Le suivi des dispositifs antiradicalisme

Question écrite de Véronique Waroux à Rudy Demotte, Ministre-Président de la Fédération Wallonie-Bruxelles, sur le suivi des dispositifs anti-radicalisme.

Monsieur le Ministre-Président, ça n’est pas la première fois que nous abordons l’enjeu important, et ô combien d’actualité, du radicalisme dans ce parlement. Il a déjà fait l’objet de plusieurs questions, de débats en plénière et même d’une résolution.

Vous avez récemment adopté, avec votre gouvernement, la mise en place d’un nouveau dispositif de prévention et de lutte contre le radicalisme.

Ce que l’on trouve-t-on dans ce « RAR » nouvelle mouture, c’est :

1) Un centre d’aide et de prise en charge à destination des personnes. Sous la responsabilité du Ministre Madrane, il sera localisé au sein de l’Administration générale des Maisons de justice et devrait engager 17 nouvelles personnes.

2) Un centre d’appui et de ressources aux différents services du Ministère et de ses OIP qui sera localisé au sein de la cellule Démocratie ou Barbarie du Secrétariat général et qui se verra renforcé de 3 effectifs.

3) Un comité stratégique qui sera quant à lui composé de représentants des administrations, des cabinets et agissant avec l’appui d’experts. Si l’initiative d’apporter une alternative à la réponse purement sécuritaire du Fédéral est à saluer, elle soulève néanmoins quelques questions.

Monsieur le Ministre-Président, une évaluation des mesures mises en place par le Gouvernement depuis un an a-t-elle eu lieu, je pense notamment au comité stratégique qui existait déjà dans la première version de votre dispositif ? Vont-elles se poursuivre de manière identique ou non ? La mutualisation des moyens et la coordination avec les autres niveaux de pouvoir, telles qu’elles avaient été suggérées à l’époque, se sont-elles concrétisées? Les montants relatifs aux nouvelles mesures ont-ils bien été identifiés à l’initial 2016 et si oui à quels endroits ? Enfin, le recrutement du personnel du centre d’aide et du centre d’appui et des ressources fera-t-il l’objet d’un appel à candidatures classique du Ministère de la Fédération Wallonie-Bruxelles ?

Réponse de Rudy Demotte, Ministre-Président de la Fédération Wallonie-Bruxelles. Le 21 janvier 2015, notre Gouvernement a été le premier à adopter une stratégie préventive ciblée contre le radicalisme, à travers de nombreuses mesures destinées à renforcer la cohésion sociale.

Ce plan prévoyait la mise en place de réponses durables aux causes de fond de la radicalisation, dans le respect des valeurs fondamentales du vivre ensemble. Pour le coordonner, un réseau anti-radicalisme – le RAR  a été déployé sous l’égide du Ministre-Président.

Il s’est déjà réuni une quinzaine de fois depuis janvier, afin d’échanger de bonnes pratiques, de renforcer la cohérence des formations et des outils pédagogiques à mettre en place ou de proposer des projets pilotes innovants. Tout cela, dans la mesure du possible, avec les structures similaires identifiées en Wallonie et au niveau de la Région bruxelloise.

Un an après, de nombreux projets ont été lancés :

– l’Institut de formation pour les cadres musulmans a été mis sur les rails ;

– des centaines de modules de formations ont été dispensés à destination des acteurs-clefs de la Fédération Wallonie-Bruxelles (enseignants, moniteurs sportifs, éducateurs…) ;

– plus de 12 000 élèves ont assisté à la pièce « Djihad » ;

– des brochures ont été éditées à destination des opérateurs et du grand public ;

– et des cours de citoyenneté sont dispensés dans les prisons, depuis janvier.

Toutes ces actions renforcent le travail des ministres fonctionnels et les politiques transversales que nous déployons en matière d’éducation  cours de citoyenneté, dispositif d’accueil et de scolarisation des élèves primo-arrivants, cours de français langue étrangère , en matière d’égalité des chances  plan anti-discrimination, campagne Non à la haine sur le net…  ou encore en matière de sport.

Cela étant, face au phénomène de radicalisation violente qui semble appelé à perdurer, les solutions temporaires qui ont été dégagées sans délai risquaient de montrer leurs limites.

Il était donc devenu évident que ce phénomène réclamait la mobilisation de nouvelles compétences spécifiques et de moyens propres. C’est pourquoi le Conseil des ministres a décidé, sur proposition du réseau anti-radicalisme et après notre débat parlementaire du 25 novembre dernier, de mettre en œuvre un nouveau dispositif de prévention et de lutte contre le radicalisme.

