Le taux d’abandon des élèves en cours de musique

Question à Mme Joëlle MILQUET, Vice-présidente et Ministre de l’Education, de la Culture et de l’Enfance , sur le « pourcentage d’abandon par des élèves de cours de musique avant la fin du cursus ».  L’article 12 du décret organisant l’enseignement secondaire artistique à horaire réduit subventionné par la Communauté française précise le nombre minimum de périodes de cours hebdomadaires à suivre. En musique, par exemple, les filières « formation » et « qualification » contraignent l’élève à participer à deux périodes.

Il paraît logique pour un apprenant de suivre un cours de formation musicale d’une part et de le mettre en pratique en jouant d’un instrument d’autre part. Là où les avis divergent, c’est lorsque ces cinq années de formation musicale obligatoires sont terminées. Pour les étudiants qui ont débuté leur cursus à l’âge minimum, ils arrivent à l’adolescence. Cette période charnière est celle de l’entrée dans l’enseignement secondaire qui les contraint parfois à faire des choix entre plusieurs activités qu’ils pouvaient mener de front avant 12 ans.

Dans ces conditions, il arrive que des élèves choisissent de renoncer à la musique car ils n’envisagent pas de s’inscrire à un second cours pour comptabiliser 2 périodes hebdomadaires ou de poursuivre en « transition », filière qui exige la présence globale à 5 périodes hebdomadaires.

Pourtant, j’ai déjà recueilli le témoignage de certains d’entre eux qui auraient souhaité approfondir encore la pratique de l’instrument pour lequel ils vouaient une passion mais qui ne l’ont pas fait car ils se voyaient dans l’impossibilité de pratiquer un autre instrument ou de s’inscrire dans une autre discipline pour laquelle ils n’avaient aucun intérêt.

Madame la Ministre, vos services ont-ils déjà reçu de tels témoignages ? A-t-on une idée du pourcentage d’abandons par âge ? Quelles sont les raisons pour lesquelles un élève renonce à poursuivre son cursus avant de l’avoir achevé ? L’effet « pervers » de cette disposition décrétale n’est-il pas l’afflux d’étudiants vers des cours privés dont on ne peut finalement pas mesurer la qualité ? Des contributions de la part de professeurs, de directeurs ou d’autres experts ont-elles été envoyées à la coupole « culture-école » en vue de répondre à cette problématique ?

Réponse de Mme Marie-Martine SCHYNS, Ministre de l’Education et des bâtiments scolaires. L’enseignement secondaire artistique à horaire réduit subventionné par la Communauté française, régi par le décret du 2 juin 1998, précise en effet le nombre de périodes hebdomadaires minimum pour qu’un élève soit considéré comme régulier et donc subventionnable.

Dans le domaine de la musique, tant en filière de formation qu’en filière de qualification, ce minimum est de 2 périodes. En pratique, ce nombre peut être plus élevé si l’élève est inscrit dans une spécialité de la formation instrumentale, à raison d’une période : il doit dans ce cas suivre simultanément les cours de formation musicale à raison de 2 périodes hebdomadaires, ce qui porte son cursus à 3 périodes. Lorsque les cinq années obligatoires de formation musicale sont terminées, l’élève, alors généralement âgé de 12 ans, doit toujours suivre 2 périodes hebdomadaires minimum.

Cela se traduit habituellement par une période à l’instrument et une période dans un cours complémentaire : ensemble instrumental, histoire de la musique, ou musique de chambre par exemple. Si cette obligation peut paraitre moins commode à combiner avec l’enseignement secondaire, il n’y a cependant aucune raison objective pour alléger le cursus de l’élève âgé de 12 ans et plus. L’objectif n’est pas, en effet, de brader la qualité des études musicales en allégeant le cursus de l’élève pour lui permettre d’avoir davantage d’activités en dehors de l’ESAHR. Celui-ci est un secteur d’enseignement à part entière, avec ses exigences. C’est au jeune de faire un choix entre les diverses activités d’études, de sports ou de loisirs, en fonction de ses centres d’intérêt et du temps qu’il est prêt à consacrer.

En fait, ce qui semble poser davantage problème est tantôt le manque d’intérêt pour un cours complémentaire, tantôt l’inconfort d’un double passage hebdomadaire à l’académie. Il est en effet rarement possible de combiner deux périodes successives pour deux cours différents. Cela étant, l’administration a rarement reçu de véritables plaintes ou remarques remettant en cause l’organisation des études dans l’ESAHR. Elles se limitent au grand maximum à 2 ou 3 interventions par an, émanant généralement de parents d’élèves. Davantage qu’une remise en cause de la structure des études, il s’agit surtout pour ces personnes d’obtenir un complément d’information, ou une confirmation de l’information reçue par la direction de l’établissement, sur la réglementation des études et les obligations subséquentes des élèves.

Concernant les abandons, l’administration ne dispose pas de chiffres précis relativement au pourcentage d’abandons par âge.

Pour l’année scolaire 2013-2014, la répartition par tranches d’âges donnait les chiffres suivants en musique :

  • De 5 à 11 ans : 30 567 inscriptions ;
  • De 12 à 17 ans : 13 727 inscriptions ;
  • 18 ans et plus : 12 772 inscriptions.

On constate que le nombre d’inscriptions pour la tranche 12 à 17 ans ne représente que 45 % du nombre d’inscriptions pour les enfants de 5 à 11 ans. On peut donc postuler qu’un nombre important d’enfants ne continuent pas leurs études après 11 ans. Mais ces tranches d’âges sont elles-mêmes trop larges pour affiner l’analyse. Aucune étude n’existe pour comprendre les raisons qui expliqueraient pourquoi les élèves n’achèvent pas leurs études dans l’ESAHR.

Du reste, faute de statistiques en la matière, le nombre d’élèves ayant achevé avec succès leur cursus n’est pas connu. L’afflux supposé des élèves vers des cours privés, qui correspondraient mieux à leurs aspirations, mais dont il est impossible d’évaluer le niveau de qualité, n’est pas non plus une donnée objectivable.

En ce qui concerne l’ESAHR, domaine de la musique, les chiffres reproduits ci-dessus font état d’un total de plus de 57 000 inscriptions pour l’année scolaire 2013-14, chiffre également à peu près stable pour les années antérieures. Le succès des études musicales dans l’ESAHR ne se dément donc pas, et le nombre d’inscriptions pourrait sans doute être encore supérieur si l’ESAHR n’était pas contraint de s’organiser dans une enveloppe fermée de périodes de cours qui n’a que très peu été augmentée depuis la mise en application du décret du 2 juin 1998. Il est donc possible que les élèves qui se tournent vers les cours privés le fassent faute aussi de place dans l’ESAHR.

Une autre raison pourrait être la structure plus souple de ces cours privés. Finalement, l’on doit se demander si ceux-ci, qui ne poursuivent pas nécessairement les finalités de l’ESAHR, ne constitueraient pas plutôt un complément en matière d’offre musicale davantage qu’un concurrent affirmé de l’ESAHR.

Vous évoquez également la coupole « Culture – Ecole » à laquelle participent des représentants de cet enseignement. Ces constats et interrogations n’y sont pas spécifiquement abordés, la réflexion portant davantage sur les synergies à renforcer entre l’enseignement obligatoire et le secteur des académies. Je vous remercie pour votre question.

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