Les risques liés aux nanoparticules dans l’alimentation

Question à M. Carlo DI ANTONIO, Ministre de l’Environnement, de l’Aménagement du Territoire, de la Mobilité et des Transports et du Bien-être animal, sur les risques de présence de nanoparticules dans l’alimentation et les initiatives d’information et de prévention en matière de santé. Depuis bientôt plus de dix ans, les nanoparticules manufacturées ont envahi, sans un bruit, tous les champs de nos vies professionnelle et quotidienne. Rien qu’entre 2002 et 2006, l’Europe avait investi 1,3 milliards d’euros en recherche et développement dans les nanosciences.

Aujourd’hui, les nanotechnologies (et donc les nanoparticules artificielles) ont – volontairement ou non – pris leur place dans nombre de process de fabrication et se retrouvent dans une quantité indescriptible de produits finis, qu’ils soient électroniques, de revêtements, textiles, articles de sports, applications pharmaceutiques, applications agroalimentaires, aéronautiques, automobiles, chimie, construction, cosmétique, optique…

Mais ce n’est pas tout : les nanoparticules artificielles sont présentes dans l’alimentation –et pas uniquement dans les emballages, mais bien dans les produits comestibles, logés par exemple dans les additifs E171, E172, E551, E552 ou encore E171, sensés améliorer les caractéristiques de conservation, de goût ou d’apparence des aliments.

Pas plus loin que sur le portail web Environnement Santé Wallonie, ces nanoparticules sont identifiées comme des “risques émergents pour la santé”, sans plus d’information, cependant. Certaines associations de protection de la santé ont pointé clairement du doigt, dans des études scientifiques sérieuses, la présence de nanoparticules dans des aliments courants, et la possibilité d’accumulation toxique, voire cancérigène, de ces particules dans certains organes humains.

Qui dit risque, dit prévention et information des consommateurs. Et dans le cas des nanoparticules, ni l’Europe, ni l’AFSCA, ni le SPF Santé publique ne semblent avoir encore pu prendre de dispositions en matière d’étiquetage mentionnant la présence de nanoparticules, ou d’information du public.

L’administration a-t-elle été sensibilisée à ces risques émergents ? Quelles mesures d’information et de prévention peuvent être prises à l’échelle de Monsieur le Ministre face à cette problématique ? Le principe de précaution ne serait-il pas légitimement nécessaire face à ces nouveaux exemples “d’apprenti sorcier” de l’industrie ? Des contacts sont-ils noués avec l’AFASCA et le SPF Santé publique pour adopter une politique coordonnée et lisible pour le grand public ?

Réponse de M. Carlo DI ANTONIO, Ministre de l’Environnement, de l’Aménagement du Territoire, de la Mobilité et des Transports et du Bien-être animal. 

À l’heure actuelle, nous ne pouvons prévoir quelles seront les applications à long terme des nanotechnologies à la production alimentaire. Certaines utilisations sont en effet prometteuses. Ainsi, lorsque les nanoparticules sont utilisées comme « auxiliaires de production », ces particules permettent par exemple de filtrer les micro-organismes pathogènes.

En revanche, dans d’autres cas, les nanoparticules sont ajoutées aux denrées alimentaires au cours des processus de transformation. Différents types de nanoparticules peuvent alors être utilisés, que ce soit sous la forme de particules inertes ou de nanocapsules à diffusion « programmée ».

Dans ces cas, il faut naturellement rester très attentif et chercher à connaître les effets néfastes potentiels de ces nanoparticules sur la santé. Peu de données sont pour l’instant disponibles sur l’exposition et les effets nocifs des nanoparticules, ainsi que sur leur absorption. Ce manque d’information trouve son origine dans l’absence de tests toxicologiques spécifiques et validés qui permettent d’aborder la question.

À mon sens, le principe de précaution en matière de santé doit être scrupuleusement respecté. Dès lors que les risques liés à la présence de nanoparticules dans l’alimentation relèvent de la sécurité de la chaine alimentaire qui reste une compétence fédérale, je veillerai à sensibiliser l’État fédéral sur cette question.

L’Organisation de coopération et de développement économique a défini que les approches permettant l’évaluation des risques associées aux substances chimiques classiques doivent être adaptées pour permettre de tenir compte des spécificités des nanomatériaux. Afin de compléter ces directives aux exigences relatives aux nanoparticules, l’OCDE a lancé un programme spécifique auquel participe la Région wallonne.

Du reste, la Direction de l’État environnemental du Département de l’étude du milieu naturel et agricole a commandé, il y a quelques semaines, à l’Université de Namur la rédaction d’un dossier scientifique sur les impacts potentiels et/ou avérés des nanoparticules sur l’environnement en Wallonie. Le rapport délivré aborde la situation des nanoparticules dans l’environnement en établissant un constat critique et prospectif de la situation en Wallonie, et encourage le développement d’une base de données globale des nanomatériaux manipulés en Belgique.

Ce rapport plaide naturellement pour accroitre les connaissances relatives à l’usage des nanoparticules. Il propose, entre autres, de généraliser des modélisations permettant de prédire le devenir de ces particules dans l’environnement. Cette démarche de modélisation prédictive pourrait, à mon sens, également être développée dans le cadre des nanoparticules associées aux produits alimentaires.

0 réponses

Répondre

Se joindre à la discussion ?
Vous êtes libre de contribuer !

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *