Les massacres en cours sur le territoire de Béni, au Nord Kivu

Question à M. Rudy Demotte, Ministre-Président, sur les « massacres en cours sur le territoire de Béni, dans la province du Nord-Kivu au Congo ». Monsieur le Ministre-Président, l’an dernier, notre Parlement adoptait une résolution en soutien au Docteur Denis Mukwege et à son combat en faveur de la lutte contre les violences sexuelles dans l’est du Congo.

Dans cette résolution, nous demandions, entre autres, à votre gouvernement de demander que les auteurs des violations des droits de l’homme et des violences sexuelles contre les femmes soient dénoncés, identifiés, poursuivis et punis conformément au droit national et au droit pénal international, – inciter le gouvernement de la RDC à prendre les mesures nécessaires pour parvenir à une solution structurelle porteuse de paix durable de sécurité, de stabilité et de respect des droits de l’Homme , et d’inciter le gouvernement de la RDC à prendre les mesures nécessaires pour parvenir à une solution structurelle porteuse de paix durable de sécurité, de stabilité et de respect des droits de l’Homme.

Aujourd’hui, qu’entendons-nous (en tendant bien l’oreille, certes, tant le silence qui entoure ces faits est assourdissant) ? Des massacres sont en cours sur le territoire de Beni et voisins, dans la province du Nord-Kivu, dans l’est du Congo. La société civile et les coordinations territoriales de cette région viennent de lancer un signal de détresse en adressant une lettre ouverte au Président de la RDC.

Nous y trouvons un macabre décompte de morts (1116 personnes entre octobre et mai), de personnes enlevées et portées disparues (1470), de maisons incendiées (1750), de centres de santé  incendiés (13), d’écoles détruites, abandonnées ou occupées (+ de 27), de villages occupés par des groupes armés qui y installent un chef et y perçoivent des taxes, de femmes et d’enfants violés, de plus de 34297 ménages en déplacements forcés, etc. Ces exactions sont commises par les différents groupes armés qui occupent et créent l’instabilité dans la région depuis plusieurs années, avec la connivence ou du moins avec l’inaction de la FARDC. Tout cela sur fond de pillage des ressources naturelles.

Le courrier adresse plusieurs recommandations, notamment à la communauté internationale : de déclarer comme crime de génocide les massacres ciblés des territoires de Beni et de Lubero et des villes de Beni et de Butembo et de diligenter une enquête internationale indépendante en vue d’identifier les auteurs et de les juger ; d’évaluer les actions de la Monusco avec sa Brigade d’Intervention et de rendre public le rapport d’évaluation ; d’exiger du Rwanda et de l’Ouganda de cesser tout soutien aux génocidaires opérant en territoires de Beni.

Monsieur le Ministre, depuis le vote de notre résolution, pouvez-vous nous indiquer quelles ont été les actions entreprises par votre Gouvernement ? Au vu de la situation actuelle, quels sont les moyens d’action de la Fédération Wallonie-Bruxelles pour venir en soutien à ces populations massacrées de ce pays avec lequel nous entretenons des relations privilégiées ? Je vous remercie pour vos éléments de réponse.

Réponse de M. Rudy Demotte, Ministre Président. Je partage, bien entendu, votre inquiétude sur la situation dramatique qui règne dans le Nord Kivu et faut-il le préciser, je condamne avec la plus extrême fermeté les massacres perpétrés dans cette province, particulièrement sur le territoire de Béni ; des massacres qui ont fait plusieurs centaines de victimes civiles au cours des deux dernières années.

Notre écoute permanente de la société civile congolaise nous permet d’être informés et directement sensibilisés à ces questions que nous pouvons donc relayer vers les niveaux européen et de la Francophonie.

Ainsi, comme vous le savez certainement, c’est sous l’impulsion de la Belgique que le Conseil « Affaires étrangères » de l’Union européenne du 23 avril dernier a condamné ces actions de violence extrême.

L’opération « Usalama » (« sécurité » en Swahili), que mènent conjointement la Mission de l’Organisation des Nations Unies pour la stabilisation en République démocratique du Congo (Monusco) et les Forces armées congolaises (FARDC) contre les rebelles ougandais des Forces démocratiques alliées (ADF), est d’ailleurs le résultat de cette pression diplomatique internationale.

Cette opération a récemment permis d’opérer des évacuations de blessés ainsi que la neutralisation de certaines positions tenues par les ADF. Et sur cette base, nous souhaitons tous qu’elle puisse rapidement pacifier cette région.

Dans le contexte de sécurité difficile qu’a connu l’Est de la RDC ces dernières années, WBI a concentré son action sur les provinces de l’Ouest et le Katanga. Cela étant, malgré les apparences, nous assistons à la stabilisation de zones de plus en plus étendues dans les provinces du Kivu, et singulièrement au Sud Kivu. Arrivé à mi-parcours de notre programmation avec la RDC, nous avons donc l’occasion de réinvestir cette zone géographique et, ainsi, de participer à sa reconstruction économique et sociale.

C’est essentiel car les populations des Kivu  et en particulier les femmes et les enfants  figurent sans doute parmi celles qui ont le plus souffert au cours de ces vingt dernières années.

La réflexion sur ce qu’il y a lieu de faire est lancée au sein de WBI et je ne manquerai pas de vous tenir informée de son résultat.

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