L’état préoccupant de la nappe du Péruwelzis et l’évaluation de la Transhennuyère

Question écrite à M. Carlo DI ANTONIO, Ministre de l’Environnement, de l’Aménagement du Territoire, de la Mobilité et des Transports, des Aéroports et du Bien-être animal.

En 1993, la SWDE créait, au moyen d’un important financement régional (2,1 milliards d’euros), à Gaurain (commune de Tournai) une conduite de 50 km et la station de la Transhennuyère, qui collecte et traite les eaux d’exhaure des carrières voisines et des eaux de captage du Péruwelzis pour renvoyer des eaux potables vers la Flandre et soulager ainsi la partie ouest de la nappe du calcaire carbonifère, soit la nappe surexploitée de Pecq-Roubaix.


La Transhennuyère consiste notamment en une énorme conduite reliant le bassin de Péruwelz-Seneffe (qui n’avait pas de souci de surexploitation),  au centre de traitement de Gaurain-Ramecroix. Une fois traité dans la station de Gaurain-Fontenoy, le mélange d’eaux d’exhaure et d’eaux du Peruwelzis est convoyé vers les réseaux des différents clients flamands (VMW) et wallons: la SWDE, la régie de Tournai et l’IEG (Mouscron-Comines). À l’époque avait été entamée une fronde juridique menée par le Péruwelzis qui craignait que l’ouvrage, partiellement alimenté par deux nouveaux captages forés à l’aplomb de la nappe de Péruwelz-Seneffe, ne préjudiciât son propre patrimoine hydrique. En effet, la nappe est artésienne au niveau de Péruwelz, les sources et les fontaines de Péruwelz constituent encore une spécificité du lieu et une garantie de stabilité des sols et sous-sol.

21 millions de m3 seraient ainsi traités annuellement par la Transhennuyère.

Les mesures semblent dans un premier temps avoir été efficaces, les volumes captés ayant considérablement diminué.

Les prochaines décennies seront cruciales au niveau de la gestion des eaux souterraines dans le Tournaisis et le Peruwelzis, et ce, en raison de l’ouverture ou de l’approfondissement de nouvelles carrières rejetant des quantités importantes d’eaux d’exhaure et provoquant forcément alors une baisse des niveaux piézométriques.

La prudence et la vigilance s’imposent dans la gestion de ces nappes. La directive-cadre sur l’eau (2000/60/CE) préconise que le bon état quantitatif et qualitatif de nos masses d’eau soit atteint en 2015. Grâce aux mesures déjà entreprises, la nappe de Pecq-Roubaix semble en bonne voie. Toutefois, l’avenir de celle du Peruwelzis apporte quelques inquiétudes. En effet, selon les dernières mesures piézométriques, il semblerait que la nappe aquifère de Pecq-Roubaix (Tournaisis) s’améliorerait, mais que celle du Péruwelzis afficherait « une tendance à la baisse », alors que cette dernière, via une alimentation de la « Transhennuyère », sert à soulager la première.

Monsieur le Ministre peut-il faire le point sur le volume de production atteint par la Transhennuyère ? Que peut-il nous dire de plus précis sur cette évolution ? Quelles mesures serait-il possible de mettre en place afin de répondre à cette problématique ?

Aussi, nos voisins flamands, quant à eux, sont inquiets par rapport à leur eau et craignent même un « water blackout ». Cela est dû à une surexploitation industrielle et à l’asphaltage qui empêche l’eau de pénétrer dans les sols. Cela signifie-t-il que la Flandre va puiser davantage en Wallonie, où elle va déjà chercher une partie importante de son eau ?

Cette problématique m’amène à également interroger Monsieur le Ministre à propos de la société Ecofrost installée dans la zone industrielle de Péruwelz. Peut-il me dire où en est la société dans sa demande d’extension ? Une nouvelle demande de permis unique a été introduite il y a plusieurs années déjà et des infractions sur des captages illégaux de très grande capacité ont été relevées. Du fait de la baisse du niveau de la nappe du Péruwelzis, autorisera-t-on des captages importants pour la production de frites  ?

Monsieur le Ministre peut-il nous faire le point sur ce dossier à l’heure actuelle ?

Réponse du 16/03/2015 de M. Carlo DI ANTONIO, Ministre de l’Environnement, de l’Aménagement du Territoire, de la Mobilité et des Transports, des Aéroports et du Bien-être animal.

Pour rappel, le principe de la Transhennuyère consiste à valoriser une partie de l’eau d’exhaure des carrières de la région de Tournai-Antoing et à diluer cette eau dans une proportion 60/40 avec de l’eau souterraine à partir de 5 puits implantés dans la nappe de Peruwelz-Ath-Seneffe (RWE 013), contiguë à la nappe de Pecq-Roubaix, mais non déficitaire et nettement mieux alimentée par l’infiltration.

