Réfugiés à la caserne : ne « Tournai » pas le dos à la solidarité

Chère Madame, cher Monsieur, de Tournai, et des environs,

Je vous ai entendus, notamment via les médias et les conversations quotidiennes, donner vos avis sur l’arrivée de réfugiés à Tournai. J’ai entendu des élans de solidarité. Des craintes aussi. Et beaucoup, trop je pense, de réactions de rejet.

J’ai entendu que c’était « inadmissible – les loger, les nourrir, leur donner des sous – ces gens-là vont passer en priorité pour tout par rapport à des Tournaisiens – on va priver les gens de la région pour des étrangers – je n’admets pas : on va payer pour tous ces gens, qu’ils retournent chez eux, il y a tant de malheureux ici – ces gens-là, on va leur donner un appart’, tout ce qu’il faut, un boulot, c’est abusé – … ». J’ai eu mal en entendant cela. Certes, un représentant politique doit relayer ses citoyens. Mais là, moi, je cale, tant cette opinion, majoritaire ?, est à l’opposé de mes valeurs et de celles de beaucoup d’autres.

A Péruwelz, on a aussi agi pour éviter les réfugiés il y a quelques années. J’en garde une profonde et sincère honte. Des élus de parti « spécialisés dans le social » ont parfois bien des difficultés à mettre en œuvre les véritables actions de solidarité et de protection DE TOUS.
Pour rappel, un réfugié est une « personne qui a quitté son pays ou a fui une région pour des raisons politiques, religieuses, raciales ou pour échapper à une catastrophe ». Les réfugiés climatiques en sont, alors que nos pays occidentaux sont directement responsables des perturbations climatiques. Le réfugié n’est-il pas tout simplement un homme, une femme, un enfant qui CHERCHE REFUGE ?

Nous avons tant de chance de vivre en Belgique, même si les difficultés sont croissantes et que nous devons bien sûr continuer à aspirer et à défendre à des améliorations. Pour autant, faut-il opposer précarisés locaux et réfugiés ? Nous devons agir sur plusieurs lignes. Nous pouvons le faire. Mais surtout, surtout, apprenons à les connaître. Cela nous enrichira sur tant de plans : humains, économiques, culturels. Car « ces gens-là » ont un nom, ils s’appellent Gertrude, Liliane, Fathi, Halil, Janice, Nahom, …, ils viennent d’une ville, d’un village, ils ont rencontré d’immenses difficultés, ils ont une formation, un métier, bref, une vie, une histoire, aussi digne d’intérêt que la nôtre.

Savons-nous que 80% de réfugiés de par le monde sont accueillis par des pays pauvres ? Que plus d’un tiers de la population vivant actuellement au Liban est composée de réfugiés syriens ? Que représentent 700 personnes dans une ville telle que Tournai face à de tels chiffres ?

L’initiative de Fred Wilbaux (à contacter via ce mail : tournairefuge@gmail.com, ou sur la page Facebook de Tournai Refuge) m’a beaucoup touchée et j’espère qu’il sera suivi avec ampleur. Quel bel exemple de dignité, de respect d’autrui que de proposer le soutien moral à un étranger qui a dû fuir. Peut-on imaginer que « ces gens-là » ont quitté leur maison, leur terre d’origine, leur famille, leurs amis pour « profiter » tout simplement de « notre pain » ??? Alors que pour eux, les choix se limitent à la valise ou au cercueil.

Apprenons à les connaître et leur intégration ou leur passage provisoire en seront facilités. Ne rêvent-ils pas prioritairement de pouvoir rentrer chez eux, en paix ? Puisque, si je ne m’abuse, les réfugiés « tournaisiens » sont politiques et climatiques, et pas économiques.

Je ne suis pas naïve et la ghettoïsation est strictement à proscrire. Mais le rejet, le refus ne feront qu’accroître les crises qu’endurent ces réfugiés déjà tant éprouvés. Pensons à l’Italie et la Grèce qui doivent gérer des afflux terribles … notre part reste bien modeste. Mais devra être gérée avec la plus grande efficacité et humanité. Dans le climat mondial actuel, choisirons-nous d’ouvrir les bras ou de « Tournai » le dos ?

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