Les alternatives aux chaudières au mazout

Question écrite de Mme Waroux à M. Crucke, Ministre du Budget, des Finances, de l’Energie, du Climat et des Aéroports

Mme Waroux (cdH)

Dans le Pacte énergétique conclu entre les Ministres de l’Énergie du pays à la fin de l’année 2017, il était prévu la fin de la vente de nouvelles chaudières au mazout après 2035, mais il est essentiel que des alternatives efficaces, plus durables et crédibles sur le plan écologique et social existent.

Parmi ces alternatives, on peut citer le gaz naturel (mais tout le monde n’est pas connecté au réseau, en zone rurale notamment) ou les pellets par exemple.

La société Primagaz, elle, a eu l’idée de commercialiser du biopropane, qui serait produit à partir de déchets et d’éléments naturels.

Une étude commandée par cette société au consultant Ecuity semble conclure que la Belgique ne parviendra à respecter sa trajectoire de réduction des émissions de CO2 que si elle met fin au mazout en 2025 et que 6 % des chaudières existantes sont remplacées tous les ans. Par ailleurs, en privilégiant un mix énergétique (biopropane, pellets, pompes à chaleur) le coût collectif serait moindre.

Quelles sont, selon Monsieur le Ministre, les meilleures alternatives sur le plan environnemental et socio-économique aux chaudières au mazout ?

Quelle est son analyse de cette proposition d’alternative du biopropane ?

La date de 2035 n’est-elle pas trop éloignée pour pouvoir respecter les objectifs de réduction de CO2 ?

Sur quelle base a-t-il fixé cette date ?

Encourage-t-il dès à présent l’installation d’alternatives plus durables pour les nouvelles installations/nouvelles constructions, et cetera ?

Les consommateurs sont-ils suffisamment informés des alternatives possibles au mazout ?

Enfin, peut-on globalement avoir l’état de la situation en Wallonie : quel pourcentage de ménages recourt aux chaudières au mazout?

M. Crucke, Ministre du Budget, des Finances, de l’Energie, du Climat et des Aéroports

Quelles sont les meilleures alternatives sur le plan environnemental et socio-économique aux chaudières à mazout ?

– Le terme de « meilleures alternatives » aux chaudières à mazout est un terme à utiliser avec précaution. La meilleure énergie est celle que l’on ne consomme pas. Il vaut mieux d’abord regarder les alternatives qui permettent l’obtention des bâtiments les plus économes en énergie, et cela passe par la construction ou la rénovation pour arriver aux bâtiments QZEN. Le site énergie du SPW https://energie.wallonie.be donne des explications et les possibilités d’aides de primes énergies pour les bâtiments.
Pour ce qui concerne la production de chaleur, les alternatives sont d’abord les autres énergies fossiles (gaz naturel et propane/butane), et la palette des énergies renouvelables (biogaz, pellets, géothermie, solaire thermique, pompe à chaleur), en systèmes décentralisés ou via réseaux de chaleur.

Quelle est son analyse de cette proposition d’alternative du biopropane ? (Étude de Ecuity commandée par Primagaz)

Deux questions se posent encore à ce jour :
– Ce biopropane présente-t-il un bilan CO2 neutre ou négatif ?
– Est-il possible d’avoir du biopropane en une quantité suffisante pour suivre l’installation de chaudières au biopropane ? (Pour autant que l’on connaisse le nombre de chaudières installées)

Le « biopropane » dont Primagaz fait la promotion est un propane produit à partir de déchets industriels recyclés (graisses animales) et d’huiles végétales par un procédé d’hydrotraitement (HVO : hydrotreted vegetal oil) –
https://www.usinenouvelle.com/article/primagaz-lance-le-biopropane-en-france.N672174.

– La proportion de déchet et d’huiles végétales dans ce mélange de base n’est pas connue.
– La provenance de ces huiles végétales n’est pas connue non plus. De quelles cultures (maïs, colza, palmier), et ces cultures sont-elles des cultures durables ?
– L’hydrogénation utilise de l’hydrogène pour se lier aux longues molécules carbonées pour les fractionner et produire d’autres composés, comme du propane. D’où provient l’hydrogène utilisé dans le processus industriel ? La principale source de production d’hydrogène industriel est le réformage du méthane fossile (CH4 + 2H2O = CO2 + 3H2), procédé qui demande lui-même de l’énergie et produit du CO2.
L’utilisation de ces huiles pour faire du « biopropane » combustible donne-t-elle donc un bilan CO2 neutre ou négatif ?

En outre, à ce jour, beaucoup de scientifiques se posent des questions sur les biocombustibles de première et même de deuxième génération en tant que CO2 neutres ou négatifs.

Parmi les gaz d’origine renouvelable, celui qui est le plus maitrisé est le biogaz (produit par dégradation anaérobie), lequel et également susceptible d’utiliser les mêmes ressources que pour produire le biopropane. Sans une analyse du cycle de vie complet ainsi qu’une évaluation des bassins d’approvisionnement des ressources nécessaires, il est difficile de se prononcer sur cette alternative.

