Le Pont des Trous reconstruit en une seule année

Ce lundi 1er avril en Commission de l’Environnement, de l’Aménagement du Territoire et des Travaux publics du Parlement wallon, la députée Véronique Waroux (cdH) a interpellé le ministre des Travaux publics, M. Carlo Di Antonio, sur l’évolution du dossier du Pont des Trous à Tournai.
Récemment, le ministre avait en effet annoncé que l’édifice ne serait pas reconstruit selon le modèle du projet Bastin, surnommé « McDonald’s ». La députée s’interroge notamment sur la garantie du respect du délai prévu d’un an maximum entre la démolition et la reconstruction du pont, ainsi que sur le coût de ce chantier et sa budgétisation. Elle souhaite également savoir qui déterminera le projet final retenu.
Le ministre Di Antonio s’est voulu rassurant : « Le permis qui sera délivré en juin inclura les aspects liés à la reconstruction. Il n’y aura donc pas de deuxième permis. C’est le permis tel qu’il est demandé aujourd’hui qui validera l’élargissement et la déconstruction et qui imposera le mode de reconstruction.
Dans la préparation de ce permis, une rencontre aura lieu en avril entre le fonctionnaire délégué, les demandeurs et les intervenants défenseurs du patrimoine. Le cadre est fixé, les contraintes patrimoniales et techniques sont les suivantes : rythme ternaire des arches ; caractère médiéval ; récupération de matériaux d’origine ; largeur de l’arche centrale de 2,50 mètres au minimum et de 17 mètres au maximum.
S’agissant d’un ouvrage appartenant à la Région, la prise en charge financière des travaux ne peut être imputée que sur les budgets régionaux wallons. On ne sait donc rien mettre sur les budgets de la ville. L’ouvrage proprement dit du pont représente un budget arrondi de 4 millions d’euros.
Il est donc préférable que l’ensemble des travaux, non seulement les abords, la déconstruction mais aussi la reconstruction se fassent pour fin 2020 afin de préserver l’octroi des crédits européens. C’est une raison supplémentaire pour que le permis de juin englobe bien l’ensemble, y compris la reconstruction, de manière à ce que, pour fin 2020, nous ayons terminé l’ensemble. »
La députée Véronique Waroux n’en reste pas moins vigilante quant à l’aspect technique et à l’esthétique du chantier : « Vous parliez de deux possibilités : lisse de guidage ou pas, si on est à 12,50 ou 17 mètres de large, ce qui est très différent, là aussi, au niveau de l’écriture esthétique de l’ensemble.
Il faudra quand même là aussi, lors de vos réunions, venir avec des propositions qui, par le passé, ont déjà existé. Nous en avions discuté, vous et moi, sur des possibilités qui existent de rehausser la partie centrale et d’avoir une belle harmonie entre les trois arches. »

QUESTION ORALE DE MME WAROUX À M. DI ANTONIO, MINISTRE DE L’ENVIRONNEMENT, DE LA TRANSITION ÉCOLOGIQUE, DE L’AMÉNAGEMENT DU TERRITOIRE, DES TRAVAUX PUBLICS, DE LA MOBILITÉ, DES TRANSPORTS, DU BIEN-ÊTRE ANIMAL ET DES ZONINGS, SUR « LE PONT DES TROUS À TOURNAI »

Mme Waroux (cdH). –

Monsieur le Ministre, je suis co-intervenante avec moi-même puisque je vous posais la question ainsi qu’à M. Collin et, bizarrement, parce que c’est quand même une sacrée question de patrimoine aussi, tout est revenu chez vous, qui avez peut-être maintenant encore des compétences plus élargies ; on n’est plus à cela près. C’est vrai que cela vous concerne directement puisque c’est vous qui avez annoncé, à propos du pont des Trous à Tournai, qu’il ne serait pas reconstruit selon de que l’on appelait la forme « McDonald’s », projet Bastin. Pour rappel, il est prévu de démolir ce patrimoine pour permettre le passage de bateaux plus imposants.

