Comme une machine infernale que l’on doit arrêter

Pour vous présenter mes vœux 2017, je vous souhaitais de garder le sourire et de croire dans les belles surprises et les changements positifs à venir. Depuis lors, des surprises, nous en avons eu notre lot en Wallonie, mais de bien mauvaises malheureusement. L’affaire Publifin a explosé en un feu d’artifice de révélations et de dysfonctionnements, plus écœurants les uns que les autres. Avec des noms et surtout des montants qui dépassent l’entendement.

Comme vous, j’en ai été abasourdie. Et, davantage encore que vous, je suis révoltée, car je sais qu’en tant que mandataire politique, j’aurai à subir la suspicion légitime des citoyens qui, aujourd’hui un peu plus qu’hier, pensent « politiques, tous pourris ». Une seule solution : nettoyer les écuries d’Augias. Dire haut et fort que ces comportements sont inacceptables, et, surtout, tout mettre en œuvre pour les faire cesser. Il n’y a qu’à ce prix que nous conserverons le peu de confiance que la population a encore en ses représentants démocratiques.

La Commission d’enquête parlementaire chargée d’examiner la transparence et le fonctionnement du Groupe Publifin s’y attèle activement depuis plusieurs mois au Parlement de Wallonie. Je n’en fais pas partie mais j’espère sincèrement pouvoir compter sur mes collègues pour mettre en placer ces « changements positifs » que je nous souhaitais pour 2017. Le journal L’Echo se fait d’ailleurs… l’écho ce mercredi 26 de premières mesures du Gouvernement wallon pour la bonne gouvernance des intercommunales : l’envoi de délégués de la tutelle dans 19 intercommunales…

Pour autant, j’ai une responsabilité en tant que qu’élue politique de Wallonie picarde, de m’assurer qu’aucune dérive n’est à observer « chez nous », dans « nos » intercommunales. Et, malheureusement encore une fois, je ne puis m’empêcher d’être inquiète en constatant les choix opérés ces dernières années par notre intercommunale de développement économique, Ideta.

En 2016 et donc bien avant l’éclatement de l’affaire Publifin, in tempore non suspecto comme on dit, je m’étais interrogée, à travers des questions parlementaires auprès des Ministres wallons, de certains de ces choix. Sur l’opportunité de l’usage de terres agricoles pour la biométhanisation, comme le prévoit le projet de la filiale d’Ideta « Sibiom » à Leuze ; sur la rentabilité de l’énergie hydrolienne et sur le montage par les intercommunales de filiales privées, dont certaines à l’étranger, avec l’argent public mais sans administrateurs publics, telle que la filiale Shetland Green Electricity (SGE) d’Ideta ou encore sur le développement éolien dans les zonings, l’équité des partenariats et la nécessité de passer par des marchés publics. En janvier 2017, la presse locale reprend mes questions parlementaires dans les suites de l’affaire Publifin. J’approfondis mes recherches sur l’intercommunale visée, et je suis sidérée par la lecture attentive de son Plan Stratégique 2017-2019.

Création de filiales privées pour des investissements à risques, absence de représentation des mandataires publics dans des structures en poupées russes, manque de transparence des documents soumis au vote des mandataires communaux, épuisement des réserves financières… La situation est alarmante et je me permets de réclamer la plus grande transparence de la part de cet acteur public à travers un document.

Tollé général dans un certain sérail politique de Wallonie picarde ! Je suis accusée d’opportunisme, de populisme, quand cela ne vire pas à l’injure jusqu’à me qualifier d’idiote.

Des écrans de fumée, telle qu’une fusion entre Ideta et IEG sont alimentés pour éviter de répondre aux questions de fond. Je vous invite d’ailleurs à relire ma carte blanche à ce propos…

Cependant, à l’heure actuelle, je n’ai toujours pas obtenu de réponses convaincantes à mes différents questionnements, ni formellement, encore moins sur le plateau de No Télé qui avait consacré un débat à la tourmente vécue par les intercommunales. Pire que cela, les réponses fournies ravivent mes craintes d’en arriver à une « normalisation » de situations totalement inacceptables.

J’en veux pour preuve le dernier rebondissement en date, où l’intercommunale perd le contrôle d’une de ses filiales, en l’occurrence « e-NosVents », dont EDF-Luminus détient 60%.  Résultat : contre l’avis de la Région wallonne, contre l’avis de centaines de citoyens, et, surtout, contre l’avis des deux communes concernées – pourtant membres d’Ideta (l’objectif premier d’une intercommunale devrait être, rappelons-le, de servir les intérêts des communes qui la composent) -, « e-NosVents » poursuit son projet d’implantation d’éoliennes à Tourpes. Les dirigeants de l’intercommunale l’affirment eux-mêmes : ils n’y sont pour rien, cette obstination revient au « partenaire privé ». En attendant, de l’argent public servira tout de même à réintroduire le projet. Comme une machine infernale qu’on ne peut plus arrêter. Que l’on doit arrêter !

« Plus on se lance dans des filiales, des filiales de filiales, des filiales de droit privé, plus la capacité de contrôle s’éloigne. » soulignait encore le journaliste Christophe De Caevel dans l’Echo le 20 avril dernier, tout en épinglant la « surprenante » diversification d’Ideta dans de l’énergie écossaise.

J’ai poursuivi mon travail de contrôle sur l’utilisation de l’argent public, avec de nouvelles questions parlementaires :

Ces questions et bien d’autres, je continuerai à les poser tant que les réponses – quand il y en a !– me paraîtront insatisfaisantes ou alarmantes. Pour qu’à l’avenir, personne ne puisse dire « je ne savais pas ».

Au plaisir de vous croiser et d’échanger sur ce sujet, comme sur bien d’autres.

Votre Sénatrice et Députée wallonne,

Véronique Waroux

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