Par ailleurs, remplacer le mazout par du propane risque de nous placer dans une situation de lock-in dans le cas où le biopropane ne serait pas retenu comme une solution durable.

L’étude réalisée, dont nous avons pris connaissance, a le mérite de mettre sur la table d’autres alternatives possibles à côté de celles déjà connues. Comme déjà expliqués, nous devons d’abord élaborer une stratégie de remplacement du mazout qui consistera à mettre à disposition de manière compétitive toutes les alternatives.

La date de 2035 n’est-elle pas trop éloignée pour pouvoir respecter les objectifs de réduction de CO2 ?
Sur quelle base a-t-il fixé cette date ?

Le pacte fixe l’objectif « Aucune nouvelle chaudière au mazout ne sera plus vendue à partir de 2035 (industrie et logement), sauf si aucune alternative n’existe à ce moment-là ». Par contre il ne dit pas qu’on cessera la vente, mais nous devons tout faire pour y parvenir.

Nous avons besoin de temps pour nous assurer que nous disposons bien d’alternatives pour TOUTES les situations. Cela n’empêche évidemment pas d’avancer drastiquement sur le déploiement des alternatives. Nous avons à cet égard fixé des objectifs assez ambitieux en matière de chaleur renouvelable, dont une grande partie viendra remplacer le mazout à l’horizon 2030.

Les utilisateurs de mazout sont à viser en priorité et l’objectif doit être constamment revu afin d’accélérer sa sortie. Idéalement, nous souhaiterions aller plus vite que 2035, mais nous devons rester pragmatiques.

Enfin, avant de remplacer un système, il sera utile d’envisager d’augmenter la performance énergétique d’un bâtiment (logement ou autre). La rénovation du parc doit donc être menée de concert avec le remplacement du mazout, en déterminant des segments prioritaires.

Encourage-t-il dès à présent l’installation d’alternatives plus durables pour les nouvelles installations/nouvelles constructions, etc. ?

Il y a plusieurs alternatives possibles aux chaudières au mazout. Il y a le solaire thermique, la chaudière biomasse, les pompes à chaleur, les chaudières au gaz à condensation, le chauffage électrique. Toutes ces installations servent pour l’eau chaude sanitaire et/ou le chauffage du bâtiment. Il peut y avoir un appoint de chauffage électrique, couplé ou pas à la chaudière d’un autre type. Le chauffage entièrement électrique parfois présenté comme un chauffage n’émettant pas de CO2 en émet en réalité en fonction de la source de production de l’énergie électrique.
Il existe des primes pour ces systèmes de chauffage. Les informations nécessaires à leur obtention peuvent se trouver sur le site Énergie du SPW.
Il est prévu de mettre en place un mécanisme de soutien à la chaleur verte qui englobera l’ensemble des aides actuellement existantes.

Les consommateurs sont-ils suffisamment informés des alternatives possibles au mazout ?

Les consommateurs peuvent s’informer sur le site énergie mentionné ci-dessus, mais également dans les Guichets de l’Énergie.

Ces Guichets de l’Energie ont une équipe d’environ 30 consultants répartis sur 16 sites. Ils accueillent et guident le citoyen dans les domaines touchant à l’énergie au sein de son habitat.

D’autres actions visent à sensibiliser la population wallonne. Au travers du projet « POLLEC », la Wallonie soutient les communes qui mettent en place des plans d’action pour réduire la consommation énergétique sur leur territoire et s’adapter aux changements climatiques. Dans le cadre du programme POLLEC, les communes wallonnes se sont engagées à :
– réaliser un inventaire des émissions de gaz à effet de serre (équivalent CO2) sur le territoire de la commune et évaluer le potentiel de réduction des émissions de CO2, principalement à travers des actions sur la production et la consommation d’énergie ;
– réaliser un diagnostic de la vulnérabilité de leur territoire face aux conséquences des changements climatiques et développer de stratégies d’adaptation ;
– rédiger un Plan d’action pour l’énergie durable et le Climat [PAEDC] à partir des ressources locales (humaines et matérielles) accompagné d’un plan d’investissement pluriannuel pour assurer sa réalisation ;
– mettre en place une cellule « locale » au sein de l’organigramme interne des services de la commune chargée du suivi et de la mise en œuvre du PAED et de la réalisation d’une démarche de mobilisation des acteurs du territoire communal ;
– définir un plan de communication et une démarche de mobilisation du territoire communal (citoyens, écoles, associations, entreprises, agents communaux, CPAS…).

Mais il est vrai qu’il reste encore un gros travail de sensibilisation à faire. Cette sensibilisation sera renforcée lorsque la stratégie de remplacement du mazout sera établie et que les installateurs seront formés et capables de proposer des alternatives.

Peut-on globalement avoir l’état de sa situation en Wallonie, quel pourcentage de ménages recourt aux chaudières au mazout ?

La part du gasoil de chauffage dans la consommation de combustibles a tendance à baisser depuis l’année 2005. En termes d’équipement des logements, le pourcentage du parc équipé en chauffage au mazout est de 46,5 % en Wallonie en 2016. Les combustibles pétroliers représentent 36,4 % du total énergétique.

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