Le plan stratégique de la SWDE

QUESTION ORALE A M. CARLO DI ANTONIO, MINISTRE DE L’ENVIRONNEMENT, DE L’AMÉNAGEMENT DU TERRITOIRE, DE LA MOBILITÉ ET DES TRANSPORTS, DES AÉROPORTS ET DU BIEN-ÊTRE ANIMAL, SUR « LE PLAN STRATÉGIQUE DE LA SWDE »

Monsieur le Ministre, on va peut-être comprendre pourquoi les questions ont été groupées, car je fais de l’économie et j’en pose trois questions en une. La Société wallonne des eaux, qui assure 70 % de la distribution d’eau dans notre Région, vient d’annoncer qu’il n’y aurait pas d’augmentation de la facture d’eau avant 2017. Si nous pouvons nous réjouir de cette nouvelle, il est un fait que des interrogations subsistent.

Il semblerait que la SWDE exécute son plan stratégique 2022 qui intègre, en réalité, plusieurs volets : ne pas remplacer 60 % des départs, moderniser les installations, miser sur la maintenance préventive, simplifier les procédures ou réduire les fuites d’eau sur le réseau. L’objectif serait ainsi de réduire le coût d’exploitation de 29 millions d’euros en 2022 par rapport à 2012 – comme l’a indiqué mon collègue, M. Maroy. Monsieur le Ministre, après ces déclarations, pouvez-vous, aujourd’hui, nous faire le point de la situation en Région wallonne ? Confirmez-vous que l’on parle d’une réduction du prix de 0,20 euro d’ici 2022 ?

Au niveau des pertes pour la société, à combien de mètres cubes estime-t-on les fuites sur le réseau ? À combien se chiffrent actuellement les créances impayées ? Selon vous, les actions mises en place jusqu’à présent sont-elles suffisantes ? Quel est l’effet des « limitateurs d’eau » ? Sous quelles conditions sont-ils placés ? De quelle manière la chasse pourrait-elle à l’avenir se faire aux factures impayées ? Serait-il réellement envisageable d’installer des compteurs intelligents, mais visiblement sous un autre angle, qui permettront de voir la consommation réelle des ménages tout au long de la journée et de gérer mieux celle-ci ? Quels coûts cela impliquerait-il ? Quel est le coût du placement d’un nouveau compteur « classique », comme cela se fait depuis quelque temps ?

La SWDE semble également vouloir relancer la consommation d’eau en travaillant sur le goût et l’odeur de l’eau. Pouvez-vous nous apporter des informations supplémentaires ? Monsieur le Ministre, le président faisant fonction du comité de direction de la SWDE souhaiterait que la Région wallonne signe un accord de coopération avec Bruxelles pour fixer le volume d’eau pompé par Vivaqua. Comment cela se passe-t-il actuellement ? À hauteur de combien de mètres cubes le captage se fait-il actuellement ? Une solution est-elle envisageable à cet égard ? Enfin, Monsieur le Ministre, il semblerait que des projets soient en cours pour rationaliser et sécuriser l’approvisionnement. Pouvez-vous nous en dire davantage à ce sujet ? Où se situent-ils ? Comment se mettront-ils en place ? Selon quel calendrier ? Quels sont les effets escomptés ?

Réponse de Carlo Di Antonio, Ministre de l’Environnement, de l’Aménagement du territoire, de la Mobilité et des Transports, des Aéroports et du Bien-être animal : Mesdames et Monsieur les députés, je vous présenterai une réponse groupée à vos différentes questions. Trois points principaux seront développés :

  • L’utilisation de l’eau wallonne en Flandre et à Bruxelles ;
  • Le goût de l’eau du robinet ;
  • Le plan stratégique de la SWDE avec pour celui-ci quatre sous-points : la maîtrise du prix de l’eau de distribution, les limitateurs d’eau et compteurs intelligents, les fuites d’eau et le schéma régional des ressources en eau.

Concernant l’utilisation de l’eau wallonne en Flandre et à Bruxelles, le bilan des volumes d’eau en Wallonie est relativement stable d’année en année et se compose comme suit : 380 millions de mètres cubes sont prélevés annuellement pour la distribution publique en Wallonie et ailleurs. Ainsi, 380 millions de mètres cubes, c’est l’ensemble de ce qui est prélevé. Sur ceux-ci, 160 millions sont consommés en Wallonie, 70 sont exportés vers Bruxelles et 80 sont exportés vers la Flandre. Le solde est considéré comme non enregistré. Il s’agit soit de fuites, de sous-enregistrement des compteurs, d’une utilisation pour la protection civile et services incendies ou encore de vols d’eau. Si vous faites la somme, les 160 millions consommés sur le territoire, 70 à Bruxelles et 80 vers la Flandre, on en arrive à 310 sur les 360 qui sont consommés et, l’essentiel du reste, ce sont les fuites d’eau et les utilisations annexes, comme le service incendie. Ces exportations d’eau sont réalisées à 75 % par la société Vivaqua.

