Utiliser les plantes pour dépolluer les sols wallons

Question écrite de Véronique WAROUX à M. Carlo DI ANTONIO, Ministre de l’Environnement, de l’Aménagement du Territoire, de la Mobilité et des Transports, des Aéroports et du Bien-être animal, sur « l’utilisation de plantes pour la dépollution du sol wallon ». Monsieur le Ministre a annoncé il y a quelques semaines que la Wallonie pourrait recourir à la phytoremédiation, technique consistant en l’utilisation de végétaux pour dépolluer des sols. Cette annonce faisait suite à sa visite d’un site consacré à des recherches sur la phytoremédiation à Paris.

Monsieur le Ministre peut-il nous faire le point sur cette technique ? Quels en sont les avantages et inconvénients ? De quelle manière la dépollution se fait-elle exactement ? Quel type de sols cela va-t-il concerner ? Quelle est sa vision exacte de ce projet et comment le développer et déployer chez nous ? La SPAQuE avait déjà testé ce concept en Wallonie. Qu’est-il ressorti de ses conclusions ? D’autres études et recherches sont-elles menées actuellement chez nous ? Des études de ce type sont-elles menées dans d’autres régions ayant le même type de sol que chez nous ?

Réponse de M. Carlo DI ANTONIO. Lors de la COP21, j’ai rencontré divers acteurs étatiques et de la société civile. J’ai eu l’occasion d’aborder des questions de mobilité et transports, de développement durable, d’économie circulaire, d’éolien, et de gestion des déchets et de sols.

Concernant le lien entre les sols et la thématique du changement climatique, un side-event sur le sujet s’est tenu, rappelant que les sols représentent le plus grand réservoir terrestre de carbone. Le recours à certaines pratiques en matière de gestion des sols a été pointé comme responsable de l’émission accélérée de dioxyde de carbone.

En marge de la COP21, je me suis rendu dans l’agglomération de Creil au Nord de Paris pour visiter un site sur lequel l’INERIS (centre de recherche français) effectue des tests de phytoextraction. Le site, pollué en Cadmium et Zinc, a été aménagé sur 300 m² avec des plantations de saules des vanniers et d’arabettes de Haller, qui sont des espèces végétales reconnues pour leur capacité à hyperaccumuler ces deux métaux lourds.

  • Deux techniques existent :
    La Phytostabilisation : c’est le principe selon lequel les polluants présents dans le sol sont stabilisés par le système racinaire d’une espèce végétale tolérante à de fortes concentrations en polluants ;
  • La Phytoextraction : c’est le principe selon lequel les polluants du sol sont prélevés par les racines, et ensuite transférés dans les parties aériennes de la plante (feuilles, tiges) où ils sont stockés.

La phytoremédiation est un sujet qui intéresse beaucoup de monde académique. Les experts de l’ULg, de l’UCL et de l’ULB ont été reçus au sein de mon cabinet afin d’étudier les opportunités relatives à l’utilisation de techniques végétales de dépollution pour les sols.

Pour des terrains affectés de pollutions superficielles et de surface, et pour lesquels la dépollution n’est pas urgente, les experts ont indiqué que le recours à la phytostabilisation était envisageable. Cela permettra de confiner une pollution, et de limiter les risques de transferts des polluants vers la chaîne alimentaire. En outre, le peu de gestion nécessaire de la biomasse, inévitable en phytoextraction, devrait représenter un gain de temps et d’argent considérable pour le porteur de projet. Il faut toutefois rappeler que le recours à la phytostabilisation n’assurera pas l’assainissement total du site, à moins de pollution très superficielle, mais permettra de commencer à l’assainir et à confiner la pollution, dans l’attente d’un traitement plus lourd et en profondeur, s’il y a lieu.

Les limitations du recours à la phytoremédiation sont les suivantes :

  • L’effet des plantes ne s’observe que sur la profondeur de leur système racinaire, c’est-à-dire sur la tranche superficielle du sol ;
  • La durée de traitement par phytoremédiation se compte en années, car il faut laisser à l’espèce végétale le temps de grandir et d’atteindre sa capacité maximale d’accumulation. Ce timing est dans la plupart des cas incompatible avec les délais imposés par les chantiers de développement ;
  • Les sols fortement dégradés qui hébergent plusieurs familles de contaminants aux propriétés physico-chimiques variées sont difficilement traitables. Les végétaux utilisés sont généralement capables de concentrer dans leurs tissus un ou quelques contaminants spécifiques, souvent métalliques, à la fois ;
  • Les connaissances sur les espèces accumulatrices de polluants sont limitées à l’heure actuelle. Une mise en œuvre à grande échelle n’est pas envisageable pour l’instant.

Je souhaite explorer la possibilité d’appliquer les techniques de phytoremédiation au traitement des boues de dragage. Suite à ma rencontre avec des experts d’INERIS, j’ai programmé une visite d’un site d’expérimentation de phytoremédiation sur boues de dragage piloté par cet institut, à Condé-sur-Escaut. Ceci permettra à mes collaborateurs comme aux équipes de l’ISSEP, de l’INERIS et de Voies navigables de France de se rencontrer afin de mettre leur expertise en commun et d’évaluer la possibilité de mettre en place un tel projet en Wallonie.

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