« anti-CETA ! » Tout le monde est consulté sur tout, cela se fait dans la plus grande transparence et dans le plus grand dialogue entre les différentes parties. Il s’agit d’une spécificité belge et cela fonctionne très bien. Cette année, on a ajouté, dans la salle de réunion belge, un petit salon privé à la demande d’un des ministres. Il n’a pas été utilisé par les autres. Cela n’est pas grave, on a encore cet espace conjoint dans lequel on peut travailler ensemble.

Cela fonctionne remarquablement bien parce que ces réunions de coordination ne sont pas fixées par hasard à 7 heures 30 ou à 8 heures. Elles sont fixées à cette heure-là parce que, tous les jours à 9 heures, il y a la coordination européenne. Vous savez que l’on est ici sur des matières mixtes, comme en matière économique et commerciale.

De facto, dans les COP, même si, de droit, les États membres ont chacun une partie et négocient chacun, quand il y a de grandes réunions bilatérales, trilatérales, c’est le commissaire et c’est la présidence de l’Union européenne qui va porter la voix de l’Union européenne face aux États‑Unis, à la Chine, au groupe des pays émergents, et cetera. Chacun des États membres fait par ailleurs son travail.

L’enchaînement de la coordination belge suivie d’une coordination européenne, au cours de laquelle les États membres disent : « Voilà ce que nous souhaitons voir mis en avant dans la position que l’Europe, dans telle et telle réunion, va tenir » – cette année, la Flandre coordonnait, l’année dernière la Wallonie le faisait – se passe toujours de manière remarquablement efficace. La Commission informe en temps réel – cela est remarquable aussi – les États membres de ce qui est sur la table : « On a tel bilatéral avec les États‑Unis. On va voir le Secrétariat général des Nations unies à tel moment. On va parler de tel dossier. Voilà l’amendement que l’on va déposer. »

Ce modèle de transparence, de reddition des comptes est absolument exemplaire. Si l’on négociait les accords commerciaux comme on négocie les accords climatiques, le monde serait fondamentalement différent, en termes de méthodologie, mais aussi en termes de contenu.

Cela fonctionne bien. Je suis toujours extrêmement admiratif de l’efficacité de la diplomatie des Nations unies. Autant on peut de temps en temps faire des procès aux Nations unies en disant qu’elles sont une usine à gaz, et cetera. Il y a un professionnalisme, une créativité ! Ils avaient, cette année, mis en place ce que l’on appelait « deux championnes du climat », deux personnes, deux femmes qui avaient joué un rôle très important lors des COP précédentes, et qui avaient pour but d’aller prendre des contacts supplémentaires pour accélérer les prises d’engagement des uns et des autres. Ce sont des petits trucs que la diplomatie des Nations unies met en place année après année, pour rendre les négociations encore plus efficaces et cela fonctionne.

Honnêtement, quand on est là-bas, l’image de la Belgique est excellente. Ce qui n’empêche pas qu’à certains moments l’on pointe l’un ou l’autre

 

  • Je voulais vous poser une question à l’époque avant le vote CETA, mais pour diverses raisons, je ne suis pas intervenue. Il n’est pas trop tard aujourd’hui, au contraire, pour revenir sur une question qui me taraude jour et nuit : celle de la compatibilité et la cohérence entre l’accord de Paris et le CETA et les autres accords de libre-échange.

Il est une part fort émotionnelle chez moi vis-à-vis du CETA par la méfiance que je ressens à son égard, même si les améliorations apportées contribuent à rassurer sur certains points. Or, en politique, nous devons rester dans le rationnel. C’est pourquoi j’en appelle à votre immense talent pédagogique pour me convaincre que la ratification de l’accord de Paris et le vote pour le New CETA sont compatibles.

Dans ma perception, certainement limitée, je vois le CETA comme un nouvel appel à « produire plus, vendre plus, plus loin et moins cher », avec une augmentation des consommations de ressources et d’énergies et une augmentation des flux de matières avec usage de fuel lourd pour le transport maritime et de kérosène pour le transport par avions.

Heureusement, la déclaration interprétative affirme que le CETA maximisera les bénéfices pour les travailleurs et l’environnement et qu’il facilitera la coopération pour la mise en œuvre de l’accord de Paris.

Je ne comprends pas ce point. L’accord de Paris vise la lutte contre le réchauffement climatique, donc la réduction des consommations énergétiques, la réduction des empreintes écologiques. L’accord de Paris, dans sa traduction sur le terrain, pousse vers un autre mode de consommation, celui qui privilégie les circuits courts, les productions zen et locales.

Dans le cadre du CETA, avec plus de commerce, donc avec plus de consommation et de transport, nous parviendrons donc à favoriser l’accord de Paris, paraît-il. Pouvez-vous nous expliquer cette révolution, ce miracle climato-commercial ? L’évaluation du New CETA devra fondamentalement porter aussi sur les impacts climatiques.

