La réponse du Gouvernement suite aux attentats commis le 22 mars

Interpellation de Mme Véronique Waroux à M. Rudy Demotte, Ministre-Président, intitulée « Réponse du gouvernement aux attentats commis le 22 mars». Vendredi prochain, cela fera déjà un mois que des actes odieux de terrorisme ont été perpétrés à Bruxelles, des attentats qui ont aveuglément tué des personnes et brisé la vie de leurs proches, des crimes haineux dont l’objectif ultime est d’ébranler nos modes de vie basés sur des valeurs humanistes, de démocratie et de liberté. Loin de succomber à ces menaces, la vie à peu à peu repris son cours depuis lors. L’heure est à présent aux premiers bilans.

Je pense que l’analyse peut se faire selon deux angles : d’une part, celui des réactions immédiates prises par le gouvernement face à ces événements tragiques et, d’autre part, celui de l’approche sur le long terme face au phénomène du radicalisme. Nous avons déjà eu l’occasion d’aborder à plusieurs reprises cette question lors de débats en séance plénière, notamment par le biais d’une résolution. Cette approche, vous l’avez appelée le RAR, pour Réseau antiradicalisation.

Je vous avais d’ailleurs interrogée sur les modalités de mise en œuvre de son objectif de renforcement transversal de la cohésion sociale. Bien qu’il soit difficile de quantifier les répercussions positives de ce travail et sa portée après un an à peine, j’aurais souhaité savoir si le RAR allait encore évoluer à la suite du drame du 22 mars.

J’ai appris que la ministre de la Jeunesse avait proposé onze nouvelles mesures préventives à l’intention des jeunes. Comment vont-elles s’articuler avec le reste ? Après que la menace a été portée au niveau 4, il serait important d’analyser l’action du gouvernement, en comparaison avec la réaction de la France après les attentats de Paris en novembre dernier.

Monsieur le ministre-président, comment avez-vous été associé aux décisions prises par le Conseil national de sécurité? En quoi les mesures dont vos collègues nous ont fait part lors de la dernière séance plénière ont-elles été garantes de l’efficacité tout en évitant le lockdown de la dernière fois?

Réponse de M. Rudy Demotte, Ministre-Président. Comme les attentats de ce mardi 22 mars l’ont évidemment confirmé de manière douloureuse, il est plus que jamais capital de garantir à la fois la sécurité des citoyens, les libertés, les droits de chacun, mais aussi – c’est une des fonctions de notre entité – la cohésion sociale et le vivre ensemble. Je le répète à chacune des occasions qui m’est donnée, la Fédération Wallonie-Bruxelles a ce rôle mobilisateur d’un nombre impressionnant d’acteurs de l’enseignement obligatoire et supérieur, de l’enseignement de promotion sociale, de la jeunesse, de l’aide à la jeunesse, du sport, de la culture, de l’associatif, de l’égalité des chances, des médias, des maisons de justice, de la fonction publique, et j’en passe.

Sa mission est d’apporter des réponses durables aux causes de fond de la radicalisation et de contribuer à sa prévention. Notre gouvernement a pris ses responsabilités en adoptant un plan d’action sous la forme d’une stratégie préventive qui a pour cible le radicalisme, à travers des actions nombreuses destinées à renforcer la cohésion de la société. Ce plan a connu une évolution importante en janvier, avec la création de deux centres opérationnels sous la responsabilité de ce réseau antiradicalisation, le RAR.

Premièrement, le Centre d’aide et de prise en charge des personnes a pour mission d’aider à la prise en charge des personnes que l’on détecte comme étant en voie de radicalisation violente, pour faciliter leur désengagement. Il s’agit donc bien d’un accompagnement personnel et individualisé. Deuxièmement, le Centre d’appui au service de la Fédération Wallonie-Bruxelles, qui agit comme un service commun de support aux autres services du ministère, s’assure de la coordination des ressources à mobiliser dans les administrations diverses, pour répondre d’abord aux besoins qui sont observés sur le terrain.