Pour avoir régulièrement mis en garde contre cette esquisse en raison de son absence de jonction entre les deux rives, donc son inutilité fonctionnelle, son coût, qui n’a jamais été vraiment précisé, mais il pourrait être juste un objet décoratif, la difficulté d’entretien des creux entre les arches – parce que des jeunes dans le coin imaginaient déjà bien le lancer de canettes, vu l’état de non-propreté du quai des Salines, tout à côté, et on pouvait craindre ces problèmes d’entretien – et une esthétique non respectueuse du caractère médiéval, on ne peut que saluer ce retour au bon sens. Je salue aussi la pression citoyenne et l’attention d’ICOMOS, qui est intervenu auprès de l’UNESCO, ainsi que l’écoute de représentants politiques de terrain. Je me permets quand même, au-delà de votre position, de nourrir des craintes quant à la poursuite des événements.

J’espère que cette mobilisation pour ce patrimoine remarquable ne laissera pas place à un grand vide au XXIe siècle puisqu’on est ici avec un objet du XIIIe siècle, certes remanié, mais en tout cas sa symbolique est là depuis le XIIIe siècle. Il semble important de rassurer la population. Vous avez annoncé un délai de maximum un an entre la démolition du pont actuel et la reconstruction. Quelle garantie avons-nous quant au respect de ce délai ? Sera-t-il adapté ? Peut-on estimer le coût prévu pour la reconstruction sur un modèle médiéval élargi isolément des autres aménagements ? Le coût de reconstruction classique ou moderniste sera-t-il pris en charge par les budgets européens, comme le reste du projet, ou wallons ? De quelle garantie disposons-nous de la disponibilité de ce budget sous la législature suivante, quelle que soit sa couleur ?

Quel processus sera mis en place pour le choix d’une nouvelle esquisse, qualitative et partagée, enfin, par une large majorité de Tournaisiens ? Comment éviter l’écueil des ateliers participatifs « Autour du pont », réservés à un petit nombre et qui auraient été volontairement orientés,d’après les dires de certains participants ? Quel niveau de pouvoir sera à la manœuvre pour ce choix ? Sera-ce la Région wallonne ou la ville ?

Di Antonio, Ministre de l’Environnement, de la Transition écologique, de l’Aménagement du territoire, des Travaux publics, de la Mobilité, des Transports, du Bien-être animal et des Zonings. –

Madame la Députée, j’ai annoncé le 19 mars dernier mon souhait d’une reconstruction du pont des Trous dans un style proche de l’identique avec un rythme ternaire des arches proche de l’actuel. Il me semble important de rappeler que le pont des Trous doit être déconstruit. L’objectif principal poursuivi par ces travaux est de permettre le passage en toute sécurité de bateaux de 2 000 tonnes – classe 5A – et d’améliorer les conditions de navigabilité sur l’Escaut au niveau de la traversée de Tournai. En effet, les péniches standardisées de 2 000 tonnes ont une dimension de 110 mètres de long sur 11,4 mètres de large. Tournai et le pont des Trous constituent donc aujourd’hui le principal point noir dans le tracé du Haut-Escaut entre Valenciennes et Gand en raison notamment de la largeur de l’arche centrale du pont des Trous, soit 11,3 mètres, au niveau de la flottaison, ce qui ne permet que le passage de convois de classe 4, c’est-à-dire 1 350 tonnes. Afin de pouvoir bénéficier du cofinancement européen RTE-T du projet Seine-Escaut, il importe – et l’on ne peut y déroger – que ce goulot d’étranglement soit supprimé et que les travaux y liés soient terminés pour fin 2020.

Il n’est pas concevable de perdre les crédits européens, d’autant que cette perte concernerait l’ensemble des quatre phases de la traversée de Tournai et pas uniquement la phase du pont des Trous. La déconstruction du pont est donc primordiale puisque, en revérifiant les termes au niveau européen, il faut qu’au bout du compte cela passe. Sinon, c’est l’ensemble du financement de tous les différents tronçons du cofinancement européen qui serait questionné. Vous allez être comblée puisque le permis qui sera délivré en juin inclura les aspects liés à la reconstruction. Il n’y aura donc pas de deuxième permis. C’est le permis tel qu’il est demandé aujourd’hui qui validera l’élargissement et la déconstruction et qui imposera le mode de reconstruction.

Dans la préparation de ce permis, une rencontre aura lieu en avril entre le fonctionnaire délégué, les demandeurs et les intervenants défenseurs du patrimoine que vous avez d’ailleurs cités. Le cadre est fixé, les contraintes patrimoniales et techniques sont les suivantes :
– rythme ternaire des arches ;
– caractère médiéval ;
– récupération de matériaux d’origine ;
– largeur de l’arche centrale de 2,5 mètres au minimum et de 17 mètres au maximum.

Voici les équations auxquelles doit répondre le fonctionnaire délégué dans la délivrance de son permis. Il n’y a donc pas de pause entre les deux périodes. Le marché de travaux qui va suivre la délivrance du permis inclura la nouvelle version du pont reconstruit dans le permis tel que délivré en juin. C’est une différence par rapport à la perception des choses lorsque je suis allé à Tournai annoncer la nouvelle manière de régler ce dossier. Dans l’hypothèse où la largeur serait de 12,5 mètres, des lisses de guidage devront être installées. Dans l’hypothèse où la largeur serait portée à 17 mètres, les lisses de guidage ne sont pas nécessaires. C’est un autre élément technique à prendre en compte.

S’agissant d’un ouvrage appartenant à la Région, la prise en charge financière des travaux ne peut être imputée que sur les budgets régionaux wallons. On ne sait donc rien mettre sur les budgets de la ville. L’ouvrage proprement dit du pont représente un budget arrondi de 4 millions d’euros. Il est donc préférable que l’ensemble des travaux, non seulement les abords, la déconstruction, mais aussi la reconstruction, se fassent pour fin 2020 afin de préserver l’octroi des crédits européens. C’est une raison supplémentaire pour que le permis de juin englobe bien l’ensemble, y compris la reconstruction, de manière à ce que, pour fin 2020, nous ayons terminé l’ensemble. Donc, la crainte de certains d’avoir un élargissement, une déconstruction et une zone qui reste en l’état pendant deux ou trois ans est complètement levée à travers cette manière de fonctionner.

Mme Waroux (cdH). – Merci, Monsieur le Ministre, pour toutes ces précisions très importantes pour les Tournaisiens. Je sais qu’il y aura encore polémique puisque maintenant, certains rêvent d’une réécriture contemporaine encore différente. Je pense qu’il va falloir cadrer l’opération. Il y avait eu un large soutien dans les propositions intérieures à l’élément plutôt médiéval à trois arches.

Vous parlez pour l’instant de passages à 1 350 tonnes. En réalité, les 2 200 tonnes arrivaient déjà à passer, mais de manière extrêmement… Il fallait un énorme talent des conducteurs de péniches pour y arriver. Nous voyons que le délai de 2020 pourra être respecté, ce qui rassure au niveau de l’utilisation des fonds européens. Vous avez parlé d’une reconstruction. Si je ne me trompe, la reconstruction de 1947, après bombardement, avait été faite en partie en béton, donc on pourra récupérer les pierres de parement, mais pas la totalité, l’ensemble n’étant plus en pierres. En tout cas, c’est clair que l’on pourra garder cet aspect patrimonial de la ville, lié aux autres grands monuments de cette ville.

Vous dites qu’il n’y aura pas de pause et que l’on va pouvoir poursuivre. Le fonctionnaire délégué récrira, j’espère qu’il n’aura pas, mais on verra, d’action sur ce mode de fonctionnement qui est quand même un peu particulier. Là aussi, vous parliez de deux possibilités : liste de guidage ou pas, si l’on est à 12,5 mètres ou 17 mètres de large, ce qui est très différent, là aussi, au niveau de l’écriture esthétique de l’ensemble. Il faudra là aussi, lors de vos réunions, venir avec des propositions qui, par le passé, ont déjà existé.

Nous avions discuté, vous et moi, sur des possibilités qui existent de rehausser la partie centrale et d’avoir une belle harmonie entre les trois arches. Dire que je suis comblée est un peu exagéré, mais en tout cas largement rassurée. Il faudra encore peut-être d’autres dossiers pour être vraiment combinée, mais je vous remercie.

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