Réponse : Le CETA est-il compatible avec les accords de Paris ? Est-ce que les accords économiques et commerciaux, d’une manière générale, sont compatibles avec les accords de Paris ? Tout l’enjeu sera d’en faire l’analyse parce que je ne pense pas que l’on puisse faire un procès d’intention dans un sens avant ou après.

Quand on exporte des produits, le bilan carbone n’est pas toujours positif, mais il n’est pas toujours négatif non plus. Parfois, il est moins coûteux en terme carbone ; on émet moins de gaz à effet de serre à importer un produit qu’à essayer de le fabriquer nous même, c’est tout le principe de la spécialisation internationale de l’économie. Il vaut parfois mieux importer un produit et faire faire le transport que vouloir à tout prix reconstruire chez nous la capacité de production de quelque chose pour lequel on n’a pas les matières premières, le savoir-faire, le climat, que sais-je encore ?

Cela n’est pas toujours négatif, mais il est vrai que pour des produits équivalents – l’importation de bœuf par exemple – on peut se poser la question. Je vous rejoins tout à fait. Pour cette raison, dans le CETA, l’importation de bœuf fait l’objet de quotas très restrictifs, on parle de 50 000 tonnes, ce qui est très peu comparé aux échanges mondiaux sur cette matière. On peut se poser la question et se dire qu’à tel endroit, l’effet ne sera pas positif.

Le CETA est aussi un accord d’investissement, un accord économique et commercial. Par conséquent, si une société canadienne qui produit certains biens aujourd’hui au Canada et les exporte chez nous, décide demain d’investir par hasard en Wallonie – pourquoi pas maintenant que nous nous connaissons très bien – et de produire en Wallonie ; le bilan carbone sera meilleur si ce produit correspond aux conditions climatiques et à tout ce qui permet la production de manière optimale. Cela aura un effet positif.

 Il faut donc faire un bilan global d’un traité. Pour cela, dans la négociation que nous avons avec la Commission, nous avons inscrit dans les accords que nous avons passés avec la Commission, que votre Parlement se livrera, à votre demande, à une évaluation des effets socio-économiques et environnementaux du CETA et verra si cela est positif.

Certains éléments du CETA auront peut-être un effet négatif, d’autres auront un effet positif. Il faudra faire la balance et voir si cela est positif. Nous nous sommes réservé le droit – vous vous en souvenez – de suspendre le CETA si jamais nous estimions que les effets sont négatifs.

On a fait inscrire « Accords de Paris » un peu partout dans l’ensemble des amendements au CETA que nous avons négociés ces dernières semaines. Ce qui signifie que l’on est en train d’essayer de « verdir » les accords commerciaux et économiques. Aujourd’hui, on ne peut pas faire de procès ni dans un sens, ni dans l’autre. Je vous rejoins sur le fait qu’il faudra aller plus loin. À mon sens, il faudrait que l’on dise, dans les prochains accords commerciaux, que l’objectif est de réduire les émissions de gaz à effet de serre, de réduire la pauvreté, les inégalités et voilà pourquoi nous allons faire du commerce. Il faudrait même, à terme, inscrire dans les accords économiques et commerciaux des objectifs en matière de réduction d’émissions carbones chiffrés et vérifiables. On changerait ainsi radicalement l’articulation entre les deux.

On m’a parlé du CETA partout à Marrakech, parce que cela avait fait un peu de remous sur les quatre continents. Il était très intéressant que même des fonctionnaires de la Commission, de la DG environnement, disent que nous avons livré un combat utile parce que, si demain ce n’est plus le commerce qui domine et l’environnement considéré comme quelque chose de gentil à côté, mais que, demain, la philosophie est un développement soutenable dans sa dimension environnementale et sociale tandis que le commerce devient un moyen pour l’atteindre, alors cela constituerait un changement de paradigme extrêmement important. Si l’on peut commencer ici, à Namur, tant mieux pour nous tous. Voilà le message politique que nous voulons faire passer.

Pour ce qui est de la répartition entre les différents ministres, nous étions finalement deux ministres puisque M. Di Antonio n’a pas pu venir et on veille toujours à ne pas se marcher sur les pieds et à se compléter. M. Furlan a fait toute la journée jusqu’au jeudi soir et il est reparti le vendredi matin par le premier vol. J’étais personnellement arrivé le mercredi soir, très tard. On a donc passé la journée du jeudi ensemble, chacun dans nos réunions respectives, à part les coordinations belges et européennes, et à mener chacun, en se répartissant le travail, toute une série de réunions bilatérales. À deux, on a plus de contacts et donc plus d’influence que si l’on était seul. Cela nous paraît donc utile d’y aller à deux, non pas pour donner plus de poids que nécessaire à la représentation du Gouvernement, mais pour avoir plus d’efficacité diplomatique.

Nous avons des délégations qui sont importantes – les délégations belges sont toujours importantes – et notamment beaucoup de scientifiques. Quand le professeur Van Ypersele vient dans la délégation, tous les contacts qu’il prend bénéficient à la Belgique parce qu’il a l’image d’un « appartenant à la délégation belge ». Il est facile de dire que l’on part trop nombreux, je vous assure que l’on essaie de ne pas être trop nombreux. On voyage avec un nombre minimaliste de collaborateurs, mais la présence politique forte de la Wallonie dans ces débats où on est aujourd’hui reconnu – depuis l’année dernière et l’accord de Paris, nous sommes reconnus comme jouant un rôle pionnier – et il est important de conserver cette position.

Cela ne signifie pas que j’irai tous les ans aux COP. Cette année, il y avait une valeur ajoutée que je pouvais apporter par rapport au travail de M. Furlan, qui est en charge du dossier. Lui gère le dossier Climat, il vous répondra sur toutes vos questions. Étant moi-même en charge de la coordination du Gouvernement et de la politique internationale, j’ai pensé que passer deux jours sur place permettait d’apporter un complément et d’appuyer un peu plus encore les initiatives prises par mon collègue le Ministre Furlan.

  • Un autre point important apparaît lorsque j’examine la destination de certains investissements publics, allant de sommes colossales pour une gare de plusieurs millions d’euros, pour des espaces ou équipements publics. Le pauvre petit million d’euros destiné au fonds d’adaptation me paraît bien maigre, bien miséreux au vu des responsabilités occidentales – dont wallonnes – que nous devrions considérer et admettre dans les impacts climatiques générés par notre aire industrielle.

Pour l’année 2016, au niveau de la Région wallonne, 8 millions d’euros étaient prévus de paiements au fonds vert pour le climat, et au fonds d’adaptation, ce qui n’est pas énorme au vu des besoins des pays déjà impactés.

Le fonds d’adaptation est crucial au niveau mondial. Cessons de considérer qu’il s’agit d’une simple hausse des eaux de quelques centimètres autour de jolies plages de sable. La réalité, ce sont les catastrophes écologiques déjà bien présentes avec érosion des côtes, salinisation des terres sur des territoires immenses rendant impossible toute agriculture, l’aménagement de digues impuissantes, constituées de bric et de broc pour lutter contre les vagues, la progression de la désertification, sans parler de la dégradation des pôles et des catastrophes biologiques et humanitaires pour leurs habitants futurs ou déjà réfugiés climatiques.

Il est urgent de considérer notre responsabilité et de prévoir un ajustement plus décent du fonds d’adaptation. Cela est-il envisageable ?

Réponse : Ici, on a pointé la Wallonie parce que, à nouveau, on a confirmé notre montant de 8 millions d’euros qui se ventilent de la manière suivante – je ne vais pas déflorer complètement la réponse que le ministre Furlan apportera aux questions de son prédécesseur lors d’une prochaine réunion de commission –  3,25 millions d’euros pour le Fonds d’adaptation. Il s’agit du vieux fonds qui date de Kyoto, mais qui est pour nous très important parce que ce fonds captait une partie des résultats des ETS pour des projets d’adaptation, au profit de pays en développement. Il est très attendu par les pays en développement. D’ailleurs, le ministre Furlan a eu une vraie ovation lorsqu’il est sorti de la réunion du fonds pour l’adaptation, parce qu’il est un des rares qui est venu avec de l’argent véritable en disant ce qu’il mettait encore dans ce fonds.

On a également placé 3,25 millions d’euros dans le fonds pour les pays les moins développés. Cela est une attitude wallonne de toute éternité : on met une priorité sur les pays les plus pauvres, parce que ces pays ont les plus grands besoins en matière de soutien financier pour réaliser cette adaptation.

Quand on est au Maroc, puisqu’on prend cet exemple, le PIB du Maroc est à peu près le PIB de la Wallonie, avec une population dix fois supérieure. Cela donne un ordre de grandeur. Ce pays est beaucoup moins riche que le nôtre, mais il a néanmoins un potentiel éolien et solaire extraordinaire. Il a une capacité d’attirer par lui-même toute une série de projets d’adaptation et de développement d’énergies renouvelables. Il est important pour nous de continuer à les soutenir, mais de concentrer aussi les fonds sur les pays qui n’ont pas ces capacités et qui ont vraiment besoin d’argent public.

Un million dans l’IRENA, l’Institut qui travaille sur la recherche en matière d’énergies renouvelables, parce que l’on défend cela depuis la fondation de l’IRENA.