Ce centre va développer une capacité de recherche et d’expertise, constituer un centre de documentation, mener des recherches, porter à l’ordre du jour des analyses et des études sur le phénomène du radicalisme dans ses dérives violentes, avec la collaboration de pas moins de vingt personnes qui seront engagées dans le courant de l’année 2016 pour mener à bien ces missions. Les premiers recrutements doivent d’ailleurs s’opérer dans les toutes prochaines semaines après le lancement des appels à candidatures, sur la base des propositions des jurys mis en place aujourd’hui.

Sans attendre ces installations, le RAR mène déjà quelques actions: le financement d’animations dans les écoles autour de questions liées au terrorisme ; le renforcement d’échanges d’informations avec la Wallonie, la Région de Bruxelles-Capitale, la Communauté germanophone; l’établissement de cahiers des charges pour la formation des acteurs de première ligne, en étroite collaboration avec la Région wallonne et la Région bruxelloise. Je me plais à souligner la qualité de cette collaboration avec la Wallonie et Bruxelles, qui est essentielle dans le domaine de la lutte contre le radicalisme.

Du côté du fédéral, comme après les événements de novembre, j’ai été invité à participer aux réunions du Conseil national de sécurité après les attentats du 22 mars. Cela a permis au gouvernement de notre Fédération d’adopter en urgence un certain nombre de mesures de sécurité au sein des établissements scolaires. Au-delà, je reste toujours dans l’attente d’une véritable dynamique de collaboration ouverte aux entités.

Dans ce cadre, je n’ai pas encore pu obtenir de précisions autres que celles annoncées par le ministre Reynders dans la presse, notamment quant aux décisions liées à la culture. Je le cite: «En ce qui concerne les secteurs en difficulté après les attentats et les problèmes de sécurité, il y a par exemple l’hôtellerie, le domaine culturel, les théâtres, les musées, les salles de spectacles, singulièrement à Bruxelles. Au-delà, il y a également le secteur du transport. L’idée est d’intervenir sans que cela grève considérablement le budget, à l’instar de ce qui avait été entrepris à la suite de la crise bancaire, de voir la situation au niveau du chômage économique, d’envisager de nouveaux reports de charges.»

Dans l’attente de connaître les modalités pratiques de soutien au secteur culturel, il revient aussi à la Fédération Wallonie-Bruxelles de renforcer ses politiques de prévention, notamment dans le domaine culturel. Cela passe par exemple par le renforcement des moyens accordés au projet «Culture-école». Un montant de 150 000 euros avait été réservé en 2015 par le gouvernement, appuyé par la ministre Joëlle Milquet. En 2016, ce projet recevra 200 000 euros supplémentaires. Cela concerne aussi directement les compétences Jeunesse pour lutter contre la tentation d’adhérer à des idéologies nihilistes, à des théories du complot, voire à de véritables discours de haine propagés par certains médias, certains réseaux sociaux ou certains prédicateurs, autant de voies qui peuvent mener des personnes à se radicaliser ou à envisager une action violente.

La ministre en charge des questions de compétence professionnelle, Mme Simonis, a fait en sorte d’établir un dialogue de confiance avec tous les jeunes ainsi que de renforcer leur aptitude à contrer certaines formes de propagande et de désinformation. L’éducation aux médias, la législation antidiscrimination, l’aptitude à la communication interculturelle et la liberté d’expression sont quatre axes incontournables en cette matière. Le travail se fera en étroite collaboration avec les instruments du RAR dont je parlais tout à l’heure. S’y ajoute bien sûr, nous ne pouvons l’oublier, la mise en place du cours de citoyenneté ou encore la dynamique enclenchée par le ministre Marcourt pour soutenir le développement d’un islam de Belgique.

Notre responsabilité, celle de responsable, d’intellectuel, d’artiste, de citoyen, c’est d’apporter des réponses multiples dans les champs d’activité divers qui permettent de diffuser un nouveau récit sur la richesse de la diversité pour faire face à un simplisme qui est d’ailleurs porté par les valeurs du terrorisme, celui de l’exclusion de l’autre et de sa négation. Nous devons en tout être intransigeants sur la question de nos principes et de nos valeurs communes.

Il faut aussi garder à l’esprit la complexité du phénomène – ce n’est pas un phénomène que l’on combat avec des formules faciles – et dépasser largement la mise en place d’une stratégie qui serait seulement basée sur des considérations sécuritaires. C’est bien pour cela que l’on embrasse toutes ces matières en adoptant une technique, simple, mais éprouvée, qui consiste, pas après pas, à conduire chacun de nos organes, chacune des compétences dans lesquelles nous avons des institutions, à répondre à ce besoin préventif majeur du vivre ensemble dans de bonnes conditions ici et maintenant.

Réplique de Véronique Waroux. Je vous remercie, Monsieur le Ministre-Président, pour votre réponse dans laquelle vous avez bien développé tous les investissements et cette approche transversale essentielle. Vous êtes le mieux placé pour pouvoir coordonner l’ensemble des mesures et vous assurer de cette transversalité. Nous percevons votre implication profonde pour cette question fondamentale qu’est la mise en place des deux centres opérationnels du RAR et de l’animation dans les écoles. Je note avec satisfaction que vous soulignez la très bonne collaboration entre la Wallonie et Bruxelles, mais aussi avec la France qui connait des problèmes identiques.

Je vous ai entendu parler du problème avec le fédéral à propos de la recherche de la collaboration dynamique entre les entités. Vous restez dans l’expectative et nous resterons attentifs à ce problème. Ajouter 200 000 euros en 2016 pour des projets culture-école nous semble également constituer un geste fort afin d’endiguer le problème de propagande. Lorsque nous entendons les discours simplistes de certains jeunes empreints d’agressivité vers le monde extérieur, nous nous rendons compte qu’il est temps d’agir. Nous nous réjouissons de cette approche qui va au-delà du sécuritaire pour se tourner vers le préventif.

Réplique de M. Rudy Demotte, Ministre-Président. Je voudrais préciser que la question de la dérive radicale violente fait l’objet d’une très belle analyse. Je voudrais insister sur le concept des jeunes dans le cadre de la radicalisation. Il n’y a pas que ce groupe, de nombreux groupes contingents existent. Dans les travaux du sociologue américain Moghaddam, nous pouvons observer la création d’une pyramide par laquelle on caractérise le processus de radicalisation.

Cette analyse est intéressante au regard de nos compétences préventives. En effet, la base de cette pyramide est constituée des unhappy people, les personnes qui ne trouvent pas dans le quotidien ou dans leurs perspectives une expression minimale de bonheur. Dans un deuxième étage de cette pyramide, ces gens vont rencontrer de nombreux processus de frustration. C’est dans cette partie centrale et plus étroite de cette pyramide que le phénomène de basculement vers la violence va s’opérer.

Nous retrouvons donc plusieurs champs d’intervention à différents niveaux qui mériteront, grâce à ce prisme analytique, de nous repencher sur nos compétences pour en avoir une lecture en termes d’efficience et d’appréhension nuancée d’un phénomène qui, je le répète, n’est pas un phénomène compliqué. Ce qui est compliqué est démontable: on peut en voir les mécanismes. Nous sommes ici devant un problème de complexité, ce qui sous-tend une démarche systémique beaucoup plus difficile à mettre en place.

Réplique de Véronique Waroux. Monsieur le Ministre, il faut en effet pouvoir décomposer chaque problème technique, mettre le doigt sur les éléments importants et y apporter ainsi une réponse: c’est le fondement d’une réflexion préalable à de bonnes actions.

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