Mission au Sénégal : les droits de l’enfant en reviennent gagnants

De retour d’une mission parlementaire au Sénégal, je me réjouis de la signature au cours de ce séjour d’une Résolution visant au renforcement de la protection juridique des enfants. L’adoption d’un Code de l’Enfant en vue d’assurer une meilleure protection des enfants, et l’institution d’un médiateur « Délégué aux droits de l’Enfant » sont deux mesures projetées encourageantes pour enrayer notamment la dérive des enfants de la rue, souvent dénommés « enfants talibés ».

Du 4 au 8 novembre 2015, à Dakar, s’est tenue la deuxième session du Comité Mixte entre le Parlement de la Fédération Wallonie-Bruxelles, emmenée par son Président, Philippe Courard, et l’Assemblée nationale du Sénégal, présidée par Monsieur Moustapha Niasse. La première session avait été organisée à Bruxelles en septembre 2013 sur le thème de l’éducation au développement durable. Cette fois, les discussions ont principalement porté sur le renforcement de la protection juridique des mineurs. Elles se sont conclues par la signature d’une résolution commune : une avancée significative dans le travail de coopération sur cette thématique, à l’œuvre depuis 2001 entre ces deux entités.

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Je suis particulièrement attentive au cas des « enfants talibés », dont le quotidien pénible et incompatible avec le respect des droits élémentaires de l’enfant, a été mis en lumière en Wallonie picarde par le travail de l’asbl tournaisienne « Action Sénégal » depuis plusieurs années, médiatisé par des médias locaux. En arrivant au Sénégal, j’avais en tête les images de ces enfants entassés dans des locaux sans hygiène, forcés à la mendicité, explique la Députée humaniste. Pour rappel, les « enfants talibés » sont des enfants confiés, parfois dès l’âge de 5 ans, par leurs parents à des marabouts dans l’objectif de leur enseigner le Coran et des valeurs associées, dont l’humilité et la débrouillardise. Ces écoles coraniques sont appelées des « daaras ». Ces écoles n’étant pas subsidiées, les marabouts, qui ont tout pouvoir sur ces enfants, ne consacrent que peu de temps à l’enseignement et forcent les enfants à mendier leur repas ainsi qu’une somme d’argent quotidienne, durant une grande partie de la journée. En cas de récolte infructueuse, les enfants sont sévèrement punis, voire battus. De manière générale, ces jeunes vivent dans des conditions sanitaires pitoyables, souffrent de malnutrition et de maladies diverses, faute de soins.

Sur place, mes interrogations n’ont pas été éludées. Lors des discussions, j’ai été agréablement surprise par la liberté de parole sur ce thème sensible. Loin de dissimuler ce phénomène, le Président Niasse l’a exposé ouvertement tout en le reprécisant. La scolarisation en école coranique est un élément culturel du pays, cher à ses habitants, et non-condamnable en soi. Le problème des « enfants talibés » est redéfini en problème des « enfants de la rue », provoqué par certains daaras où la dimension économique prend le pas sur celle culturelle, et où les marabouts se livrent à des comportements indignes de leur mission. La volonté des autorités sénégalaises est d’accompagner les confréries musulmanes, qui manifestent pour la plupart leur volonté d’évolution, vers l’organisation d’un programme scolaire complet : outre l’enseignement du Coran, il comprendrait la formation et la rémunération des marabouts. Le second volet vise à la sensibilisation des parents pauvres, surtout dans les villages ; non-conscients des conditions de vie et de mendicité qui attendent leurs enfants dans les villes. Ces objectifs s’inscrivent dans le cadre plus large du renforcement de la protection juridique de l’enfant, au cœur de cette session.

Au cours des travaux, les deux délégations ont pu prendre connaissance des études réalisées par les experts sénégalais. L’exposé de Monsieur Diakhaté a notamment permis aux députés de s’imprégner de la problématique et d’apprécier le volontarisme dont fait preuve le pouvoir sénégalais. Un nouveau cadre institutionnel, en gestation, prévoit un encadrement renforcé pour les enfants de la rue ainsi que ceux victimes ou coupables d’abus sexuels. Parmi les objectifs, on citera la formation de base et continuée ainsi que la promotion de l’interdisciplinarité entre magistrats, policiers, éducateurs, assistants sociaux. Depuis 2012, ce travail est étendu à de nouveaux partenaires, tels que les avocats ou encore les journalistes.

Considérant la protection des plus faibles comme un devoir impérieux de la communauté, et reconnaissant les situations dramatiques vécues par nombre d’enfants, fragilisés psychologiquement, moralement et/ou physiquement, la session s’est conclue sur l’heureuse signature d’une résolution par les deux Présidents d’assemblées. La résolution, qui sera validée prochainement par les deux assemblées, prévoit entre autres engagements, l’adoption d’un Code de l’Enfant visant à assurer une meilleure protection des enfants, et l’institution d’un médiateur veillant à promouvoir et à protéger les enfants. Il sera l’équivalent de notre « Délégué aux Droits de l’Enfant ». Ces avancées tout à fait significatives pour l’amélioration des conditions de vie de nombre d’enfants sénégalais sont le résultat d’un travail de coopération de longue haleine, mené dans le respect des valeurs et traditions des sociétés respectives de chaque interlocuteur.

Compte-rendu de mon intervention sur No Télé (10/11/2015).
Pour mieux comprendre la réalité des enfants talibé, je vous invite à visionner ce reportage de No Télé (à partir de la 23e minute).

 

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