L’exploitation de la géothermie

Question écrite de Mme Waroux à M. Jean-Luc Crucke, ministre du Budget, des Finances, de l’Energie, du Climat et des Aéroports

Mme Waroux (cdH)

Le projet Interreg « DGE-Rollout », pour Deep Geothermal Energy, vient de démarrer et est financé à
hauteur de 18,7 millions d’euros, afin de diversifier nos sources d’approvisionnement en énergie par
l’exploitation de la chaleur de la terre. Les partenaires officiels belges sont l’Institut flamand pour la
recherche technologique, VITO, et l’Institut royal des sciences naturelles de Belgique. Ils feront des
analyses de sous-sol en Province de Limbourg, mais aussi en Hainaut et Luxembourg, ont-ils annoncé.
Par ailleurs, dans le cadre des fonds FEDER 2014-2020, IDEA avait reçu 17 millions d’euros pour deux
projets de recherche en géothermie profonde. La société Earthsolution, qui était également en charge d’un
projet pilote, serait en cessation d’activité, faute de projet concret.
Enfin, à Mol, la géothermie est soupçonnée d’avoir pu jouer un rôle dans des événements sismiques. Deux
tremblements de terre récents ont été évalués à 1,2 et 1,5 de magnitude sur l’échelle de Richter, dans une
zone géologique réputée « calme ». L’eau injectée, pour y être réchauffée, jouerait un effet lubrifiant,
facilitant les mouvements de failles.
La Région wallonne prend-elle part d’une manière ou d’une autre au projet DGE-Rollout ?
Sinon, pourquoi ?
La Faculté Polytechnique de Mons avance-t-elle concrètement dans ce dossier ?
Sinon, pourquoi ?
Où en est le projet IDEA ? Quels en sont les résultats ?
Le projet Earthsolution est-il totalement abandonné ? Pourquoi ?
La Wallonie a-t-elle d’autres projets en cours pour améliorer la connaissance de notre sous-sol et le potentiel
en géothermie ?
Disposons-nous de données plus précises ?
Cette filière, qui semble propre et renouvelable, doit-elle être mieux valorisée à l’avenir ?
Peut-elle devenir un composant significatif de notre mix énergétique ? À quel horizon ?
Les risques de tremblements de terre sont-ils étudiés et pris en compte ?

