Le suivi du dossier Seine-Escaut

QUESTION ORALE DE MME WAROUX À M. PRÉVOT, MINISTRE DES TRAVAUX PUBLICS, DE LA SANTÉ, DE L’ACTION SOCIALE ET DU PATRIMOINE, SUR « LE SUIVI DU DOSSIER SEINE-ESCAUT » .

Question de Madame Véronique Waroux:

Madame la Présidente, Monsieur le Ministre, tous mes meilleurs vœux pour 2015. Je vous souhaite plein de vœux de bonheur, pas ensemble. Monsieur le Ministre, en octobre dernier, nous avons eu l’occasion de faire le point sur l’évolution du dossier de la liaison Seine-Escaut. Lors du très instructif débat qui avait suivi, vous aviez pu non seulement faire le point sur le dossier, mais également nous faire part de vos réflexions – par ailleurs très intéressantes – sur l’importance du développement des voies navigables. Preuve que ce dossier ne demeure pas à l’arrêt, vous avez approuvé, fin de l’année dernière, l’important marché de remplacement du barrage de l’écluse de Kain. C’est donc certaine d’avoir, devant moi, une oreille attentive à tout l’enjeu pour la Wallonie de la réalisation de la liaison Seine-Escaut que je m’adresse à vous. Motivée à la fois par la volonté de faire le point sur l’évolution du dossier, notamment côté français, mais aussi, et peut-être surtout, je ne vous le cacherai pas, par les nombreuses interpellations qui me sont adressées par les Tournaisiens concernant la traversée de la Ville de Tournai et, particulièrement – M. Crucke l’a dit – l’aménagement du pont des Trous qui reste un sujet emblématique là-bas. Beaucoup d’amoureux du patrimoine local se demandent si toutes les options ont bien été étudiées dans ce dossier – il est bien temps de se poser la question – et, en particulier, celle du contournement du pont des Trous, en vue de préserver l’intégrité de ce symbole patrimonial si cher aux Tournaisiens. Pour votre information, les croquis illustrant les alternatives d’aménagement du pont des Trous, c’est-à-dire l’élargissement de l’arche centrale ou la recomposition contemporaine, ont été présentés à M. Ricciotti en début de conférence. C’est une grande figure de l’architecture contemporaine et sa réaction de rejet de ces projets a été vive et spontanée. Monsieur le Ministre, pouvez-vous m’indiquer si le Gouvernement français a répondu au courrier que vous lui avez adressé ? Dans l’affirmative, quelle est sa réponse ? Pouvez-vous faire le point sur l’étude relative à la traversée de Tournai ? Pouvez-vous confirmer que toutes les options ont été étudiées et présenter les raisons qui ont amené au choix retenu ? Les différences de coût sont-elles à ce point importantes ? De nouveaux contacts ont-ils eu lieu avec la Ville de Tournai ? Sa position a-t-elle évolué ?

Réponse de M. Prévot, Ministre des Travaux publics, de la Santé, de l’Action sociale et du Patrimoine:

