Rêveries en tête de Pont… des Trous

Passion et tensions

Le Pont des Trous remet son sort entre les mains des Tournaisiens, et prend un peu de hauteur en laissant aller ses réflexions au fil de l’Escaut. En tant que spectatrice extérieure, m’inquiétant du sort réservé à l’édifice depuis l’an dernier (notamment via plusieurs questions parlementaires), je peux aisément imaginer leurs natures.

Ayant assisté à des débats politiques houleux ou des débats techniques constructifs, j’ai aussi et surtout ressenti la vive émotion qui habite nombre de citoyens. Sans vouloir faire montre d’aucune ingérence, je n’en ai pas moins une opinion, et un espoir. Que ceux qui ont le pouvoir de s’exprimer ce dimanche et lors de l’enquête publique le fassent.

Un Pont plein de Trous ? Gothique ou Gaudique ?

Souvent taxé de conservateur sous ses dehors surannés, le Pont des Trous s’est un temps rêvé plus moderne, avec cette proposition de remplir ces arches de… trous. Remplacer la lourde masse de pierres par un jeu aérien de tubes, un volume translucide. Pour autant, quelles mauvaises surprises réserve cette « cure d’amaigrissement » accélérée ? L’ingénieur concepteur indique que les « tubes » devront être nettoyés annuellement… Si les pouvoirs publics n’ont pas les moyens d’un petit contournement, en auront-ils davantage pour ce relifting annuel avec alpinistes ?

Et en quoi consiste exactement cette résille ? Quel aspect aura-elle ? Personne n’a eu l’idée d’en réclamer un « échantillon » grandeur nature avant d’accepter le concept… Etonnant.

Pour en avoir le cœur net, quel meilleur moyen que de demander l’avis d’un « spécialiste » du moderne ? Ainsi donc, les apaisements étaient attendus par la voix de Rudy Ricciotti, architecte internationalement reconnu pour ses réalisations en architecture contemporaine (dont le MUCEM à Marseille – le terme résille vient justement de ses réalisations en béton – bien éloignées de ce qui est proposé à Tournai).

Un petit groupe de réflexion sur l’architecture contemporaine a eu l’idée de lui montrer les esquisses, certain de son approbation. Et là, c’est la douche froide ! Ricciotti bondit de sa chaise face à l’image du Pont des Trous, s’esclaffe devant les propositions d’esquisses et s’exclame : « c’est un devoir moral que de préserver cet édifice ! Débrouillez-vous, mais trouvez une solution urbanistique pour sauver cet ouvrage ! ». Lui, le spécialiste du contemporain… Une claque qui réveille !

Et pourtant, les propositions incongrues se poursuivent. Dernière nouveauté en date ? Une nouvelle géométrie, dont personne n’avait eu connaissance avant. « A la Gaudi » paraît-il… L’édifice, qui a traversé les âges, ne se souvient pourtant pas d’avoir rencontré ce personnage à Tournai ou dans la région, et commence à craindre l’influence de ce migrant sur la préservation de son identité locale.

Le Pont mérite bien une opinion

Ces réflexions ne sont que celles d’une observatrice qui n’a pas voix au chapitre local. Qui espère simplement que ceux qui peuvent s’exprimer le feront, pour une fois qu’on leur demande leur avis. Tournaisiens et Tournaisiennes, disserter à l’envie pour refaire le pont sur un coin de table ne suffira pas à faire entendre votre attachement au patrimoine. Certes, la question de ce dimanche est réductrice, mais elle a au moins le mérite d’être posée.

En plus d’y répondre, il sera nécessaire de multiplier d’autres démarches pour donner son avis, ses attentes, ses critiques et ses propositions. Participer en masse à l’enquête publique en sera une. Mais, ce dimanche, l’instant est crucial pour l’envoi du signal. Après, il sera vraiment trop tard.

Pour ou contre, le Pont mérite bien l’expression d’une opinion. Par le vote massif de ce dimanche et par une réponse à l’enquête publique.

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