Les fins de carrière des enseignants spécialisés

Question orale de Véronique Waroux, députée, à Joëlle Milquet, Ministre de l’Education, sur « Les fins de carrière des enseignants spécialisés »

Véronique Waroux : Madame la Ministre, J’ai récemment été interpellée par le témoignage d’un professeur de l’enseignement spécialisé, de type 1, soit les cas les handicaps psychotiques et moteurs les plus profonds. Bien qu’animé par une véritable passion par son métier – condition primordiale pour exercer ce métier, mais réellement indispensable dans ce secteur là -, il m’a fait part de ses craintes quant à l’exercice de celui-ci jusqu’à l’âge de la pension, vu la difficulté de son travail.

En effet, plus que des passeurs de connaissances, ces professeurs sont des garants de la sécurité : tant celle des autres élèves que celle de leurs collègues et de la leur. Des jeunes souffrant de schizophrénie sont sujets à des accès de violence aussi imprévisibles qu’incontrôlables durant lesquels leur force est décuplée. Coups, strangulations, projections d’objets lourds, voire tentatives de meurtres avec armes blanches, ne sont pas des faits « extraordinaires » dans ce milieu scolaire, qui requiert une attention permanente. En quinze ans de carrière, mon interlocuteur a déjà subi deux pertes de connaissance totale et un accident de travail grave avec choc post-traumatique, suite à ses interventions pour s’interposer entre des élèves.

Dans d’autres types et formes d’enseignement spécialisé, qui pour certains pratiquent l’inclusion, mais aussi dans l’enseignement ordinaire, les défis sont de taille et peuvent devenir plus difficiles à relever au fur et à mesure de la carrière enseignante. Quant aux jeunes diplômés, ils n’ont reçu aucune formation spécifique, à part éventuellement quelques jours de stage, pour délivrer ce type d’enseignement tout à fait à part, raison pour laquelle je disais que la passion était indispensable. Certains s’en vont en courant avant même la fin de la première journée de cours, tant ils se sentent démunis et prennent peur. La mise en place d’un système de tutorat, permettant aux enseignants chevronnés de lever le pied en fin de carrière, tout en encadrant les jeunes dans des tâches spécifiques, est appelée de ses vœux par le secteur.

Madame la Ministre, une telle disposition est-elle envisageable ?  Quelles autres formes d’accompagnement des enseignants dans le spécialisé privilégiez-vous ? Je pense par exemple aux formations continues, à la facilitation des rencontres avec les parents co-éducateurs,… J’ai bien conscience qu’il s’agit d’une demande récurrente émanant aussi du monde de l’enseignement dans son entièreté. Et loin de moi l’idée de considérer l’enseignement « classique » comme un métier facile qui ne mériterait pas d’adaptation spécifique. Ce sont des métiers différents : quand les uns ont pour mission avant tout de préparer de futurs adultes à la vie active, les autres se concentrent plutôt sur une mission de socialisation des personnes souffrant de handicap.

D’avance, Madame la Ministre, je vous remercie pour vos réponses.

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