Pont des Trous : le ministre Prévot suivra l’avis des Tournaisiens

Ce mardi matin, deux jours après la consultation populaire organisée à Tournai autour des esquisses d’élargissement du Pont des Trous, j’ai interrogé le ministre Maxime Prévot (cdH) en commission de l’Aménagement du Territoire du Parlement de Wallonie. Ma question, centrée sur le suivi de l’avis massif exprimé par les Tournaisiens en faveur d’une version pierre, était également nourrie par les déclarations aussi tonitruantes que versatiles du bourgmestre empêché, Rudy Demotte, au sortir de la consultation ; propos réitérés ce lundi soir au Conseil communal et réclamant désormais (un peu tard) un concours international d’architectes. Le Ministre Prévot est très clair dans ses propos : comme il s’y était engagé, il suivra l’avis des Tournaisiens et réintroduira la procédure en version « pierre », mais doute très sérieusement de la faisabilité et de l’opportunité de réaliser un concours international à ce stade. Vu sa perte de confiance envers l’interlocuteur local que représente le Collège tournaisien, il privilégiera une amélioration de l’esquisse existante, afin de répondre au souhait de la population sans mettre en péril la réalisation de ce projet fluvial important, et des crédits qui y sont liés.

Vu l’emballement des propos au niveau local, inquiète, j’interrogeais le Ministre sur le suivi de la procédure depuis la consultation de dimanche. Comme il l’avait annoncé, le Ministre a entendu, et écoutera la voix des citoyens tournaisiens : « J’ai bien entendu, même si je n’en ai pas encore été officiellement avisé, que hier soir le Conseil communal, donc une structure qui est plus souveraine encore que le Collège, demande à la Région que l’on modifie le projet pour tenir compte de la pierre, en suite des résultats de la consultation populaire. Aucun problème, comme je m’y suis engagé, je vais dès lors donner instruction à ce que l’on retire de la démarche du permis le seul volet relatif au Pont des Trous, pour que l’on puisse alors recommencer le processus pour obtenir une alternative en pierre. Je m’y étais engagé, je le ferai. Le signal qui a été envoyé par les Tournaisiens sera entendu et respecté. »

Cependant, cela devra se faire dans le respect de délais qui, déjà, sont serrés. « Rien que le fait de redonner instruction maintenant pour la structure en pierre va nécessiter un processus de nouveau certificat de patrimoine qui prend en général au minimum un an. Il est impératif que le permis soit obtenu au grand plus tard sur le Pont des Trous en 2017, sans quoi on ne serait pas en capacité avant 2020 de pouvoir boucler l’ensemble. Et si nous n’avions réalisé qu’une partie des différentes phases, on peut craindre – sans être certain évidemment de la chose -, que l’Europe nous reproche alors de ne pas avoir pu concrétiser le projet pour lequel elle avait accepté le co-financement, et qu’il puisse alors y avoir une remise en cause partielle de ces mêmes subventions octroyées. »

La pierre : oui. Le concours d’architecture : probablement pas

D’où mes craintes – partagées de manière tout à fait légitime par les conseillers communaux cdH hier soir au moment de voter – quant à l’opportunité et la faisabilité d’organiser maintenant un concours international d’architecture pour « exalter la pierre » (sic), comme l’exige désormais Rudy Demotte. La réponse du ministre à ce propos confirme mes doutes, et dissimule mal son agacement face aux volte-face du Collège communal tournaisien, bourgmestre empêché en tête. « Je rappelle que la résille avait fait l’objet d’un accord unanime de tous les interlocuteurs (…).  J’entends disposer demain d’interlocuteurs locaux qui ne soient plus versatiles et qui ne changent pas d’avis au gré des opportunités, sans quoi ce sera compliqué de pouvoir mettre en œuvre ce dossier, qui est pourtant d’une importance majeure, au-delà de Tournai, pour toute la Wallonie picarde, sur le plan socio-économique. J’entends maintenant plaider pour un concours international d’architecture. Jose espérer qu’on ne veut pas faire du Calatrava avec le Pont des Trous, nonobstant la qualité intrinsèque de l’architecte ! Mais soyons clair : je n’entends pas gérer mes compétences en fonction des tweets des uns ou des autres. Et, en la circonstance, j’ai des réserves sur l’opportunité de lancer pareil concours international. Pourquoi ? Parce qu’en vertu de ce même principe de confiance ébranlée, si demain on fait un concours il va y avoir- je ne sais pas moi-, 5 ou 6 versions différentes toutes avec de la pierre, comment va-t-on trancher ? Est-ce qu’on va refaire une consultation populaire ? Est-ce qu’à un moment donné, si le Collège tranche pour une option, est-ce que je peux être sûr qu’il va la maintenir jusqu’au bout ? » Il veillera dès lors « personnellement à avoir un contact avec le Collège, pour m’assurer qu’il y aura maintenant une clarté et une adhésion totale sur le fait que le projet qui émergera de ce processus d’amélioration sera bien celui sur lequel le Collège validera la mise en œuvre pour ne pas recommencer le processus d’ici quelques mois.« 

Ensuite, s’agissant de la remise en cause du phasage des travaux -Rudy Demotte souhaitant également revoir l’ordre de ceux-ci-, le ministre a été on ne peut plus clair : « Je n’y toucherai plus ! Le phasage, puisqu’il y a quatre phases, a été concerté lors d’une réunion que j’ai tenue avec Monsieur Demotte et c’est avec lui que j’ai convenu de ces phases. Je ne vais dès lors pas les remodifier maintenant, sans quoi ça va causer un préjudice beaucoup trop large et beaucoup trop important à la bonne mise en œuvre du dossier et avec ses chances de succès. Et autant je n’ai pas de problème à suivre l’avis des Tournaisiens sur le Pont des Trous, autant je ne peux pas prendre le risque d’hypothéquer la mise en œuvre des autres phases au regard de l’intérêt général qui est aussi celui de la mise à gabarit de cette voie navigable si stratégique pour le déploiement socio-économique de la Wallonie. »

Maxime Prévot s’est finalement dit « bien conscient » qu’il y a à Tournai une volonté d’améliorer l’épure architecturale proposée dimanche au vote des citoyens. « On travaillera à un réajustement du trait architectural, mais je n’ai pas la conviction que cela nécessite pour autant un concours international« . Il se dit d’ailleurs prêt à travailler en collaboration avec les experts-architectes choisis par la Ville. Une position que je rejoins entièrement. Si un concours architectural en amorce du dossier aurait pu être bénéfique pour repenser l’ensemble de la traversée de Tournai, il est malheureusement trop tard pour cela vu le calendrier européen. Nous ne pouvons que regretter un réveil si tardif du Collège, associé à toutes les réflexions en amont, contrairement à la population. Par contre, reprendre en mains l’esquisse d’élargissement de type gothique, telle que présentée déjà en 2013, me semble une option plus que défendable, tant sur le plan architectural qu’opérationnel…

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