Il y a 400 000 euros pour les initiatives de renforcement des capacités pour la transparence. On est des grands défenseurs de la transparence et 100 000 euros pour la coalition pour le climat et l’air propre, afin de soutenir les initiatives plus privées. Voilà comment nous avons réparti les 8 millions d’euros.

Cela était le travail remarquable de l’AWAC. Les ministres arrivent les 5/6 derniers jours, mais la COP commence deux semaines avant, avec les experts, les fonctionnaires et les diplomates qui travaillent pendant des jours et des jours. Leur travail a été de confirmer les 8 millions d’euros et de réaliser la ventilation de manière à ce que nous en retirions le plus grand bénéfice politique et surtout que cela serve les accords climatiques de la manière la plus efficace possible.

À côté de cela, au plan politique, nous avons surtout travaillé sur une clause. Il vaut mieux, quand on veut être efficace, au-delà de tous les contacts bilatéraux que l’on a, se concentrer sur une clause particulière qui établit un lien entre le fonds pour l’adaptation et le Green Climate Fund, le fond qui a été créé à Copenhague. Et que l’on puisse dire que les montants du fonds pour l’adaptation qui date de Kyoto, donc de l’ancêtre des accords de Paris, puissent être mis en lien avec le Green Climate Fund de sorte que, lorsque des projets sont développés dans le Green Climate Fund, on puisse aller puiser dans le fonds pour l’adaptation, pour que ce soit plus efficace et plus rapide.

Notre but est de mettre l’argent et que, rapidement, des actions concrètes soient développées et que cet argent soit dépensé pour des actions d’aide aux pays qui en ont le plus grand besoin. Nous travaillons en ce sens et de manière efficace.

  • À propos des réfugiés climatiques, il est important de saluer la mise en place de l’observatoire Hugo, chargé de l’analyse des migrations environnementales, à l’Université de Liège. Nicolas Hulot a rappelé récemment l’importance de donner un statut aux réfugiés climatiques, avec les droits qui leur reviennent. Le nombre de réfugiés climatiques que l’on estime entre 20 et 30 millions selon les années, équivaut au double ou au triple du nombre de personnes qui fuient les guerres et les violences. Quelle est l’approche wallonne en matière de reconnaissance et d’accueil de réfugiés climatiques ? Si l’on veut éviter ces réfugiés supplémentaires, il est temps d’agir sur place par un financement ou une aide technologique durable.

Pas de réponse

Mme Waroux (cdH). – Monsieur le Ministre-président, bravo pour vos réponses et pour votre pédagogie. Ces questions me taraudaient et vous y avez répondu avec beaucoup de précision.

Vous parliez de ces réunions de coordination belges qui se passent là-bas et qui se passent bien. Ce serait bien de transposer le modèle chez nous de façon à accélérer aussi les décisions à tout niveau, mais l’aboutissement vers le Fédéral. Ce modèle de transparence est effectivement quelque chose dont on peut s’inspirer. Vous parliez de deux intervenantes, convaincantes, qui faisaient accélérer les décisions. Si elles pouvaient approcher M. Trump pour le convaincre, ce ne serait pas mal aussi.

En ce qui concerne le fonds d’adaptation, c’est vrai qu’il y a de l’argent et que l’on a beaucoup de difficultés budgétaires. Simplement, je voulais rappeler cette notion d’échelle. Les Pays-Bas viennent de dépenser 600 millions d’euros rien que pour la lutte contre la hausse des eaux. On est dans des chiffres qui vont être énormes.

J’avais eu l’occasion de voir des documentaires incroyables de tout ce qui se passe déjà en Asie sur la protection, toutes les digues, tous les aménagements qui sont faits. Nous avons devant nous des sommes monstrueuses qui vont devoir être sorties avec des effets très graves quand l’on voit comment cela se passe. Il faut s’attendre à ce que les fonds à fournir vis-à-vis de l’étranger s’accroissent par nécessité.

Vous parliez de la compatibilité avec les accords de libre-échange et cette importance de l’évaluation. Je vous ai dit ma méfiance de départ. Vous avez raison de dire que c’est le bilan global qui compte. Notre Parlement procédera à l’analyse des effets socio-économiques, environnementaux. Là, il faudra préciser comment nous y procéderons. Je suis d’accord avec ce verdissement des accords, mais je me permettrai – et je suis sérieuse quand je dis que j’y pense jour et nuit – de fantasmer sur vos nouveaux accords où les objectifs premiers seraient justement les enjeux climatiques et la lutte contre la pauvreté.

En tout cas, ce qui est essentiel, c’est de partir – et vous avez tout à fait raison là-dessus – à l’avenir sur des objectifs chiffrés, vérifiables et donc d’assurer ce monitoring.

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