Pont des Trous: le Ministre Collin n’est pas sourd à l’inquiétude des citoyens

Ce lundi 25 février, en Commission du Parlement de Wallonie, la Députée Véronique Waroux a interrogé le Ministre Collin sur l’avenir du Pont des Trous, suites aux derniers développements du dossier. Elle a notamment rappelé l’attachement patrimonial autour de cet édifice, comme en ont encore témoigné les débats lors du Conseil communal de Tournai du 28 janvier, les mobilisations citoyennes, le soutien de Stéphane Bern, et la pétition en ligne qui atteint près de 19500 signatures à ce jour. 
La Députée a également souligné l’attention de l’UNESCO sur ce dossier, dans la périphérie du Beffroi, à l’ordre du jour du Comité du Patrimoine en juin. Elle s’est inquiétée du risque de déclassement et du suivi de cette procédure par l’administration wallonne. 

Concernant le classement, le Ministre Collin se veut rassurant: « Je rappelle que le pont ne se situe pas dans la zone tampon de la cathédrale. Je rappelle aussi que les critères qui ont justifié le classement du beffroi mettent en évidence une architecture urbaine particulière associée à l’émergence, dès le Moyen-Âge, de l’indépendance des villes vis-à-vis des pouvoirs féodal et religieux. Cette valeur n’est pas impactée par la modification de l’aspect du Pont des trous.« 

Tout en soulignant le respect de la procédure de concertation suivie dans ce dossier, le Ministre a assuré prêter une oreille attentive aux demandes des citoyens : « Ceci dit, je ne suis pas sourd. J’entends l’inquiétude grandissante de nombreux citoyens. Je mesure aussi l’attachement de la population locale à ce qui est souvent présenté comme un symbole. Sans perdre de vue les impératifs issus de la programmation européenne RTET, je reste et je continue à rester attentif à ce dossier.« 

La Députée de Wallonie picarde espère que cette « attention ministérielle » pourra encore influer positivement sur le devenir de cet édifice du patrimoine tournaisien. Elle a d’ailleurs rappelé que la reconstruction du Pont des Trous en 1947 et la rehausse des tours étaient également remarquables, par la cohérence et la technicité du travail architectural et d’ingénierie de l’époque. Un souci de préservation que les Tournaisiens aimeraient voir reproduit aujourd’hui en reconsidérant le projet de reconstruction. Véronique Waroux a rappelé l’importance de prévoir une liaison entre les deux rives, élémentaire pour assurer la mobilité.

 

L’intégralité de l’échange:

Question orale de Mme Waroux à M. Collin, Ministre de l’Agriculture, de la Nature, de la Forêt, de la Ruralité, du Tourisme, du Patrimoine et délégué à la Grande Région, sur « la destruction du pont des Trous à Tournai »

Commission du Patrimoine du Parlement wallon – 25/02/2019

Mme Waroux (cdH). – Monsieur le Ministre, le débat sur l’avenir du pont des Trous à Tournai a repris vigueur le lundi 28 janvier. Le sujet est revenu sur la table du Conseil communal de Tournai, lors du vote sur les modifications de la voirie communale et du plan d’alignement. Les débats ont révélé que le sujet reste extrêmement sensible pour les Tournaisiens, comme je le dis depuis plusieurs années ici. La présence dans la salle de la vice-présidente belge et représentante d’ICOMOS international, instance qui a l’oreille de l’UNESCO, prouve que le dossier est suivi de près.

Des manifestations de gilets jaunes ont attiré un intérêt vif des médias français ainsi que le soutien de Stéphane Bern à une pétition intitulée « Sauver le pont des Trous, c’est sauver le Patrimoine mondial de Tournai », qui a récolté 18 000 signatures en moins d’un mois. Elle est notamment adressée au Gouvernement wallon, avec la demande suivante : geler immédiatement les travaux envisagés sur les quais et sur le pont des Trous.

En décembre dernier, vous m’indiquiez avoir répondu au courrier du Centre du patrimoine mondial de l’UNESCO concernant le Pont des trous et être en attente d’une réaction de leur part.

La télévision locale No Télé a eu un contact direct avec l’UNESCO, selon lequel une phase d’information est actuellement ouverte sur l’impact de la destruction du pont, dans la périphérie du beffroi. Le dossier sera traité par le Comité du patrimoine en juin.

En octobre, vous m’indiquiez qu’aucune décision n’avait encore été prise pour le maintien ou le retrait du classement patrimonial du pont, retrait préconisé par la Commission royale des Monuments.

Dès lors, Monsieur le Ministre, envisagez-vous de donner suite à la demande de moratoire de l’UNESCO et des pétitionnaires ?

Avez-vous reçu une réponse de l’UNESCO ? Si oui, que contient-elle ?

Avez-vous de nouvelles précisions sur le risque de déclassement du beffroi et de la cathédrale ?

Vos services prennent-ils cette menace au sérieux ?

Une décision a-t-elle été prise pour le classement ?

Pouvez-vous rappeler le coût du projet tel que projeté, en distinguant les volets « abords » et « nouvelles arches », et le calendrier ?

Ce qui se passe, c’est aussi la nouvelle écriture du Pont des trous qui, effectivement, pose problème aux Tournaisiens puisqu’ils ne sont pas du tout convaincus de la nouvelle architecture. Je viens d’avoir une information disant que l’on est actuellement à 19 286 signatures pour arrêter les travaux, ce qui serait problématique au point de vue des voies hydrauliques, mais qui montre la sensibilité extrême sur la question. Je vous avais dit que des gens pourraient s’attacher au pont. On a l’impression que tout cela risque de se concrétiser.

M. Collin, Ministre de l’Agriculture, de la Nature, de la Forêt, de la Ruralité, du Tourisme, du Patrimoine et délégué à la Grande Région. – Madame la Députée, il convient de rappeler avant toute autre considération que le certificat de patrimoine est le document préalable et indispensable à tout dépôt de demande de permis d’urbanisme pour des travaux sur un bien classé comme monument.

Dans le cas du Pont des trous, deux certificats de patrimoine ont été délivrés. Le résultat du premier certificat a fait l’objet d’une consultation populaire à l’initiative de la Ville de Tournai et a eu pour conséquence la mise sur pied des ateliers citoyens. Ceux-ci ont débouché sur une proposition qui a fait l’objet d’un second certificat de patrimoine.

Le Code du patrimoine précise que le comité d’accompagnement du certificat de patrimoine délibère sur le mode du consensus. L’administration du patrimoine n’intervient plus lorsque le permis est délivré qu’au stade du chantier afin de s’assurer de la bonne mise en œuvre notamment technique du projet.

À ce stade, je n’ai pas eu de retour de l’UNESCO concernant la réponse formulée et, comme vous le précisez, ce point sera abordé par les instances compétentes du Centre du patrimoine mondial en juin prochain.

Je rappelle aussi, pour rassurer, que le pont ne se situe pas dans la zone tampon de la cathédrale. Je rappelle aussi que les critères qui ont justifié le classement du beffroi mettent en évidence une architecture urbaine particulière associée à l’émergence, dès le Moyen-Âge, de l’indépendance des villes vis-à-vis des pouvoirs féodal et religieux. Cette valeur n’est pas impactée par la modification de l’aspect du Pont des trous.

Tout au long de la constitution de ce dossier, un processus participatif a été mis en place par le biais d’ateliers citoyens et d’un comité de pilotage.

Le choix final sur l’esquisse et la nouvelle configuration du Pont des trous s’est fait en 2016 en conclusion de ce processus participatif.

Ceci dit, je ne suis pas sourd. J’entends l’inquiétude grandissante de nombreux citoyens. Je mesure aussi l’attachement de la population locale à ce qui est souvent présenté comme un symbole. Sans perdre de vue les impératifs issus de la programmation européenne RTET, je reste et je continue à rester attentif à ce dossier.

Par contre, concernant les budgets et concernant le calendrier, ce projet fait partie du projet global Seine-Escaut cofinancé par l’Europe, par le biais de la programmation RTET 2014-2020. Les travaux doivent être terminés pour fin 2020 et c’est évidemment mon collègue le ministre des Travaux publics et des voies hydrauliques qui serait en mesure de vous communiquer à la fois les détails du budget et les détails du calendrier.

Mme Waroux (cdH). – Merci, Monsieur le Ministre, pour ces informations et surtout le fait d’entendre que vous ne soyez pas sourd, mais je n’en doutais pas.

Effectivement, le Tournaisien se réveille assez tardivement dans cette procédure. En fait, des informations que j’ai pu recueillir, c’est que le classement patrimonial du Pont des trous était notamment aussi lié à sa reconstruction en 1947 puisqu’il avait été bombardé, à la rehausse des tours. Elles-mêmes ont été touchées, mais le travail très cohérent, architectural et d’ingénierie pour maintenir, pour préserver cet emblème essentiel de la ville, avait justement sensibilisé au classement. Or ici, on n’est pas du tout dans la même configuration.

Vous rappelez le processus participatif. Effectivement, et des citoyens, des Tournaisiens, que je rencontre, ont participé à cela et maintenant, effectivement, revoient leur opinion. On se retrouve avec – je le redis – ce fameux plan de trois arches que je considère inutiles puisqu’elles n’assurent pas la liaison entre les rives. Ce qui est quand même une chose fondamentale en matière de mobilité, une raison première de créer une liaison entre ces deux ponts.

De plus, l’architecture pose question par rapport à l’harmonie des autres éléments. Enfin, son entretien pourrait poser problème sachant que l’on se retrouve ici avec des arches qui sont, quelque part, inutiles et qui pourraient coûter un certain prix, mais ce prix, j’irai le redemander à votre collègue, M. le Ministre Di Antonio.

Je vous remercie pour vos réponses.

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