La lutte contre le gaspillage alimentaire

Question M. Carlo Di Antonio, Ministre de l’Environnement, de l’Aménagement du territoire, de la Mobilité et des Transports et du Bien-être animal, sur « la lutte contre le gaspillage alimentaire ». Monsieur le Ministre, c’est vrai que je devais vous poser cette question il y a environ deux semaines. Je commençais par dire que l’on était content d’être quatrième à l’Eurovision. Cela peut paraître un peu loin, n’empêche que l’on peut regretter d’obtenir la deuxième place dans la liste des mauvais élèves en termes de gaspillage alimentaire.

Ce classement est bien entendu à prendre avec des pincettes, notamment du fait que les chiffres datent de 2010. Les députés européens viennent de se prononcer sur une proposition visant à diviser de moitié ce gaspillage d’ici 2030. Des astuces concrètes ont été avancées pour éviter les pertes alimentaires, comme des incitations économiques ou la favorisation de dons.

Notre pays et singulièrement notre Région n’ont pas attendu le Parlement européen pour mettre en œuvre des actions telles que le Plan de réduction des déchets ou le Programme de lutte contre les pertes et les gaspillages alimentaires, le REGAL.

Nous saluons ces initiatives prises notamment avec M. le Ministre Collin et tenons à rappeler que notre groupe a été à la base de résolutions sur ce sujet essentiel. Des initiatives citoyennes se multiplient également pour avancer des solutions simples et efficaces dans la lutte au quotidien contre le gaspillage.

Comment expliquer ce mauvais classement de la Belgique sur la scène européenne en termes de gaspillage ? Allez-vous vous inspirer des dispositions adoptées par le Parlement européen pour étoffer les mesures de lutte contre le gaspillage au niveau wallon ? Une des solutions avancées par l’Europe consiste à valoriser des denrées inutilisées pour produire des aliments destinés aux animaux.

Quelle est votre position sur cette proposition ? Pouvez-vous faire le point sur la mise en œuvre aujourd’hui du plan REGAL ? Où en sommes-nous dans la trajectoire de réduction d’ici 2025 de 30 % des pertes alimentaires ? Des statistiques et études ont-elles été établies afin d’obtenir la tendance depuis le lancement de ces plans en termes de réduction du gaspillage ? A-ton une idée des quantités gaspillées par ménage au niveau wallon et ce que cela représente en termes de coûts annuels ?

Réponse de M. Carlo Di Antonio, Ministre de l’Environnement, de l’Aménagement du territoire, de la Mobilité et des Transports et du Bien-être animal. Madame la Députée, quand on regarde le classement et son origine, c’est un classement publié récemment, en 2017, qui provient d’une étude réalisée par l’Institut européen des politiques environnementales en 2013. Cette étude utilise des résultats présentés dans un rapport technique de la Commission européenne de 2010.

La source de données utilisée pour le rapport de 2010 au niveau européen, ce sont les chiffres d’Eurostat de 2006. Ce qui vient d’être publié en 2017, c’est donc la situation de 2006. Il s’agit de données compilées et transmises dans le cadre des rapportages obligatoires liés à la directive Déchets pour les secteurs ménages, industries manufacturières et autres.

Pour arriver à produire des statistiques relatives aux pertes et gaspillages alimentaires, de nombreuses hypothèses et scénarios ont été appliqués. Ceux-ci sont fort critiquables quand on les analyse en détail. Peu importe le classement, on sait qu’il y a des choses à faire en matière de gaspillage alimentaire, mais quand on voit apparaitre ce genre de tableau et de classement et que l’on regarde d’où cela vient, c’est hallucinant. De manière générale, les hypothèses qui ont été posées conduisent à surestimer les quantités de déchets assimilés à des pertes ou gaspillage alimentaires.

Ainsi, les résultats modélisés par Eurostat pour le secteur des ménages indiquent des pertes de 40 kilos par habitant au niveau belge, alors que les analyses de la composition des ordures ménagères brutes des ménages wallons indiquent que les pertes sont plutôt de l’ordre de 19,5 kilos par an par habitant.

Il faut faire un même constat pour les pertes alimentaires du secteur HORECA. Eurostat, à l’époque, pointe 90 kilos par habitant alors que l’étude qui vient de se terminer sur le sujet en Wallonie, une étude en 2017, indique plutôt des pertes annuelles de l’ordre de six kilos par habitant. Même si les données doivent encore être validées pour certains secteurs, une toute première estimation des pertes et gaspillages alimentaires en Wallonie pour l’ensemble des maillons de la chaîne fait plutôt état d’une valeur proche de 200 kilos par habitant.

En ce qui concerne les dispositions et les actions à entreprendre pour réduire les pertes et le gaspillage alimentaires en Europe, bon nombre d’entre elles figurent déjà dans le Plan REGAL, dont la mise en œuvre est déjà bien avancée en Wallonie. En effet, l’ensemble des 17 actions programmées dans le plan a été initié et plus de trois quarts d’entre elles ont déjà pu se concrétiser comme :

  • L’organisation de forums de rencontre entre acteurs ;
  • L’organisation des REGAL days ;
  • La réalisation de l’état des lieux du don alimentaire et le développement de la plateforme « bourse aux dons » ;
  • L’estimation et le diagnostic « Quick Win » des pertes et gaspillages alimentaires pour différents maillons de la chaîne de valeur.

Les diverses actions du Plan REGAL se déclinent également à travers des initiatives connexes telles que le subventionnement de 12 projets émanant de services sociaux et de diverses associations ou encore via le lancement d’un projet pilote qui ambitionne de créer une légumerie-conserverie pour transformer les invendus des exploitations agricoles de proximité dans le but d’alimenter les cuisines de collectivités locales.

La valorisation des denrées inutilisées en aliments destinés aux animaux n’est pas neuve et elle est déjà largement appliquée en Wallonie dans le respect des principes de gestion hiérarchiques de l’échelle de Moerman. Les résultats des audits et des enquêtes mentionnés plus haut indiquent par exemple que les trois principales destinations de valorisation des déchets organiques issus du secteur de la transformation alimentaire sont l’alimentation du bétail, la biométhanisation et l’incinération avec récupération d’énergie.

Par ailleurs, environ 50 % des établissements HORECA et 36 % des agriculteurs-transformateurs qui ont été questionnés déclarent qu’ils valorisent leurs déchets organiques alimentaires sous la forme d’alimentation animale. En ce qui concerne le suivi de la trajectoire de réduction de 30 % d’ici 2025, il est encore trop tôt pour se prononcer, car les études qui ont été initiées pour estimer le niveau des pertes et gaspillages alimentaires au temps T zéro sont en voie de finalisation.

Les données les plus récentes concernant les quantités d’aliments gaspillés par les ménages wallons datent de 2009-2010. Elles font état d’un niveau de gaspillage estimé à 19 kilos par habitant par an, ce qui représente une perte financière de l’ordre de 174 euros par ménage par an. Ces informations seront prochainement mises à jour, grâce à l’analyse de la composition des ordures ménagères brutes des ménages qui a débuté au mois de mars 2017.

Réplique de Véronique Waroux. Je resterai sur notre quatrième place de l’Eurovision pour me réjouir. Effectivement, cela valait la peine de relativiser ces chiffres, puisque c’est vrai que cela nous fichait une vilaine claque, quand on sait en plus qu’il y a beaucoup de mesures qui ont effectivement déjà été entreprises.

Le fameux doggy bag devenu Rest-O-Pack enlève au moins les complexes aux clients des restaurants, de sortir avec leurs aliments et bien de s’assurer que ce sont eux-mêmes qui vont les manger. C’est aussi tenter toujours de favoriser l’accès aux magasins de proximité, quand on dit que parfois que cela peut être un peu plus cher, au moins il y a moins de gaspillage, plutôt que d’acheter pour une semaine dans des grands caddys.

Les fameux légumes «moches», mais délicieux, sont aussi largement mis en valeur et il faut toujours travailler cette notion de sensibilisation et de prévention et de savoir que des chiffres, des données seront prochainement mis à jour. C’est vrai que cela semble nécessaire, nécessaire d’associer une masse de déchets gaspillés, mais surtout, comme vous l’avez fait, y associer des euros, de façon à ce que cela touche directement le citoyen, comme on dit, dans son portefeuille.

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