Nouvel article de presse concernant la Francophonie économique

Question de Mme Véronique Waroux à M. Rudy Demotte, ministre-président, intitulée «Nouvel article de presse consacré à la francophonie économique»

La francophonie économique a déjà fait l’objet de plusieurs débats dans cette commission, notamment depuis la rédaction, à l’attention du Président français, d’un rapport supervisé par Jacques Attali. C’est en marge du XVe sommet de Dakar que s’était réuni le premier forum économique de la francophonie.

Au cours de ces discussions, nous avions eu l’occasion de rappeler que si le partage d’une même langue est un avantage comparatif qu’il est intéressant d’exploiter économiquement, il convient de prendre deux précautions préalables. D’une part, comme le stipule la déclaration de politique communautaire (DPC), nous attendons de cette organisation internationale qu’elle se concentre sur ses missions initiales que sont la langue, la culture et la solidarité. D’une part, elle regroupe des États dont la situation et les intérêts économiques sont tellement différents qu’ils sont peu propices à une intégration au sein d’un marché francophone.

Dernièrement, Philippe Suinen, commissaire général du deuxième festival de la langue française, rédigeait une carte blanche dans L’Écho intitulée «Pour une francophonie économique offensive et ambitieuse . Il évoquait notamment une étude selon laquelle en 2050, le nombre de francophones approcherait les 700 millions d’individus, majoritairement africains. Une évolution démographique dont il faut évidemment tenir compte et qui devrait influencer le rôle et le poids de la francophonie dans les relations internationales. Par ailleurs, l’auteur de l’article développe une analyse plus subjective qui m’interpelle. Selon lui, en l’espace de quatre ans, le sommet serait passé «du stade analytique et incantatoire au stade offensif et concret . Il en veut pour preuve le portail collaboratif www.francophonieinnovation.org.

Cet outil, s’il a le mérite d’exister et s’il s’avère très utile pour certains, est avant tout une plate-forme informative. Quant aux sommets, voilà plusieurs années qu’ils accordent une attention particulière à la question économique et qu’ils donnent lieu à des déclarations sur le sujet. Or tant pour le sommet de Dakar que pour les précédents, rien n’indique qu’elles seront traduites en actes, contrairement à ce que laisse entendre l’article qui mentionne le rôle essentiel de l’entreprise privée, l’importance de la capacité et de l’esprit d’entreprise des jeunes et des femmes et la nécessité de renforcer l’offre de formation professionnelle adaptée à l’emploi.

Quel est votre avis sur la question Partagezvous le constat exposé dans cet article? Si vraiment nous avons dépassé le stade incantatoire, disposons-nous d’éléments concrets et objectifs susceptibles d’en témoigner, tels que des moyens dégagés, des programmes mis en place, des résultats ou des créations d’entreprises? Hormis le renforcement des capacités découlant de la formation, croyez-vous réellement que les sommets et l’Organisation internationale de la francophonie (OIF) soient le cadre institutionnel approprié pour favoriser l’émergence d’une dimension économique francophone ?

M. Rudy Demotte, ministre-président : Les dernières statistiques officielles de l’OIF sur la mise en œuvre de sa programmation d’actions de développement montrent que pas moins de 86 % des mesures de cette programmation s’inscrivent dans le cadre de la politique de promotion de la langue française. Il n’est donc pas exagéré de dire que, quel que soit le projet mis en œuvre par l’organisation, celui-ci comprend immanquablement une dimension de valorisation de la langue.

Ce constat nous conforte donc dans la certitude que les missions originelles de la francophonie demeurent au cœur de son action. L’ambition gé- nérique de promotion du français n’est cependant pas incompatible avec celle de relever les défis multiples qui s’imposent aujourd’hui aux membres de la francophonie. Ce qui explique probablement en partie la volonté d’adhésion exprimée au fil du temps par de nombreux États moins directement et moins profondément marqués par la langue française.

Parmi ces défis figure en bonne place le dé- veloppement économique. Ce défi, universel certes, se pose avec une acuité particulière au sein de la francophonie dont un tiers des membres sont classés parmi les pays les moins avancés, les PMA. C’est ce défi et ce constat qui ont amené les chefs d’État et de gouvernement à saisir l’opportunité du sommet de Kinshasa en 2012 pour affirmer leur détermination à lutter ensemble pour le développement économique de tous et pour charger l’organisation de définir une stratégie économique praticable misant sur ses atouts et tenant compte de ses ressources. La commission économique a ainsi été dotée d’un mandat fort conféré dans le cadre institutionnel le plus élevé de nos instances. Sur cette base, elle a mené des consultations et des réflexions pendant près de CRIc No 120-RI16 (2014-2015) ( 4 ) deux ans pour aboutir à un texte raisonné et raisonnable que les chefs d’État et de gouvernement ont adopté à Dakar en novembre dernier sous le nom «Stratégie économique de la francophonie».

Je n’ai pas à vous préciser que la Fédération Wallonie-Bruxelles est solidaire de cette ambition. Nous n’avions d’ailleurs pas attendu l’adoption de cette stratégie pour lancer des projets concrets allant dans ce sens, tels ceux que vous évoquez: le Réseau francophone de l’innovation (FINNOV) et le deuxième Forum mondial de la langue française (FMLF). Plus encore, depuis le sommet de Kinshasa, nous sommes devenus, avec le soutien de la Wallonie, le premier bailleur de fonds en termes absolus du programme de promotion de l’entreprenariat jeune mis en œuvre depuis vingtcinq ans par la conférence des ministres de la Jeunesse et des Sports de la francophonie. Très concrètement, outre une formation au métier d’entreprenariat, le programme dont je viens de parler offre aux jeunes peu ou non scolarisés un appui financier pour le lancement de leur microentreprise.

Pour l’édition 2014 du programme, son comité de sélection, présidé depuis 2013 par la Fédération Wallonie-Bruxelles, a retenu 176 projets présentés quasi à parts égales par des jeunes promoteurs et des jeunes promotrices et qui ont permis de créer 831 emplois dans 21 pays d’Afrique pour une aide financière ne dépassant pas 4 000 euros par projet. Cet exemple d’appui aux jeunes micro-entrepreneurs africains, dont j’ai inauguré le premier salon lors du sommet de Dakar, est pour moi la meilleure réponse à votre interrogation. Assurément, la francophonie peut également contribuer à l’épanouissement économique des peuples qui la composent.

Réplique de Véronique Waroux : Monsieur le ministre-président, je vous remercie pour ces réponses extrêmement complètes. Je suis rassurée d’apprendre que 86 % des mesures concernent la promotion de la langue française.

0 réponses

Répondre

Se joindre à la discussion ?
Vous êtes libre de contribuer !

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *