L’impact des offensives djihadistes de Boko Haram sur l’enseignement et la culture en Afrique

Question de Mme Véronique Waroux à M. Rudy Demotte, ministre-président, intitulée « Impact des offensives djihadistes de Boko Haram sur l’enseignement et la culture en Afrique »

Mme Véronique Waroux : Monsieur le ministre-président, je souhaite attirer l’attention de cette commission sur le drame intervenu début janvier dans le Nord-Est du Nigeria, sur les rives du lac Tchad. Les villes de Baga et Doron Baga sont tombées entre les mains de l’organisation islamiste Boko Haram, dans l’indifférence quasi générale. Selon Amnesty International, il s’agirait pourtant de l’attaque « la plus grande et la plus destructrice jamais perpétrée par Boko Haram depuis le début de son insurrection en 2009 ».

Il est question de 2000 morts, ainsi que de la destruction de milliers de bâtiments, de nombreuses écoles et de la fuite des habitants. Par ailleurs, au Nigeria, Boko Haram provoque des bouleversements profonds dans les populations dominées par ses techniques d’endoctrinement, son intolé- rance à l’égard des autres musulmans ou des autres religions. L’enseignement et la culture soumis au diktat de cette organisation sont totalement perturbés. Boko Haram prône un islam radical et rigoriste et un enseignement inhérent à ses vues, l’abandon des arts et des sports, avec notamment l’interdiction de chanter et de danser, l’écartement des jeunes filles des processus d’éducation. Les écoles constituent désormais régulièrement au Nigeria des cibles pour Boko Haram, dont le nom signifie en haoussa « l’éducation occidentale est un péché ». Cet obscurantisme vise désormais le Niger, le Tchad et le Cameroun. Il en a été de même avec les extrémistes musulmans au Mali. Les islamistes radicaux y ont saccagé plusieurs mausolées et les principales mosquées de Tombouctou, monuments classés au patrimoine mondial de l’humanité. La Fédération entretient-elle des relations d’une quelconque nature avec ce vaste territoire où, pour rappel, le Niger, le Cameroun, le Tchad et le Mali sont francophones ? Disposons-nous de moyens d’actions diplomatiques et/ou humanitaires afin de venir en aide à ces populations et de soutenir un enseignement d’ouverture et une culture originelle ? Si tel n’est pas le cas, pouvezvous inciter le gouvernement fédéral à prendre des initiatives en ce sens ?

Réponse de M. Rudy Demotte, ministre-président : Je partage le sentiment d’horreur que suscitent les actes barbares commis par le groupe terroriste Boko Haram. Nous sommes au côté des populations qui subissent ces exactions. La Fédération Wallonie-Bruxelles se doit d’agir efficacement dans le cadre de ses moyens. Nous avons défini les pays prioritaires pour nos politiques de coopération bilatérale. Nous ne pouvons être partout tout le temps. Les pays concernés par le fléau que vous évoquez ne font pas partie de ces États prioritaires. Si nous ne disposons pas de moyens d’action diplomatiques et humanitaires pour intervenir directement auprès de ces populations, nous avons néanmoins des outils politiques sur lesquels compter, notamment l’OIF. La nouvelle secrétaire gé- nérale de l’organisation, Mme Michaëlle Jean, a déjà pris position sur les exactions perpétrées dans cette région. Nous la soutenons, nous avons pris position au sommet de Dakar. Nous nous sommes entretenus à cette occasion avec des représentants des présidents des républiques concernées par ces drames. Ces discussions se sont conclues par une résolution condamnant toute forme de terrorisme. Nous avons dit que, sous toutes les formes données à l’OIF, nous lutterions contre le terrorisme et soutiendrions les efforts des pays de la sous-région et au-delà. Cet appel a été entendu puisqu’à l’issue du 24e Sommet de l’Union africaine, qui s’est tenu à Addis-Abeba le 1er février, les chefs d’État et de gouvernement africains ont décidé d’établir une force multinationale mixte chargée de lutter contre le groupe Boko Haram au Nigeria et dans les pays voisins, notamment au Cameroun, au Tchad et au Niger. Nous devons saluer le déploiement par CRIc No66-RI9 (2014-2015) ( 10 ) l’Union africaine d’une force multinationale réunissant le Bénin, le Cameroun, le Nigeria, le Niger et le Tchad, force qui, selon nos estimations, est aujourd’hui de quelque 7 500 hommes. Il est clair que je resterai attentif à l’évolution de cette situation en actionnant tous les leviers possibles.

Réplique de Mme Véronique Waroux : Nos moyens étant limités, je savais que ma question pouvait éventuellement être considérée comme inopportune. Néanmoins, comme vous l’avez dit, sous toutes les formes, il faut agir et sensibiliser. Nous parlons ici essentiellement d’enseignement et d’éducation mais, sur place, il s’agit de viols, de kidnappings, de meurtres, de massacres. Plus nous serons nombreux à être sensibilisés, plus les réactions seront importantes. La force internationale mise en place est un pas important et l’accompagnement sur place doit se poursuivre car le fléau se propage.

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