Les élections présidentielles à venir au Congo-Brazzaville

Question à M. Rudy Demotte, ministre-président, intitulée « Élections présidentielles à venir au Congo-Brazzaville ». L’Afrique centrale fait l’objet des plus vives préoccupations de la part de nombreux acteurs de notre pays, qu’ils fassent partie d’un parti politique, d’une ONG ou d’une association. Les démocraties y restent une valeur fragile, constamment menacée par le népotisme et les ambitions personnelles de certains dirigeants. Nous savons qu’à l’approche de l’échéance électorale, certains d’entre eux font preuve d’ingéniosité pour contourner la loi ou l’interpréter à leur profit.

Le 29 octobre dernier, les parlementaires rwandais adoptaient un projet de réforme de leur Constitution, permettant à Paul Kagamé de briguer un troisième mandat. Au Congo-Brazzaville, Denis Sassou Nguesso, après avoir été président de 1979 à 1991, est revenu au pouvoir à l’issue d’une guerre civile en 1997. Or à l’approche des élections prévues en juillet 2016, il a organisé, le 25 octobre dernier, un référendum afin de solliciter l’autorisation de modifier la Constitution de 2002. Celle-ci limite en effet à deux le nombre des mandats que peut exercer un chef de l’État et interdit d’être candidat à la magistrature suprême toute personne âgée de plus de 70 ans.

Ces deux dispositions ont été supprimées dans le projet de loi fondamentale qui a été soumis au peuple. D’après les échos qui nous reviennent, plusieurs événements ont de quoi susciter l’inquiétude. D’abord, les heurts entre forces de l’ordre et opposants empêchés de manifester. La police aurait ouvert le feu à plusieurs reprises et des blessés sont à déplorer. Ensuite, la même journée, l’internet mobile, les services de SMS et le signal d’une des stations les plus écoutées dans le pays sont restés coupés. Enfin, les chiffres annoncés par le pouvoir en place semblent peu dignes de confiance. On parle d’un taux de participation de 72,44 % et le « oui » l’aurait emporté à 92,96 % des suffrages !

Monsieur le Ministre-Président, quelles sont encore les relations bilatérales que nous entretenons avec le Congo-Brazzaville depuis la fermeture de notre ambassade le 30 avril dernier ? Ce pays ne faisant pas partie des neuf pays partenaires avec lesquels la Fédération WallonieBruxelles entretient une relation de coopération, des projets y sont-ils encore financés ? Notre déléguée à Kinshasa a-t-elle une accréditation pour ce pays ? Au niveau multilatéral, quelles sont les précautions qui ont été prises pour y éviter les tensions ? Mme Jean, lors de ses deux visites dans notre pays à la fin du mois dernier, a-t-elle fait part d’une stratégie de l’Organisation internationale de la Francophonie (OIF) à cet égard ? De manière générale, la Francophonie compte-t-elle adapter ses programmes aux troubles que traverse l’Afrique centrale ?

Réponse de Rudy Demotte, ministre-président. La juridiction de notre déléguée à Kinshasa s’étend au Congo-Brazzaville. Cela étant, cet État ne faisant pas partie des pays prioritaires retenus par la Fédération Wallonie-Bruxelles, nous n’y finançons aucun projet bilatéral. La fermeture de l’ambassade fédérale de Belgique le 30 avril n’est d’ailleurs pas de nature à encourager la création de liens particuliers.

Lors de la trente et unième session de l’Organisation internationale de la Francophonie qui s’est tenue il y a un mois à Erevan, la conférence ministérielle a endossé les préoccupations exprimées par les différentes délégations sur la situation politique dans plusieurs États subsahariens, particulièrement la République centrafricaine, la Guinée-Bissau et le Burundi. La conférence ministérielle a d’ailleurs maintenu la mise sous observation décidée en juillet dernier pour le Burundi. Pour les pays engagés actuellement ou prochainement dans des processus électoraux, la conférence ministérielle a appelé à ce que les consultations contribuent au renforcement de la démocratie, de l’État de droit et de la stabilité.

Sans évoquer nommément la République du Congo, au-delà de la prise de position pour agir, le cas échéant, l’OIF se conforme à un texte tout à fait adéquat, à savoir la Déclaration de Bamako, qui précise que le Conseil permanent peut se saisir, je cite, « des cas de crises de la démocratie ou de violations graves des droits de l’homme, et prendre les mesures de prévention de l’aggravation ou de règlement de la crise ou des violations ». Enfin, pour répondre à votre dernière question, parmi les mesures que le Conseil permanent peut prendre en application de la Déclaration de Bamako, figure la suspension des programmes de coopération mis en œuvre par l’OIF, à l’exception de ceux qui bénéficient directement aux populations civiles, comme nous le faisons d’ailleurs pour nous-mêmes.

(Photo Newsweek).

0 réponses

Répondre

Se joindre à la discussion ?
Vous êtes libre de contribuer !

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *