Soutien à la scolarisation des jeunes Burundais

Question de Mme Véronique Waroux à M. Rudy Demotte, ministre-président, intitulée « Soutien à la scolarisation des jeunes Burundais »

Mme Véronique Waroux : Selon l’analyse de la plate-forme Afrique centrale CNCD- 11.11.11, le Burundi a une population très jeune : 46 pour cent de la population ont moins de 15 ans, ce qui représente un défi d’éducation et de formation important pour le pays. Dans sa vision pour 2025, le gouvernement burundais se fixe l’objectif d’atteindre la scolarisation universelle et de réduire l’analphabétisme à 20 pour cent de sa population.

Cet objectif semble raisonnable au vu des mesures prises par le gouvernement depuis 2005 pour la gratuité de l’école primaire, d’une part, et l’appui des partenaires au développement, d’autre part. Des avancées signifi- catives sont observées en ce qui concerne l’égalité des sexes, notamment l’accès à l’éducation. L’objectif devrait être atteint en 2015 pour les niveaux du primaire et du secondaire. De vives inquiétudes apparaissent néanmoins quant à la qualité de l’enseignement dispensé dans les écoles primaires depuis la mise en place de la gratuité. Avec des classes fréquentées en moyenne par septante élèves, il est difficile de donner cours de façon optimale. Il n’est dès lors pas étonnant de voir des enfants terminer le cycle primaire sans maîtriser les bases de l’écriture, de la lecture et du calcul. La formation et le statut de l’enseignant posent également problème. Son travail est peu valorisé et il est faiblement rémunéré. Le personnel formé quitte l’enseignement pour le secteur privé et les enseignants restants n’ont pas la formation requise pour enseigner. Tous ces éléments expliquent le taux élevé de redoublement ou d’abandon en cours de cycle primaire. Monsieur le ministre président, la Fédération Wallonie-Bruxelles soutient-elle le projet scolaire burundais ? Si oui, par quels moyens ? Dressezvous le même constat que celui du CNCD- 11.11.11 ?

Réponse de M. Rudy Demotte, ministre-président : Madame la députée, je vous remercie pour cette question. L’éducation est un des secteurs prioritaires de notre coopération bilatérale avec le Burundi, via WBI et l’Association pour la promotion de l’éducation et de la formation à l’étranger (Apefe). Cela se traduit notamment par notre action multilaté- rale et je reste particulièrement attentif à l’accessibilité et à la qualité. Comme vous le soulignez et en écho au constat du CNCD-11.11.11, en dépit des efforts considérables fournis par l’État burundais, le système d’éducation reste confronté à de grandes difficultés. Dans son dernier rapport mondial de suivi de l’éducation pour tous, l’Unesco mettait en évidence un lien entre la modicité des moyens publics et le déficit de compétence mais aussi de motivation des enseignants du Sud, notamment en Afrique subsaharienne. Cette réalité ne doit toutefois pas passer inaperçue ou laisser penser que les pouvoirs publics se désintéresseraient de ce secteur vital pour leur développement. Au contraire. Comme le montre également le rapport, la plupart de ces États – dont le Burundi – consacrent une part substantielle de leurs dépenses à l’éducation. Mais ils font face à un défi démographique immense : une population de plus en plus jeune, donc un nombre d’enfants et de jeunes scolarisables qui enfle d’année en année. Dans ces conditions, rien que l’enseignement primaire mobiliserait au moins la totalité de l’aide au développement consentie à ce pays. Une telle concentration est d’ailleurs difficilement concevable, compte tenu des autres défis qui se posent à ces États. J’en viens à l’appui apporté par la Wallonie et par Bruxelles. Plusieurs projets de coopération bilatérale directe et indirecte à destination du corps enseignant sont mis en œuvre. Plus largement, WBI examine actuellement les recommandations des états généraux de l’éducation qui viennent de se tenir, en décembre dernier, et auxquels nous avons été associés. Nous en tirons des enseignements pour la programmation 2016-2018 de notre coopération bilatérale directe. Parallèlement, notre soutien doit s’inscrire également dans le cadre de l’Organisation internationale de la Francophonie (OIF), organisation dont nous sommes un des membres les plus actifs en matière de promotion de l’éducation de base. Au-delà de sa contribution statutaire, ventilée par l’OIF à sa discrétion, la Fédé- ration Wallonie-Bruxelles affecte directement certaines de ses contributions volontaires à des actions ciblées sur l’éducation de base. Nous avons ainsi décidé d’appuyer substantiellement, dès son lancement par l’OIF en 2009, l’initiative de formation à distance des maîtres, l’Ifadem. Ce dispositif hybride de formation continue conjugue formation à distance et en présence, ressources audio et écrites, tutorat de proximité et initiation à l’internet, ce qui permet de renforcer les compétences des instituteurs déjà en poste sans les retirer de leur place. Si la Fédération WallonieBruxelles s’est d’emblée impliquée dans ce dispositif, c’est aussi parce que, dans sa phase expérimentale qui concernait le Bénin, le Burundi et Haïti – trois de nos partenaires prioritaires –, nous avons pu tirer un certain nombre d’enseignements. Nous avons également assuré le financement des deux tiers de la phase expérimentale du Burundi. Une première évaluation révèle notamment une large adhésion des bénéficiaires : plus de 85 pour cent des 627 enseignants burundais ins- CRIc No56-RI8 (2014-2015) ( 10 ) crits dans cette initiative affirment ainsi avoir renforcé leurs compétences logiques et linguistiques. Fort du succès rencontré au Burundi, l’Ifafem a fait école : la République démocratique du Congo a également souhaité expérimenter ce dispositif. Nous avons naturellement répondu à son appel, cette fois par le biais de l’Apefe. Ce sont ainsi quelque 1 727 enseignants congolais du Katanga qui ont bénéficié de ce dispositif, dont nous avons assuré 70 pour cent du budget total.

Réplique de Mme Véronique Waroux : Je vous remercie, monsieur le ministre, pour votre réponse si détaillée. Les moyens ne peuvent couvrir l’ensemble des besoins. Notre intervention est néanmoins efficace. Nous espérons que cette initiative sera poursuivie. Je me réjouis d’entendre que les enseignants reconnaissent l’utilité des interventions. Le nombre d’enfants à éduquer est impressionnant. Certaines classes comptent jusqu’à 70 élèves. Le défi à relever est important.

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