Monsieur le Député, Madame la Députée, je vous remercie pour vos questions sur ce dossier qui me tient toujours à coeur. Il est toujours rafraîchissant d’entendre l’un et l’autre. J’ai bel et bien écrit au Secrétaire d’État, M. Vidalies, et à M. le Premier-Ministre, M. Valls. J’ai reçu une réponse de M. Valls disant qu’il transmettait le dossier à son Secrétaire d’État, M. Vidalies. « Je suis gras avec cela », comme on le dit trivialement. J’ai été un peu marri de cette réponse. Non pas qu’il soit choquant que le Premier ministre considère que c’est à son Secrétaire d’État chargé des transports, M. Vidalies, de devoir suivre le dossier, mais pour le même prix, il pouvait ajouter, dans le courrier qu’il m’adressait, une phrase dans laquelle il réaffirmait clairement l’engagement, ce qui était l’objet de ma demande. Cela n’a pas été écrit. Vous m’apprenez qu’il y a ces affichettes. Je n’ai pas eu l’occasion de les recevoir, mais je serais bien heureux d’en avoir une copie – je vous en remercie déjà. Toujours est-il que je reste assez confiant quant au maintien de l’engagement de la France de voir aboutir ce projet. Je pense qu’un faisceau d’indices liés à la multiplication des propos ont été tenus par de hautes autorités françaises sur le sujet pour nous laisser légitimement et raisonnablement penser qu’il y a une volonté d’avancer. Je vais à nouveau réattaquer, de manière épistolaire, M. le Secrétaire d’État, M. Vidalies. Je ne cherche pas à faire de grand barnum médiatique, je cherche à avoir des relations de travail avec lui pour juger de la véracité des propos, des engagements, et m’assurer qu’il y a alors bien une volonté française qui se concrétise au-delà des déclarations. Pour ce qui est à proprement parler de la traversée de Tournai, l’étude d’incidences sur l’environnement est bien terminée et aucune remarque majeure n’a été formulée. Le dépôt de permis d’urbanisme devrait donc être fait dans les premiers mois de cette année, avec l’octroi de celui-ci pour l’automne de cette même année. Donc, traversée de Tournai, dépôt de permis dans les prochains mois, obtention de celui-ci à peu près au niveau de l’automne. La demande de permis vise l’ensemble des travaux, c’est-à-dire le pont des Trous, le pont à Pont, les quais de Salinne et les aménagements connexes et compensatoires, c’est-à-dire le port de plaisance, la réfection des quais, des espaces publics bordant l’Escaut. C’est là-dessus que je souhaiterais encore revenir pour plus de détail parce que je sais que le Gouvernement précédent s’était engagé à la hauteur de sommes qui avaient été prédéfinies pour pouvoir réaliser des compensations à la traversée de Tournai. Je le comprends. Je suis juste interrogatif quant à me dire qu’il appartiendrait au département des voies hydrauliques de procéder à des investissements d’aménagement urbain, ou à tout le moins la proportion de ceux-ci. A priori, ce n’est pas avec des budgets de voies hydrauliques que l’on devrait réaliser des revitalisations urbaines à proximité de la zone. Je ne mets pas en cause la pertinence de celles-ci. Je ne remets pas en cause l’opportunité de celles-ci. Je trouve qu’il faut juste être raisonnable et que cela ne coûte pas plus cher de faire ces aménagements urbains que de réaliser les travaux qui sont strictement nécessaires pourles voies hydrauliques. C’est un sujet dont j’aimerais pouvoir m’entretenir avec le bourgmestre en titre de Tournai. Quant au pont des Trous, j’ai longuement discuté comme ministre des Voies hydrauliques avec mon collègue en charge du Patrimoine. Différentes alternatives ont pu être envisagées et étudiées : l’adaptation des arches, un contournement long et un contournement court. Il en ressort incontestablement que la meilleure alternative est l’adaptation du pont des Trous, tant d’un point de vue économique que d’un point de vue lié à la navigation. Je rappelle d’ailleurs, sauf à me tromper, que si l’ensemble est classé, seules les deux tours sont originelles. La reconstitution de la jonction entre les deux tours date de 1948, de mémoire. C’est cette portion-là qui va faire l’objet d’aménagement, celle qui est la moins ancienne, si je puis dire. Quant à l’adaptation projetée, différentes esquisses ont été présentées. Il en est ressorti qu’une structure en résille serait la plus appropriée pour maintenir l’image du pont des Trous, à savoir une coursive, deux tours et trois arches. L’idée est de ne pas toucher aux deux tours, de placer des lices de guidage nécessaires au passage des bateaux et d’élargir l’arche centrale pour respecter le gabarit nécessaire, sans quoi cela n’a alors pas d’intérêt de faire tant d’investissement si l’on ne sait pas maximaliser l’exploitation économique de cette voie d’eau. Le permis d’urbanisme sera d’ailleurs introduit avec cette solution. Sur le plan budgétaire, le dossier fera l’objet de demandes de financements européens qui viendront compléter les moyens wallons, lesquels nécessiteront une programmation pluriannuelle. Quand on parle de pluriannuelle, cela veut dire que cela sera ventilé sur plusieurs exercices budgétaires. Je compte alors pouvoir discuter rapidement avec M. Demotte, notamment pour voir comment se ventilent, entre les exercices de la législature, les montants requis et voir si, oui ou non, on doit s’en tenir à ce qui a été initialement envisagé. Il y a un point d’équilibre à devoir trouver entre la finalité poursuivie et les aménagements connexes requis.

Réplique de Mme Waroux:

C’est vrai que l’on a reçu beaucoup d’informations extrêmement intéressantes quinous mettent à jour sur ces données. À Tournai, on a l’impression que, comme cela ne bouge pas, beaucoup dans la population espèrent justement que plus rien ne va bouger. Or, il faut absolument avancer, c’est fondamental. Pour le fameux pont des Trous, c’est la structure résille qui a été prise comme option. Il faut savoir aussi qu’une consultation populaire a eu lieu et que les gens s’étaient plutôt manifestés sur l’élargissement des arches, mais en pierre. Il y a eu quatre options. La deuxième option retenue, mais avec beaucoup moins de votes, c’était la structure contemporaine. Donc, il risque d’y avoir encore pas mal de mouvements par rapport à cela. J’insiste aussi sur ce que dit M. Crucke sur la notion de compensation financière parce que l’on a tout de même beaucoup de points d’interrogation. Je reviens sur le modèle de Courtrai qui a profité de ces aménagements au niveau de la voie d’eau pour faire une vraie valorisation de sa ville, qui a fait quelque chose d’exceptionnel sur le plan urbanistique. Là, je me permettrai, par rapport aux informations que j’avais pu voir sur les aménagements, j’étais un petit peu étonnée sur les propositions qui avaient été faites, aménagement des quais notamment. J’ai connu d’autres villes où l’on profitait d’aménagement de quais pour placer des voitures et des parkings. Là, on laisse encore les véhicules en surface. La structure portant du pont à Pont me semblait extrêmement légère et posait réellement des questions. Il y aura encore débat et beaucoup de discussions, mais il faut absolument faire avancer les choses. Je vous remercie de votre envie et de votre énergie pour porter ce dossier.

 

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