Un plan pour le gaz naturel comprimé en Wallonie

QUESTION ORALE DE MME WAROUX A M. DI ANTONIO, MINISTRE DE L’ENVIRONNEMENT, DE L’AMÉNAGEMENT DU TERRITOIRE, DE LA MOBILITÉ ET DES TRANSPORTS, DES AÉROPORTS ET DU BIEN-ETRE ANIMAL, SUR « UN PLAN POUR LE GAZ NATUREL COMPRIMÉ EN WALLONIE »

Question de Madame Véronique Waroux:

Monsieur le Ministre, un des enjeux majeurs pour faire face au changement climatique est le développement d’alternatives aux combustibles fossiles classiques, toujours trop polluants. Une de ces alternatives, qui constitue cependant toujours une énergie fossile, bien que moins polluante, ayant des avantages économiques, d’une part, environnementaux, d’autre part – diminution de la production de CO2, des émissions de particules et des composés soufrés et azotés dans l’air – est la solution du gaz naturel comprimé. En Belgique, à peine 1 700 véhicules roulent au gaz naturel, cela étant dû notamment au surcoût à l’achat et au nombre restreint de stations-services qui permettent de faire le plein au gaz. Aussi, nous apprenions récemment dans la presse qu’un plan pour favoriser les véhicules à ce gaz naturel allait être présenté au Gouvernement wallon, ce dont je me réjouis. L’objectif serait de soutenir 30 stations-services au gaz naturel compressé. Ce plan permettra-t-il, et dans quelle mesure, de participer à la diminution des oxydes d’azote pour atteindre l’objectif européen fixé à 46 000 tonnes par an pour la Wallonie ? Où en sommes-nous actuellement dans cet objectif ? Des projets sont-ils en cours ou ont-ils été commandés pour de nouvelles installations de stations services de ce genre ? Comment les inciter à investir dans ce type d’installation ? Comment atteindre cet objectif de 30 stations à court terme ? À la réponse d’un de mes collègues il y a quelques mois à ce sujet, vous évoquiez le fait qu’un avant-projet de modification de la liste des établissements classés pour les stations-services était en cours d’élaboration, tout comme un projet de conditions sectorielles relatives à la distribution de ce type de carburant. Où en est-on dans ces textes ? Avez-vous pu en prendre connaissance ? Aussi, Monsieur le Ministre, le groupe de travail réunissant l’administration, la SOFICO et la CWaPE est-il maintenant en place ? Quelles sont ses avancées ? La DPR tend à favoriser l’usage des véhicules électriques ou au gaz naturel dans des secteurs particuliers comme les transports publics et l’administration. De quelle manière inciter l’administration et les communes à se procurer ce type de véhicule ?

Réponse de M. Di Antonio, Ministre de l’Environnement, de l’Aménagement du territoire, de la Mobilité et des Transports, des Aéroports et du Bien-être animal:

Madame et Monsieur les députés, en Belgique, seules 700 voitures sur 7 millions fonctionnaient au gaz naturel en décembre 2013. Nous sommes passés à 1 700 en 2014, grâce à des incitants offerts par le secteur gazier et certains constructeurs automobiles. Dans le cadre du Salon de l’auto 2015, ces primes ont été prolongées et les exposants confirment l’intérêt grandissant pour cette technologie. À l’heure actuelle, le véritable frein à l’achat d’un véhicule fonctionnant au gaz par les Wallons est le manque de stations-service. Il en existe deux : à Tournai et à Nivelles. Plusieurs demandes de permis sont à l’étude dans mon administration, mais ce n’est pas suffisant. Il faudrait atteindre une trentaine de stations services en Wallonie pour réellement dynamiser le déploiement de cette technologie. Je rencontre d’ici peu un investisseur du secteur afin de discuter des possibilités d’extension de son réseau en Région wallonne. Bien qu’à mon sens il faille laisser l’initiative au secteur privé, les pouvoirs publics ont certainement un rôle à jouer. C’est pourquoi, au vu des coûts engendrés par une adaptation d’une station-service existante – aux alentours de 350 000 à 400 000 euros –, le plan CNG en cours d’élaboration prévoira un soutien aux exploitants intéressés. Celui-ci se fera sous forme d’une avance remboursable ou d’un prêt à taux zéro à destination des exploitants qui souhaiteraient s’équiper de cette technologie. Cette mesure viendrait s’ajouter à la prime que le secteur gazier offre actuellement, allant jusque 50 000 euros. Le budget total qui sera alloué à cette aide n’a pas encore été défini à ce jour, mais l’objectif c’est 30 stations. Si l’on retire les deux existantes, les sept ou huit qui sont en demande de permis actuellement, vous voyez un peu l’ampleur de ce que cela peut représenter. Au niveau législatif, et comme me l’avait demandé Mme Waroux, je confirme qu’afin de tenir compte de l’arrivée de cette technologie, un avant-projet de modification de la liste des établissements classés et un projet de conditions sectorielles sont en cours d’élaboration au sein de l’administration. La validation de ces textes suit son parcours habituel. Après les différents avis émis par l’administration, la prochaine étape sera la consultation du secteur dans le courant du mois de février. En termes de fiabilité, les véhicules au CNG ont fait leurs preuves aussi bien au niveau européen que mondial alors qu’elle est assez récente en Belgique. Cette technologie est utilisée depuis les années 1930 en Italie et ce ne sont pas moins de 1 000 stations-services distribuant du CNG qui sont en service dans ce pays. On aura l’occasion de le voir avec la mission parlementaire en Italie notamment ces aspects CNG. On est loin de l’époque où des kits devaient être installés sur les véhicules. Désormais, les voitures roulant au gaz naturel possèdent des réservoirs bicompartimentés, ce qui leur assure une autonomie souvent plus élevée que les véhicules au carburant classique et permet les déplacements même dans des zones où le réseau de stations-services adaptées est peu dense. C’est ce qui confère à cette technologie un avantage sérieux sur les véhicules électriques. De plus, des études indiquent que les véhicules roulant au gaz sont aujourd’hui aussi sûrs que les autres. Selon l’association royale des gaziers de Belgique, le gaz naturel est nettement plus propre que les carburants traditionnels. Cela confirme les chiffres que M. Maroy a repris. Il permet de réduire de 12 % à 25 % les émissions de CO2 par rapport à un moteur diesel ou essence. Les émissions d’oxyde d’azote sont 60 % moins importantes que celles d’un véhicule diesel alors que les rejets de particules sont pratiquement nuls. Un véhicule au gaz naturel est aussi environ deux fois moins bruyant qu’un véhicule classique. C’est vrai que si l’on fait la somme de tous ces avantages… C’est ce qui m’avait interpellé et qui m’a incité à rencontrer, dès le mois de novembre, les industriels, les gaziers, de suggérer cette mission en Italie, d’essayer de convaincre aussi la SRWT de l’efficacité de la technique puisque les transports en commun que nous utiliserons dans le nord de l’Italie fonctionnent presque tous au CNG. Si cela fonctionne là-bas, cela doit pouvoir le faire ici aussi. On doit pouvoir montrer l’exemple en termes de pouvoirs publics et de société publique de transports, comme la SRWT. Du point de vue environnemental, il faut aussi tenir compte du fait que nous devons atteindre des objectifs européens en termes d’émissions d’oxyde d’azote pour lesquelles la Région wallonne a encore des efforts à faire. Ces émissions, qui se montent en 2013 à 77,5 kilos tonne par an tous secteurs confondus, posent encore problème eu égard aux normes européennes. Pour répondre à l’interrogation de M. Maroy, l’utilisation de biogaz issu de la méthanisation de matières organiques et de déchets pourrait contribuer à la baisse des émissions de CO2. Les gaziers sont intéressés aussi à l’idée d’injecter des biogaz dans leur réseau ; moyennant des filtrations, cela semble possible. Actuellement, aucune mesure précise n’a été détaillée en vue de favoriser l’utilisation du biogaz comme carburant bien que certains projets existent, mais à un stade encore peu avancé. Pour le lien avec l’électrique et l’hybride, je pense que ce sont des techniques qui permettent des usages différents. Le gaz permet de circuler sur de grandes distances et les réservoirs bicompartimentés permettent de circuler tout à fait normalement parce que l’on pourra toujours trouver une pompe essence pour se ravitailler au cas où. Pour l’électrique, on a plus un usage urbain. Sauf exception, les véhicules sont plutôt adaptés pour rouler de manière autonome à l’électrique sur 100 à 150 kilomètres par jour, avant recharge. C’est plutôt pour un usage plus limité. Les véhicules CNG permettent de travailler sur de longues distances, comme en a besoin la SRWT pour ses bus ou comme les gens en ont besoin lorsqu’ils travaillent à 100 ou 150 kilomètres de leurs domiciles.

 

Réplique de Mme Waroux:

Merci, Monsieur le Ministre, pour ces réponses. Vous êtes extrêmement convaincant sur le sujet et je suis en train de regretter d’avoir commandé mon véhicule hybride – surtout que l’on ne veut pas mettre de borne électrique au Parlement wallon, ce qui n’est pas bien. Je demande que vous puissiez les influencer… C’est vrai que c’est une technologie qui mérite d’être connue, surtout quand on voit son activité en Italie et surtout pour les bus. C’est extrêmement intéressant. Je vous remercie pour vos réponses.

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