La capacité initiale de production d’eau traitée était de 15 Mio m3/an et n’a pas évolué.

Parallèlement, un accord de coopération bilatérale entre les autorités régionales wallonne et flamande visant à réduire les prélèvements sur la nappe de Pecq-Roubaix a été concrétisé le 2 juin 1997. Cette réduction des prélèvements devait être compensée par les fournitures d’eau proportionnelles de la Transhennuyère.

Le volume moyen traité à la station de la Transhennuyère est de 9,3 Mio m3/an et celui prélevé dans les 5 puits de production est de l’ordre de 3,5 à 4 Mio de m3/an, soit environ 10.000 m3/jour.
Ces volumes sont donc inférieurs à ceux prévus lors de la mise en exploitation de la Transhennuyère.

Avec la mise œuvre combinée de l’Accord de coopération et de la Transhennuyère, les volumes captés dans la zone de Pecq-Roubaix (RWE 060) ont diminué de 50 % en 10 ans, passant de 32 Mio m3 à 16,2 Mio m3/an entre 1996 et 2007. L’effort de réduction progressive des prélèvements a dès lors atteint et même dépassé l’objectif, avec comme conséquence directe une phase de stabilisation de la nappe suivie d’une remontée significative du niveau piézométrique, atteignant aujourd’hui plus de 4 m dans la région de Tournai.

On peut donc affirmer que la Transhennuyère porte ses fruits en terme de tendance à la restauration quantitative de la masse d’eau surexploitée, conformément aux exigences de la Directive-cadre Eau.

La restauration quantitative de la RWE 060 est toutefois hypothéquée par le développement de projets carriers (Holcim, CCB) dont les débits d’exhaure prévus risquent, à moyen terme (25-30 ans), d’impacter plus directement encore la nappe de Péruwelz-Ath-Seneffe (RWE 013). Les permis, lorsqu’ils sont octroyés, sont toutefois assortis de conditions d’exploitation et de surveillance strictes, permettant à la Région wallonne, en qualité de gestionnaire des masses d’eau, de pouvoir rétablir l’équilibre entre nappes en s’appuyant notamment sur les modèles mathématiques prédictifs élaborés lors des études hydrogéologiques.

En ce qui concerne l’état quantitatif de la nappe Peruwelz-Ath-Seneffe, il est important de signaler que la masse d’eau souterraine RWE 013 s’étend entre Tournai et Seneffe sur près de 1.000 km2.

Le Péruwelzis proprement dit ne constitue que la partie sud-ouest de la nappe en question.
Dans le cadre des travaux de la Transhennuyère, cinq piézomètres de contrôle ont été réalisés sur le territoire de la commune de Péruwelz. Ce réseau de piézomètres était une réponse aux craintes exprimées par les autorités communales de Péruwelz, de voir les puits de la Transhennuyère venir tarir les nombreuses sources de la commune. Sur base des données piézométriques objectives actualisées (figure 3) et du niveau particulièrement stable du puits P1 de Bon-Secours exploité par la SWDE, on observe que l’équilibre de la nappe dans le Péruwelzis sensu stricto est préservé jusqu’à ce jour.

En ce qui concerne les prélèvements pour alimenter la Région flamande, il n’y a actuellement aucune demande d’augmentation des volumes autorisés prélevés déposée par les sociétés flamandes qui exploitent des sites de prise d’eau en Wallonie dans le calcaire carbonifère (De Watergroep et TMVW). De plus, De Watergroep est tenu de respecter l’accord de 1997 pour ses prélèvements dans le carbonifère tant en Région wallonne qu’en Région flamande.

En ce qui concerne Ecofrost, suite au constat de différentes irrégularités, notamment par rapport aux prises d’eau souterraine existantes, les autorités compétentes ont invité le demandeur à procéder au dépôt de plans modificatifs et à un complément corollaire d’étude d’incidences sur l’environnement en date du 26 septembre 2013.

Cette demande a eu pour effet d’interrompre les délais d’instruction du dossier. Il n’existe pas de délai légal pour fournir lesdits plans modificatifs. Au 02/03/2015, le DPA est en attente de ces plans modificatifs depuis 522 jours. Entretemps, un permis temporaire autorisant ECOFROST SA à procéder à tous les essais nécessaires à l’exploitation ultérieure d’une nouvelle batterie de prises d’eau a été délivré le 4 août 2014 pour une période prenant échéance le 31 décembre 2014. Ce permis est d’ores et déjà obsolète. Depuis, ECOFROST a déposé le 23 février 2015 une nouvelle demande de permis d’environnement temporaire dont l’instruction est actuellement en cours et qui vise à combler l’obsolescence du permis délivré le 4 août 2014, l’objet de la demande étant identique.

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