À moyen terme, les exportations d’eau risquent d’être amenées à diminuer du fait de deux facteurs principaux : – la volonté de la société Farys de diminuer de 20 millions de mètres cubes ses achats d’eau à Vivaqua ; – la baisse des consommations d’eau à Bruxelles et en Flandre tout comme en Wallonie. D’une manière générale, il y a une baisse des consommations d’eau. En ce qui concerne le goût de l’eau du robinet, d’après les premiers résultats d’une enquête menée par Aquawal, l’eau utilisée pour la boisson par les Wallons provient à égalité d’eau en bouteille et d’eau du robinet, avec une légère progression année après année pour cette dernière. Les distributeurs d’eau sont soucieux de faire reconnaître leur eau comme étant potable et sans danger pour la santé. Si les rapports de l’administration ne laissent planer aucun doute à ce sujet, la population a parfois tendance à se méfier de cette eau. Elle lui reproche le plus souvent la teneur en calcaire, son odeur ou encore son goût de chlore. Je précise qu’il ne s’agit pas ici de concurrencer l’eau en bouteille, secteur important et pourvoyeur d’emplois en Wallonie. Les deux types d’eau de boisson sont deux produits bien distincts qui ont toutes deux leur place chez nous.

La SWDE ne réalise actuellement pas de recherche spécifique en matière de goût et odeur. Cependant, lors de chaque contrôle de routine de la qualité de l’eau, chaque échantillon fait l’objet d’une évaluation quant à l’odeur et la saveur qu’il peut présenter. Tout type d’eau a un goût, ne fût-ce que celui des sels minéraux indispensables qu’elle contient. Le caractère « désagréable » du goût reste subjectif, bien que, par mesure de sécurité, la SWDE considère comme plainte toute insatisfaction de ses clients quant à un goût ou une odeur désagréable. Elle y donne suite par des contrôles supplémentaires, des actions sur le terrain, par exemple des purges de réseaux et, en dernier recours, le remplacement de certains tronçons de conduites. En ce qui concerne le plan stratégique de la SWDE, une série d’annonces a été faite par cette dernière, notamment sur la maîtrise du coût de l’eau qu’elle distribue. L’annonce de la SWDE concerne le gel du coûtvérité de distribution de son eau pour les années à venir. Pour rappel, une partie significative de la facture d’eau – c’est aussi l’autre coût important – c’est le coût-vérité à l’assainissement. La maîtrise sur le prix de l’eau telle qu’annoncée par la SWDE, c’est bien sur le CVD, sur la partie qui les concerne. Par ailleurs, l’objectif de réduction du coût l’eau à la SWDE est bien fixé à 0,20 euro par mètre cube d’ici 2022. Il s’agit d’une réduction des coûts d’exploitation au mètre cube, et non d’une diminution du prix de l’eau au consommateur.

Cela n’a pas été bien compris de cette façon-là lors de la communication de la SWDE. C’est bien 20 % de réduction de coût d’exploitation au mètre cube et non une réduction au prix de l’eau au consommateur. Dans ce plan de réduction des coûts, il y a l’objectif de réduire les montants irrécupérables qui représentent, actuellement, 3 % de son chiffre d’affaires. La SWDE a mis en place diverses actions dans cette perspective. Tout d’abord en ce qui concerne les limitateurs de débit et compteurs intelligents, la procédure de pose de limiteurs de débit amorcée en 2015 en tant qu’alternative à l’interruption de fourniture d’eau sera poursuivie et élargie en 2016. Le principe est le suivant : lorsque l’entièreté du flux de recouvrement traditionnel est en échec et que l’analyse de solvabilité judiciaire s’avère négative, la procédure de pose de limiteur de débit, avec la pose d’une pastille microperforée insérée avant le compteur, est enclenchée pour parvenir à un engagement raisonnable d’apurement de la part du client sans le priver de la satisfaction des besoins vitaux en eau. La phase de test, en 2015, a permis d’observer une proportion encourageante de réactions des clients en défaut de paiement ainsi que du nombre de règlements directs ou d’engagements de paiements mensuels, lesquels sont respectés dans 85 % des cas.