M. Jean-Luc Crucke, ministre du Budget, des Finances, de l’Energie, du Climat et des Aéroports

Pour une bonne information, le projet DGE-Rollout n’a pas encore démarré, car une note devrait parvenir
prochainement au Gouvernement wallon, nécessitant une participation de 300 000 euros de la Wallonie. Le
bénéfice pour la Wallonie de supporter ce projet est multiple :
* Donner l’impulsion nécessaire au développement de ce secteur en Wallonie, ainsi que dans les régions
limitrophes. Ce développement s’inscrira dans une approche européenne tout en répondant aux besoins de la
Région ;
* Deux profils de sismique réflexion 2D permettront d’investiguer la structure du sous-sol de la
Wallonie sur cet axe prioritaire à forte demande énergétique ;
* La meilleure connaissance du sous-sol permettra également aux autorités de la Wallonie de mieux
évaluer les futurs projets de géothermie profonde sur son territoire et de mieux évaluer le potentiel de son
sous-sol ;
* La meilleure connaissance du sous-sol diminuera le risque géologique lié au développement de projet
de géothermie profonde et servira de base pour attirer des investisseurs nationaux ou étrangers. Le profilage
des investisseurs permettra également de bien dimensionner la taille des projets en fonction des capacités de
ces investisseurs ;
* Le projet permettra de profiter de l’expérience de partenaires plus avancés dans une approche de
transfert de connaissances.
Le projet Géotherwall de l’IDEA : financé par la Wallonie et le Fond européen de développement régional
(FEDER). C’est le creusement d’un doublet géothermique au cœur de Mons permettant d’alimenter
notamment comme principal client l’hôpital Ambroise Paré. C’est un projet ambitieux de recherche et
développement de la géothermie profonde en Wallonie. Lors de la conférence de presse qui a eu lieu le 12
mars dernier l’IDEA et l’Université de Mons ont expliqué les différentes étapes d’avancement du projet :
– l’ensemble des études préalables qui ont pu pleinement être lancées dès l’obtention fin décembre 2017
de l’arrêté de subsidiation ;
– la réalisation de la campagne d’essais géophysiques de mi-février à fin mars 2019 constitue un des
jalons importants de ces études préalables ;
– la réalisation du creusement des deux puits à environ 2 500 de profondeur, prévue au printemps 2020 ;
– la construction de la centrale géothermique de mi-2021 à mi-2023 ;
– le raccordement au réseau de chaleur du premier client principal, soit l’hôpital Ambroise Paré i-2023.
En effet, plusieurs projets sont en cours pour le développement de la géothermie profonde en Wallonie :
– un avant-projet de décret instaurant un régime de garantie géothermique a été approuvé en 1re lecture
par le Gouvernement wallon le 24 janvier dernier. Ce nouveau dispositif vise à couvrir un risque naturel que
les acteurs privés ne peuvent assurer les projets d’exploration dans le sous-sol profond.
– Étude sur la détermination du potentiel géothermique des anciennes mines désaffectées en Wallonie :
L’objet du projet est de montrer que les mines désaffectées disposent d’un potentiel géothermique suffisant
pour être exploitées. Techniquement, l’eau de nos anciennes mines pourrait être utilisée pour chauffer des
bâtiments (en utilisant les eaux souterraines profondes), mais aussi pour le refroidissement lorsque cela
s’avère nécessaire. Ce projet se fait avec la collaboration et la participation de la DGO3 (direction des mines
et des risques géologiques).
– Avant-projet de décret sous-sol : Le projet de décret sous-sol (lancé par la DGO3) instaure un cadre
clair et précis des activités et installations visant à exploiter les ressources du sous-sol (tous usages
confondus). Il importait d’y traiter également de la géothermie profonde qui n’est actuellement régie par
aucune législation. Il était en outre logique d’envisager les dispositions relatives à la géothermie profonde
dans le droit de l’environnement, dans la mesure où d’une part, l’exploitation ne peut être menée sans le
permis d’environnement requis. L’enjeu de ce décret consiste à déterminer un cadre juridique clair destiné
attirer les investisseurs, réticents à entrer sur le marché en raison du vide juridique actuel. La Wallonie a par
ailleurs pris un certain retard par rapport à certains pays voisins et aussi par rapport à la Région flamande. Il
a été approuvé en 1re lecture par le Gouvernement wallon le 06/12/2018.
Dans le cadre des objectifs fixés dans le cadre du PNEC 2030, il est supposé que la production de chaleur
renouvelable sera de l’ordre de 8 900 GWh en 2020.
Parmi les efforts additionnels à fournir entre 2020 et 2030, la géothermie profonde représente 233 GWh (soit
environ 20 doublets géothermiques) sur un total de chaleur renouvelable de 5 332 GWh (soit 4-5 % de la
production totale additionnelle de renouvelable). Cette contribution n’est pas élevée, mais il s’agit d’une
technologie dont le réel intérêt viendra progressivement, notamment lorsque les coûts et les risques
diminueront, au-delà de 2030.
Pour l’instant, la société Earthsolution n’a pas réussi à réunir les fonds nécessaires pour la réalisation de la
phase 2 du projet qui est le creusement du forage. À l’heure actuelle, le projet n’est pas abandonné, mais en
attente d’un investisseur privé. Il est à noter que le Gouvernement wallon a financé toute la phase relative à
la prospection géophysique et à l’étude géologique pour un budget de 600.000euros. En matière de
production d’électricité à partir de géothermie, le PNEC a inscrit la réalisation d’un projet pilote à
l’horizon 2030. Il est jugé plus opportun, notamment en termes de maitrise du coût de production et de
maitrise du risque, de commencer par l’exploitation de chaleur. La production d’électricité, tel qu’envisagé
par Earthsolution, viendra dans un second temps (ce qui justifie un objectif moins élevé).
Concernant le projet du VITO à Mol, il semblerait que les pratiques de forage, dont principalement l’usage
de haute pression afin de fragmenter la roche, soit en partie responsable des tremblements de terre.
Dans le cadre de l’avant-projet de décret sous-sol en cours d’adoption par le Gouvernement (passage en 2e
lecture au Gouvernement wallon ce 14/03), les risques sismologiques sont parfaitement encadrés en amont
du forage et en aval de toutes les opérations relatives aux essais de production via des engagements pris dans
la demande pour les risques sismologiques : opérer une campagne d’information du public avant le début
des forages ; au minimum 6 mois avant le début du forage, la mise en place d’un réseau de surveillance
sismique en continu durant la phase de chantier, durant la phase des essais puis durant toute la durée de
l’exploitation ; la signature d’une convention entre les porteurs de projets et l’ORB (Observatoire royal de
Belgique) concernant les données sismiques et géodésiques ; l’interdiction de dépasser 100 bars en tête de
puits lors des essais de réinjection ou de circulation ; la diminution des pressions d’injection en fin d’essais
hydrauliques pour rééquilibrer progressivement les contraintes du réservoir en profondeur ; le seuil d’une
magnitude de 1,5 est défini comme étant le seuil à partir duquel une vigilance renforcée est mise en place ;
l’arrêt immédiat de toutes les opérations dès l’apparition d’un événement sismique égal à 2 sur l’échelle de
Richter.

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