Le réseau s’est ainsi vu doter de deux « centres opérationnels » et d’un Comité stratégique antiradicalisme. Le Comité stratégique, composé de façon identique au RAR (administrations et cabinets, avec l’appui d’experts) sera l’organe de pilotage et de coordination de la Fédération Wallonie-Bruxelles en matière de prévention et de lutte contre le radicalisme.

Il impulsera les actions à partir des besoins identifiés par les différentes administrations, définira les orientations stratégiques, veillera à la mutualisation des initiatives ainsi qu’à la recherche de synergies.

Le comité disposera deux bras opérationnels : la cellule d’aide et de prise en charge des personnes et le service d’appui aux missions anti-radicalisme. Premier des centres opérationnels, le Centre d’aide et de prise en charge des personnes est le point de contact entre les individus confrontés à un problème de radicalisme violent et la Fédération Wallonie-Bruxelles.

Il a pour mission d’aider et de prendre en charge les personnes : information, aide, soutien sociopsychologique aux proches et prise en charge de personnes en voie de radicalisation afin de faciliter leur désengagement. Il s’agit donc d’un accompagnement individualisé, par le centre ou une structure spécialisée interne ou externe, à la demande soit de la personne ellemême, soit de son entourage, soit d’intervenants de première ligne ou encore suite à une décision judiciaire.

Une ligne téléphonique d’aide et de soutien aux familles et aux personnes sera accessible 7 jours sur 7 et au-delà des heures de bureau. Compte tenu de ses compétences, l’Administration générale des Maisons de justice prendra en charge cette mission. Elle agira en collaboration avec les services des autres administrations générales et notamment avec les équipes mobiles de l’enseignement.

L’Administration a estimé les besoins humains à 17 équivalents temps plein. Le centre québécois, que j’ai eu l’occasion de visiter en novembre dernier était d’ailleurs de cette ampleur (15 ETP).

Le déploiement de notre centre se fera de manière progressive en 2016. Il exigera une sélection et une formation rigoureuses de son personnel. Le second centre opérationnel, le Centre d’appui aux services de la Fédération Wallonie-Bruxelles agit comme un service de soutien commun aux autres services de notre ministère et de nos OIP, en assurant la coordination des ressources à mobiliser en leur sein pour répondre aux besoins du terrain.

Coordonné par la cellule « Démocratie ou barbarie », il reçoit les demandes de soutien et les besoins exprimés par les services et formule des propositions de réponse appropriées qu’il soumet au Comité stratégique.

Ces réponses consistent notamment en des propositions normatives, le développement d’outils pédagogiques et de formation ou la définition de cahiers de charges. Le centre d’appui développe également une capacité de recherche et d’expertise. Il constitue un centre de documentation, mène des recherches, des analyses, des études sur le phénomène du radicalisme violent et établit une veille de ce qui se fait dans d’autres pays et régions.

Ce centre de ressources vient en soutien aux services de la Fédération Wallonie-Bruxelles. Il ne s’agit donc pas d’un centre de recherche fondamentale, ce rôle devant être assuré par les institutions universitaires.

L’engagement de 3 ETP est prévu pour ce volet. Là aussi les engagements se feront au fur et à mesure. De manière plus globale, ce nouveau cadre sera évalué six mois après le déploiement complet du dispositif. Et pour être tout à fait précis, l’ensemble des moyens nécessaires à la mise en œuvre et au fonctionnement du dispositif sera octroyé par préciput, dans le cadre de l’ajustement budgétaire 2016.

La configuration que nous avons retenue vise donc à situer les missions là où sont les compétences et favorise ainsi les synergies et les mutualisations de moyens, tout en assurant la transversalité nécessaire à l’exercice efficace des missions pour lutter contre le radicalisme.

Ce faisant la Fédération Wallonie-Bruxelles apporte une alternative à une réponse qui purement sécuritaire, ou plutôt un complément indispensable à cette dimension, afin de faire face à un phénomène complexe imposant d’être appréhendé comme tel, de manière structurelle.

Avec ce dispositif renforcé nous nous dotons progressivement d’un outil affiné et multifonctionnel pour prévenir et lutter plus efficacement contre la radicalisation violente. Nous apportons la contribution, majeure, de notre institution.

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