La solution des compteurs intelligents vise, quant à elle, un objectif connexe : le suivi régulier des consommations en amont afin de limiter les facturations basées sur des estimations et les risques de surconsommation inaperçue jusqu’à obtention de l’index réel communiqué par les clients. Une expérience pilote en partenariat avec ORES a été décidée dans un objectif de mutualisation des coûts de mise en place. Le scénario du test en question est actuellement à l’étude et porterait sur les installations d’environ 700 installations – M. Maroy les a identifiées – actuellement en test à la Ville de Charleroi. On n’a pas de retour, pour le moment, de l’étude. Concernant les fuites d’eau, comme précisé précédemment, toute l’eau prélevée n’est pas facturée. Il s’agit soit de fuites, de sous-enregistrement des compteurs, d’une utilisation pour la protection civile et services incendie, ou encore, et sans être exhaustif, de détournements et vols d’eau.

À l’heure actuelle, il est encore difficile de chiffrer précisément l’importance de chacun des postes. Ainsi, la « chasse » aux ruptures de canalisations et la recherche d’indices de volumes non facturés sont des préoccupations de la SWDE. Cela constitue même un objectif de son plan stratégique et un indicateur dans son contrat de gestion. Globalement, les fuites d’eau sont estimées à quatre mètres cubes perdus par jour et par kilomètre de conduite. Les raisons sont multiples et proviennent en partie de la vétusté du réseau dont l’âge moyen se situe aux alentours de 50 à 60 ans. La Wallonie fut en effet une des premières régions d’Europe à bénéficier de la distribution d’eau publique par canalisations. Ainsi, la SWDE recourt à des travaux de renouvellement des canalisations pour améliorer les performances des réseaux, en tendant vers un taux annuel de renouvellement de 1 % du linéaire des canalisations existantes, soit la moyenne européenne. Elle consacre annuellement 125 millions d’euros à l’amélioration et au renouvellement de ses installations.

Par ailleurs, la SWDE dispose de systèmes plus ou moins élaborés pour le contrôle de ses réseaux. Elle teste et implémente constamment des techniques de régulation, de surveillance et d’analyse des réseaux qui permettent de réduire le nombre de fuites. Elle dispose d’équipes spécialisées pour la recherche de fuites qui sillonnent en permanence les 40 000 kilomètres de canalisation qu’elle gère. Petite remarque par rapport à cela, dans les reprises, parfois, le plus récent de certains réseaux communaux par la SWDE, certains réseaux étaient, au moment de la reprise par la SWDE, devenus presque des réseaux théoriques, tellement il y avait des pertes sur ces morceaux-là. C’est souvent, là aujourd’hui, que la SWDE doit marquer le plus d’efforts. Des gestionnaires de réseaux n’ont pas entretenu, sachant bien qu’ils allaient remettre à la Société wallonne des eaux et ils ont tiré dessus le plus longtemps possible sans plus faire d’investissements qui étaient nécessaires. Concernant le schéma régional des ressources en eau et de sécurisation de l’approvisionnement, son établissement est une mission confiée par le Gouvernement à la SWDE en 2010.

À ce stade, ce schéma directeur représente un budget de 250 millions d’euros sur 10 ans avec comme résultats attendus : – contribuer à la sécurité d’alimentation sur les plans quantitatif et qualitatif de près de 700 000 raccordements ; – réduire la dispersion des sites de captage en diminuant leur nombre d’un tiers et ainsi réduire les coûts de protection de captage de l’ordre de 70 millions d’euros. En jouant sur ce schéma et en connectant différentes canalisations, on peut jouer sur moins de zones de captage à exploiter et sur une meilleure sécurité d’alimentation d’une série d’endroits, car en cas de problème, on sait fermer une vanne et en ouvrir une autre. Quand il n’y a pas d’interconnexion, c’est beaucoup plus difficile à faire. L’objectif de ce schéma est d’assurer une sécurisation du réseau en considérant une fourniture potentielle de 130 % des besoins habituels. Dans la réponse à la question sur la sécheresse actuelle que cela amène dans certaines situations, j’ai évoqué à avoir, pendant quelques jours, 130 % de consommation par rapport à la moyenne annuelle. C’est un peu l’objectif qui est suivi ici.

Les travaux ont débuté en 2014 et les premières zones impactées concernent La Louvière 65 000 raccordements ont été sécurisés ; Charleroi 125 000 raccordements sécurisés et la région de Florennes 10 000 raccordements sécurisés en collaboration avec l’INASEP. Des liaisons entre les infrastructures de production de la SWDE et de la CILE à Hollogne et à Durbuy devraient être mises en œuvre à partir de 2016. Les travaux concernant le Brabant wallon, l’Ardenne et l’ouest de la Wallonie seront les suivants.

0 réponses

Répondre

Se joindre à la discussion ?
Vous êtes libre de contribuer !

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *